Avec les grecs, pour l'Europe que nous voulons.

                   ...ou, le chemin étroit d'une voie d'espérance.

 

 

                 ...ou, le chemin étroit d'une voie d'espérance.



Au milieu des manifestations de peurs (bien légitimes et compréhensibles), des réflexes sécuritaires de replis qu'elles nourrissent et des affirmations péremptoires de solutions nationales les meilleures parce que supposées démocratiquement indépassables, il est bien difficile de déceler et faire valoir où peut se situer "ici et maintenant" le service de l'intérêt général... dans une ambiance générale de discrédit et de mécréance qu'alimente à merveille l'incurie tout aussi générale des politiques publiques... nationales tout autant qu'européennes.

Il n'est que de voir l'image que nous renvoient des "opinions publiques" les songages venant en cascade accréditer la justesse de telle ou telle idée, du seul fait qu'elle soit majoritaire... et se voulant ainsi precripteurs de la "bonne politique" qu'il conviendrait de suivre.
"Bonne" ?... au fait... pour l'intérêt général, vraiment ?
Ou dans l'intérêt électoral et à court terme de ceux qui l'adopteraient ?

Or, et je dois dire à quel point cela m'étonne, voire me choque parfois, tant cela relève à mes yeux d'une incompréhensible cécité de la part de ceux qui en usent, le recours aux résultats sondagiers comme preuves de la validité de leurs discours est pratique courante pour tous ceux qui ici, au "Mediapartclub" (quand bien même ils s'élèvent simultanément et à juste titre contre toutes les manipulations dont est victime la dite opinion de la part des "chiens de garde"), n'envisagent un avenir progressiste, qu'au prix de la réaffirmation des souverainetés nationales, du démantèlement de l'UE et du retour aux monnaies nationales. Y compris comme préalables à une éventuelle reconstruction communautaire sur de nouvelles bases... et il est bien difficile de distinguer tant leurs argumentations s'épaulent, entre ceux qui nourissent un nationalisme aussi borné que définitif et ceux pour lesquels il n'y a là qu'une contrainte historique, passagère à assumer... au nom d'un prétendu réalisme de circonstance.
Et cette indistinction est bien au fond tout le problème.       

 
Car cette soumission du politique à "l'opinion", ne fait en réalité que nier le politique au prétexte de le réhabiliter.
C'est, indirectement et sans le voir, ni probablement le vouloir (je veux bien le croire... mais il ne faudrait pas trop persister), redoutablement pervers, comme subreptice retournement instrumental du principe démocratique.

Quoiqu'il en soit, ainsi est présentée du politique une figure qui ressemble étrangement au mythe de la "main invisible" d'Adam Smith.

Et tout compte fait, cette figure ne dit pour aujourd'hui rien d'autre en effet que : "la somme des intérêts particuliers des nations est le meilleur gage de l'intérêt général de l'humanité".

Or, toute l'histoire nous démontre le contraire.
Ce n'est que dans la transgression de ce principe de soumission aux intérêts particuliers et du "laisser faire" qu'ont pu être accomplis tous les progrès dont aujourd'hui, nous-mêmes en France pouvons jouir.

Imaginons seulement qu'en 1789 on eût demandé au bons peuples du royaume de France s'ils étaient partisans de l'instauration d'une république commune.

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Je disais dernièrement en réponse à l'amie Annie Lasorne et à propos de l'intervention de François Hollande dans la matinale de France Inter ce lundi :

Par anticipation, on peut d'ores et déjà en conclure une loi : rien ne caractérise mieux l'erreur que l'obstination.

 

Mais, considérant par ailleurs les "échanges mediapartiens", une deuxième loi s'impose : plus que le bon sens, l'obstination est la chose du monde la mieux partagée.

 

Je n'ose formuler la troisième loi qu'il faut déduire des deux premières.

 

Mais à tout prendre je préfère sans aucune hésitation m'obstiner positivement.

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Alors oui, n'en déplaise aux vérités sondagières et aux indéniables vices de forme de notre Union Européenne comme de notre monnaie commune, je préfère et de loin la voie ténue de cette "sortie par le haut" que pourrait préfigurer l'hypothèse grecque de Syriza... sous réserve que nous sachions la soutenir, autant pour ce qu'elle nous autorise à nous, que pour ce qu'elle peut mettre en perspective pour les grecs.

L'hypothèse Syriza, c'est le "rêve insensé", l'audace d'une volonté de changement des politiques économique et financière de l'UE. En dépit des engagements préalablement souscrits, et au delà des traités contresignés en vigueur.

Cela ne va bien sûr pas aller de soi.

Mais c'est bien cette voie que je préfère à l'éventualité d'un démantèlement "pour le principe" dont se nourrirons immanquablement, parce qu'ils seront en ce moment de soufrance sociale "dans leur jardin", tous les nationalismes droitiers... c'est à dire en fait extrême-droitiers, car il ne faut pas être naïf.

Alors, si cette hypothèse ténue ne va pas de soi, comment pourrait-elle aller ?

