Le gouvernement grec publie les documents de négociations

Le ministère de l’économie grecque a procédé à un geste assez inhabituel dans la sphère des négociations internationales : il a publié les textes des interventions du ministre grec de l’économie, Yanis Varoufakis, lors des deux réunions de l’Eurogroup, les 11 et 16 février derniers ainsi que certains documents de négociation.

Le ministère de l’économie grecque a procédé à un geste assez inhabituel dans la sphère des négociations internationales : il a publié les textes des interventions du ministre grec de l’économie, Yanis Varoufakis, lors des deux réunions de l’Eurogroup, les 11 et 16 février derniers ainsi que certains documents de négociation.

Vous pouvez les consulter ici : http://issuu.com/tvxorissinora/docs/document_b131a136615483

Cet acte de transparence est assez rare pour être salué. Il constitue une preuve supplémentaire de la volonté du gouvernement de faire de la politique autrement et de rendre compte de ses actions auxs citoyens, même si les textes sont en anglais. 

Tous ceux qui ont eu l’occasion de s’intéresser à de telles négociations sont conscients du fait que les documents écrits non confidentiels ne contiennent jamais la totalité des éléments de position des négociateurs.  Ces documents constituent toutefois la position officielle du gouvernement grec.

Ces documents confirment tous les éléments mis en avant par le ministre de l’économie dans ses conférences de presse et ses interventions dans les médias, que l’on peut résumer, dans les grandes lignes,  de la manière suivante :

-          Refus de négocier avec la troïka mais volonté de maintenir le dialogue et de poursuivre la coopération avec les institutions qui la composent : Commission européenne Fonds monétaire international et Banque centrale européenne.

-          Affirmation de l’engagement de la Grèce à demeurer dans la zone euro et de sa volonté de rembourser ses dettes au FMI et à la BCE, pour un montant de 17 milliards en 2015.

-          Refus de demander une extension des programmes d’austérité appliqués à la Grèce, qui constituent un échec total.

-          Volonté de parvenir à un nouvel accord avec les trois institutions précitées afin de permettre à la Grèce de se relever et de combattre la « crise humanitaire » à laquelle sa population est confrontée.

-          La négociation d’un tel accord passe par la mise en place d’un accord-relais de quelques mois qui maintiendrait un financement de la Grèce par ses créanciers sans pour autant obéir aux contraintes qui lui ont été imposées depuis cinq ans.

-          Afin que l’économie grecque puisse se redresser, l’objectif irréaliste d’un excédent budgétaire primaire de 4,5% devrait être ramené à 1,5%.

En cela, le gouvernement confirme la ligne sur laquelle il a été élu, même s’il n’a pas toujours été aussi affirmatif sur tous ces points dans la présentation qu’il en faisait avant les élections du 25 janvier : volonté de conserver l’euro à tout prix, abandon de l’idée d’une annulation partielle unilatérale de la dette, non-reconnaissance de la troïka, engagement sur un programme de mesures sociales indépendamment des réactions que cela pourrait susciter auprès de ses créanciers.

Cependant, les documents rendus publics permettent de préciser certaines des positions du gouvernement grec. Le ministre de l’économie a donc affirmé :

-          rechercher des solutions pour renforcer l’union monétaire ;

-          considérer que l’équilibre des finances atteint à l’issue des politiques catastrophiques menées ces cinq dernières années devrait être préservé ;

-          considérer être en accord avec 70% des mesures prévues en contrepartie des prêts accordés à la Grèce ;

-          souhaiter la poursuite de la coopération avec la troïka mais aussi avec une invitée surprise, la très néolibérale OCDE, qui devrait apporter à la Grèce une assistance dans la mise en œuvre de nouvelles réformes ;

-          ne pas être dogmatique sur la question des privatisations, indiquant que la vente des biens de l’Etat n’était pas un bon calcul en période de dépréciation de ses actifs sans pour autant exclure aucune option dans ce domaine.

Sur cette base, le gouvernement grec devrait, d’ici demain (19 février) déposer une demande de poursuite de l’accord de financement actuel sans que cela ne s’accompagne de la poursuite de la mise en œuvre des conditionnalités exigées de la troïka (désormais dénommée « les Institutions »).

En lieu et place des 30% de conditionnalités considérées comme toxiques, le gouvernement proposerait donc le maintien des 70% restantes ainsi que les engagements suivants :

-          aucune décision unilatérale pendant le période de négociations qui devrait s’étendre jusqu’en août-septembre ;

-          aucune mesure de nature à mettre en danger l’équilibre des finances ;

-          aucune mesure de nature à entraîner la réprobation de la Banque centrale européenne ;

-          mise en œuvre des réformes en matière de corruption, de levée des impôts, d’efficacité dans le fonctionnement de l’administration et d’amélioration du climat des affaires, de nature à attirer des investissements.

Yanis Varoufakis déclarait dans les colonnes du Financial Times, lundi 16 février qu’il fallait se battre afin que la Grèce ne devienne pas une colonie de la dette. Malheureusement pour la Grèce, c’est déjà le cas, depuis cinq ans. Récemment, Yanis Varoufakis indiquait également que le problème principal de la Grèce ne se pose pas en termes de liquidités mais en termes de soutenabilité de sa dette.

Sur ce dernier point, les documents publiés aujourd’hui laissent apparaître qu’une des principales revendications de Syriza est en train d’être abandonnée : alors que le candidat Alexis Tsipras exigeait une convention internationale sur la dette grecque, son ministre de l’économie a indiqué que l’Eurogroup pourrait être le lieu d’une  conférence permanente sur la dette. Rappelons que l’Eurogroup, réunissant les ministres des finances de la zone euro, a été le lieu de l’élaboration et du suivi des programmes d’austérité successifs qui ont été imposés à la Grèce et qui ont mis sa population à genoux. Yanis Varoufakis ne nous a pas habitués à jouer avec les mots jusqu’à présent : toutefois, sur ce point, il semblerait que c’est ce qui est en train de se produire.

Je peux me tromper sur ce point mais je crains que l’artifice consistant à distinguer, d’une part, l’accord de financement et, d’autre part, les contreparties figurant dans les programmes d’austérité, ne soit pas convaincant. Par ailleurs, les nouveaux engagements que pourrait prendre le gouvernement grec pourraient repousser la réalisation d’une bonne partie des mesures sociales sur lesquelles il s’était engagé. J’espère que la suite des évènements dans les prochaines heures et les prochains jours  sera de nature à démentir ce scepticisme.

Paradoxalement, la solution pourrait provenir des « partenaires » de la Grèce qui, habitués depuis des années à la traiter comme quantité négligeable, sont tentés de rejeter la proposition très modérée de Yanis Varoufakis. Les Grecs devraient alors décider s’ils souhaitent continuer à subir la domination qui leur a été imposée ou engager une opposition frontale avec leurs créanciers.

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