Un rapprochement Hamon-Aubry oui, mais sous certaines conditions

Certaines analyses lues ici ou là, prêchent pour un rapprochement des courants Aubry-Hamon au sein du Parti socialiste ainsi qu’une fusion des motions C et D. Je partage en partie de telles orientations. Cependant, deux remarques, l'une sur la forme et l'autre sur le fond:-Lors de la préparation des différentes motions, on peut regretter le fait que Martine Aubry et Benoît Hamon étaient sur le point de trouver un accord, et fusionner les motions. Il est dommage qu'un tel rapprochement ait capoté pour de futiles raisons de personnes.-Sur le fond, la principale divergence entre le courant Aubry et Hamon tient à deux visions de l'Europe apparemment opposées : Benoît Hamon est un « noniste », tandis que Martine Aubry est résolument une « ouiiste ». Et qu'est-ce qui est en jeu dans ces deux visions de l'Europe ? Je crois, mais certainement que l'on me corrigera, qu'implicitement les « ouiistes » acceptent la construction européenne actuelle, qui vise ni plus ni moins une intégration progressive mais irréversible des Etats membres, sur la base fédérale ou supranationale. Et cela suppose de déposséder progressivement ces Etats de pans entiers de leur souveraineté. A tel point que certains attributs essentiels de la souveraineté relèvent maintenant de la compétence exclusive de la communauté européenne, notamment la politique monétaire (et dans une moindre mesure la politique budgétaire du fait du Pacte de stabilité limitant les déficits, même en cas de crise grave), le commerce extérieur, ou encore l'agriculture. D'autant que les principes économiques que l'Europe défend sont absolument contestables : c'est la victoire de Hayek et l'ordolibéralisme sur Keynes et l'interventionnisme : le sacro-saint principe de la concurrence « libre et non faussée », la Banque centrale indépendante, et la liberté de circulation des biens, des capitaux, des personnes et des services. Et sans oublier selon l'aveu même du Conseil constitutionnel que la transposition en droit interne des directives européennes est une exigence constitutionnelle! Bref, ce qui doit maintenant très clairement être précisé - quitte à envisager un débat de fond entre ces deux courants- c'est quel modèle de construction européenne devons-nous promouvoir : le modèle fédéral qui suppose à terme la perte de souveraineté des Etats, ou le modèle confédéral basé lui sur la coopération intergouvernementale. Pour ma part, ayant voté "non" au Traité de Constitution pour l'Europe, j'opterais plutôt pour ce modèle confédéral. Ne nous leurrons pas, il n'y a pas un peuple européen, mais des peuples, et je dirais même des Etats nations avec des histoires et des cultures singulières. Vouloir l'Europe fédérale suppose à mon avis d'une part l'avènement d'un peuple européen et d'autre part un acte constituant originel (décidé par les citoyens européens eux-mêmes). Alors bien entendu, on est plus fort - tant économiquement que sur le plan de la défense et de la sécurité - unis qu'isolés. Mais le modèle confédéral doit pouvoir répondre à de telles nécessités. D'ailleurs, l'échec de la proposition de Sarkozy - celle d'un gouvernent économique européen, que pour ma part je suis tout à fait prêt à soutenir malgré ma farouche opposition à la politique et l'idéologie « sarkozyennes » - devrait nous donner à réfléchir.

Alors, pour finir, j'éprouve une réelle sympathie -et je dirais même un certain engouement- à la fois pour Benoît Hamon et Martine Aubry. D’autant que dans le contexte actuel de crise du capitalisme financier, le PS doit coûte que coûte réaffirmer son ancrage à gauche. Aussi, pour permettre la victoire au sein du PS de ces deux courants, un rapprochement est nécessaire, mais à la seule condition que l'abcès entre « nonistes » et « ouiistes » soit crevé : on ne peut pas faire comme si de rien était, et que tout ceci est maintenant tombé dans les limbes de l'Histoire. Les citoyens français se sont pas sots et encore moins amnésiques! Nous attendons que l'une et l'autre précisent beaucoup plus nettement leur vision de l'Europe, tout particulièrement dans un contexte de crise du capitalisme et de retour en force des idées keynésiennes (car déclarer benoîtement que l’on souhaite une Europe sociale et démocratique ne suffit pas, loin de là, car cela ne dit pas comment on souhaite y parvenir et surtout avec quel modèle politique.) Quitte à faire son mea-culpa et de dire en toute transparence que l'on s'est trompé (je pense ici tout particulièrement à Marine Aubry et à sa position en faveur du oui en 2005, qui à mon humble avis fut une monumentale erreur. Mais cette femme a du cran et de la hauteur, nous ne doutons donc pas de ses capacités à s'ouvrir et à rassembler).

 

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