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Petits rappels préalables :

Je crois qu'il faut d'abord revenir au principe de solidarité et à l'obstacle non moins principiel qu'il rencontre.
On peut observer que généralement, ce sont ceux qui auraient le plus besoin d'être solidaires qui savent le moins l'être. Et qu'inversement, ceux qui pourraient s'en dispenser en cultivent habilement l'art. Ainsi certains lecteurs attentifs pourront se rappeler les leçons de choses fournies à ce sujet par les études et publications des "Pinçon-Charlot" à propos des solidarités de classe entretenues par les riches ... que ne faisait que confirmer cette si fameuse provocation attribuée (moyennant un simple ajustement de forme) au non moins fameux Warren Buffet : "La guerre de classe existe et ce sont les riches qui l'ont gagnée."

Je crois aussi qu'il faut simultanément se méfier des idées et des solutions simples (ou faciles, du moins en apparence), et ne pas avoir trop peur des hypothèses apparement compliquées (ou présentées comme telles). C'est un deuxième principe.

Je crois enfin, troisième principe, qu'il faut ne pas mésestimer la puissance des dynamiques une fois lancées (dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs).

Et surtout, pour terminer, je crois, comme quatrième principe, à la fécondité des dynamiques, c'est à dire à la capacité d'innovation dans et par le mouvement. Ce qui veut bien dire en contrepartie (c'est important) qu'il est faut de vouloir à priori savoir et déterminer l'avenir. Autrement dit qu'il faut savoir et vouloir faire confiance... se soustraire à la mécréance et au discrédit.

A condition bien sûr, en contrepartie de la contrepartie, de savoir et vouloir exercer et nourrir obstinément notre pensée critique ; soit un cinquième principe.

Ceci étant posé, quel chemin donc, possiblement positif pourrait emprunter l'hypothèse Syriza ?

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Je ne vais bien sûr pas m'essayer immédiatement à l'exercice prédictif dont je soulignais la vanité il y a trois ligne. Je peux en revanche soumettre à votre bienveillante critique l'espoir que je fais mien à l'annonce de ces élections législatives anticipées grecques et à l'émergence des premières manifestations de solidarités auxquelles nous essayons de contribuer.

Il faut d'abord rappeler sans ambiguïté qui est-ce qui porte cette espérance et ce qu'il dit.

Syriza et son président A. Tsipras nous disent en substance : "Oui à l'UE et à l'Euro, mais à conditions qu'ils soient l'UE et l'Euro du peuple. Et nous voulons désormais imposer nos conditions légitimées par "la volonté du peuple".

Ils nous proposent autrement dit d'affirmer enfin la volonté populaire d'une europe unie, contre l'Europe factice des élites qui en réalité jouent pour leurs fortunes de son morcellement qu'elles ont jusqu'ici entretenue. La volonté d'une Europe investie de l'intérêt général des peuples qui la composent ; et qui par la reconnaissance et l'affirmation de cet intérêt général commun s'engagent sur la voie de leur unification.

Cet intérêt général commun n'est pourtant pas évident, et c'est d'ores et déjà au moment de s'y engager, un chemin semé d'embuches que celui de sa reconnaissance, comme nous le démontrent tous ceux qui depuis quelques jours redoublent d'arguments pour en invalider l'hypothèse. (cf. rappel du principe N°1 ci-dessus)

Et c'est ici me semble-t-il qu'il faudrait faire preuve de pragmatisme. Car en effet, pour être hostiles par principe à l'idée même d'union des peuples, ces arguments n'en sont pas moins très souvent recevables au seul titre de l'inventaire des obstacles à faire tomber, ou dans un premier temps à contourner. Cela veut dire que la tâche sera complexe, probablement longue et sera au moins autant d'ordre pédagogique que "technique". Il faudra bien par exemple imaginer et convenir des aménagements qu'auraient du justifier en leur temps les vagues successives d'élargissement de l'union initiale à partir de 1981 et particulièrement celle de 2004. (cf. rappel de principe N°2 ci-dessus)

Et derrière ces aménagements "fonctionnels" c'est bien en effet toute la conception idéologique et l'architecture institutionnelle de l'UE qui doivent être remises sur le tapis et en chantier. Lequel chantier peut à priori paraître au dessus des forces du mouvement d'émancipation dont l'hypothèse Syriza peut-être le déclencheur... pourvu que nous ne fassions pas trop la fine bouche.
De même, eu égard au poids de l'Europe dans l'économie-monde, il n'est pas convevable me semble-t-il d'envisager ces transformations de l'UE sans quelques impacts non négligeables à l'échelle planétaire concernant particulièrement les flux commerciaux d'une part (avec toute une séries de conséquences plus ou moins directes) et d'autre part les diverses institutions internationales (ONU, FMI, OMC etc. etc...).        

Tout cela peut paraître bien éloigné des revendications populaires immédiates portées par Syriza, c'est en réalité potentiellement contenu dans ces revendications et c'est bien pourquoi les dirigeants actuels de l'UE, allemands au premier chef, montent au créneau, et que les bourses du monde s'énervent au delà de ce que le seul impact de l'effondrement du cours du pétrole peut justifier.

Et c'est donc bien pourquoi il faut embrayer.

Et il faut embrayer résolument comme nous l'indique le premier principe ; et sans crainte, forts des 3ème et 4ème principes... pour autant que nous sachions ne jamais oublier le 5ème.

Sinon ?...
Et bien sinon, on continuera comme devant, à nous lamenter contre, faute d'avoir su nous engager pour.
Et à attendre... le FN.
On a l'habitude.  

 

NB.

Ce billet prolonge ces quelques autres qui l'ont précédé sur mon blog :

et

 

   

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