Billet de blog 20 janv. 2015

Incorrigible Lordon... ça devient triste.

Incorrigible et irresponsable Lordon, qui vient en dénigrant Syriza, contribuer à l'hypothèse de l'échec qu'il déplore anticiper. Au lieu de peser du haut de sa notoriété et de son expertise pour renforcer le nécessaire mouvement de solidarité internationale qui seul pourrait être la condition du succès.

Jean-Claude Charrié
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Incorrigible et irresponsable Lordon, qui vient en dénigrant Syriza, contribuer à l'hypothèse de l'échec qu'il déplore anticiper. Au lieu de peser du haut de sa notoriété et de son expertise pour renforcer le nécessaire mouvement de solidarité internationale qui seul pourrait être la condition du succès.


C'est toujours la même et désespérante mécanique : ceux qui devraient être solidaires s'acharnent pour le seul plaisir de rester "droits dans leurs bottes", à se diviser et à cultiver avec ardeur les motifs de leur division pour le plus grand profit de leurs adversaires.
Obsession souverainiste et nationaliste quand tu nous tiens...

Avec la pompe de sa pompe qu'est-ce qu'il nous pompe !

Extraits :

"Dans ces conditions, disons tout de suite que, pour Syriza, le gosse se présente par le siège. Il est vrai que le parti de Tsipras s’est lui-même mis dans un mauvais cas, à soutenir, avec la plus complète inconséquence, et son projet de revenir sur le mémorandum, et son désir de rester dans l’euro."

On apprécie l'élégance du style imagé, et la chaleur humaine... consistante.

"L’alternative pour Syriza est donc des plus simples : plier ou tout envoyer paître. Mais il n’y aura pas de tiers terme. Et si Tsipras imagine qu’il pourra rester dans l’euro et obtenir davantage que des cacahuètes, il se raconte des histoires... La vérité c’est que Tsipras ne dépassera pas le stade de l’apéro, et plutôt bon marché, car l’Euro-Allemagne ne cèdera rien de significatif – demanderait-il davantage que Merkel lui montrerait aussitôt la porte. Mais que veut Tsipras exactement ? Tendanciellement de moins en moins, semble-t-il. En deux ans, Syriza est passé d’une remise à plat complète du mémorandum à un très raisonnable rééchelonnement de la dette détenue par les créanciers publics. Il est certain qu’à ce degré d’affadissement, pour ne pas dire de renonciation, les contradictions sont moins aiguisées…
.../...
...Syriza, dérivant, a de fait abandonné de produire l’effort requis pour ancrer l’abandon de l’euro dans l’opinion comme une option possible, conformément par exemple à une stratégie d’affrontement gradué, au bout de laquelle l’arme ultime de la sortie est indiquée comme fermement intégrée à l’arsenal d’ensemble."

On notera particulièrement ici la facilité, toujours élégamment, détachée avec laquelle, venant après Merkel, Lordon reproche à son tour l'incapacité grecque à "produire des efforts".

Si c'est pas savoureux !

"Mais l’on n’en revient pas de ces abandons successifs qui ont conduit un mouvement prometteur à une normalisation si rapide.... On n’en revient pas, donc, mais en fait, si, on en revient très bien. Car il n’y a là rien d’autre que l’effet écrasant des institutions du parlementarisme, dont le jeu réglé condamne irrésistiblement les disrupteurs politiques, soudainement magnétisés par l’objectif électoral, à nécessairement trahir tout ce qui a fait leur entrée en scène fracassante en infléchissant leur course vers le centre, à la manière dont Syriza a entrepris de récupérer les troupes atomisées du Pasok – un destin que Podemos connaîtra à son tour, à n’en pas douter (mais c’est en réalité déjà fait)... La politique n’étant pas exactement le lieu d’élection du miracle, l’écrasement sous le poids des institutions européennes et du parlementarisme national réunis, et l’abandon de fait de toute ambition d’en finir avec la camisole néolibérale, sont bien le résultat prévisible de cette chronique d’une normalisation annoncée. Rude – mais salutaire – leçon de choses pour tous les partis de la (vraie) gauche européenne qui, à l’image du Front de gauche, n’en finissent pas de tourner autour du pot – s’ils tournent encore… – pour se perdre dans le rêve d’une « transformation de l’euro de l’intérieur », cette chimère dont Syriza leur montrera bientôt et l’inanité et le coût politique."


Le véritable ennemi, c'est donc le "parlementarisme", et tous les mouvements populaires européens à vocation démocratique ses complices. Salauds !

On attend avec impatience la stratégie et le modèle démocratiques Lordoniens.

"C’est pourquoi l’européisme, lui aussi, va devoir s’employer pour rattraper les dégâts, selon deux lignes prévisibles, la première, celle des intégristes... la seconde, celle des ébranlés... au voisinage immédiat des demeurés, il y a les cyniques – et les idéologues... Et toujours pas un pour s’aviser que l’élément manquant n’est pas à chercher dans quelque introuvable instrument miraculeux de la politique monétaire ou financière, les eurobonds ou autre chose, mais dans une authentique communauté politique, pour encore longtemps manquante. Et faute de laquelle toute mise en commun des instruments techniques, loin de faire faire quelque progrès, n’a pas d’autre effet que d’approfondir la crise politique chronique, symptôme par excellence de la malfaçon européenne."


Que de tendresse ! Que d'empathie !

Et avec quelle ardeur Lordon s'attache à prendre sa part à la correction de cette malfaçon.

Epoustouflant !

Ce colibri.

"Evidemment, ce sont là des questions qui excèdent passablement la vue économiste des choses, et qui requièrent de s’interroger préalablement sur les conditions de possibilité de la constitution d’une communauté démocratique pluri-nationale. Non que cette constitution soit impossible par principe. Mais que rien, symétriquement, ne garantit qu’elle soit de l’ordre de l’évidence."


Tiens !... pas possible !... tout fini par arriver... "les conditions de possibilité" seraient peut-être que justement Monsieur Lordon ne s'obstine plus à les nier par principe.

Et oui, en politique il n'y a pas d'évidence. Il serait temps de s'en rendre compte. Tout se travaille.

On apprécie la remarquable qualité pédagogique du discours Lordonien.

"Pour tous ceux qui, au loin, contemplent dans un mélange d’inquiétude, de doute et d’espoir ce qui peut advenir en Grèce, il ne reste qu’une chose à faire vraiment : contre la force gravitationnelle des institutions qui s’efforce de ramener les déviants à leur ordre, rappeler à Syriza, en ce point de bifurcation où elle se trouve, tout ce qui dépend d’elle – et qui est considérable : contester vraiment l’austérité de la seule manière possible, la rupture, signifier à la face de l’« Union » la sédition ouverte d’avec son ordre néolibéral, c’est-à-dire créer un événement libérateur, pour le peuple grec, mais aussi pour tant d’autres qui espèrent avec lui."


Elle est pas belle la force gravitationnelle ?

Alors vous avez tous bien compris ce qu'il vous reste à faire !?

Rappeler Syriza à l'ordre, à l'ordre Lordonien.

Et que pas un ne bronche, intégristes, ébranlés, demeurés ou cyniques, tous impassibles, à attendre que les grecs se démerdent tout seuls... et nous démerdent.

Et surtout, n'oulions pas, restons à "contempler, au loin".

***

Ajout du 21/01

Parlons de foi puisqu'en effet c'est bien de cela qu'il s'agit.
Lordon, Sapir, Généreux et d'autres croient. Ils croient et disent qu'être de gauche aujourd'hui c'est lutter pour la restauration de la pleine et entière souveraineté nationale, entendue comme indépassable et seule possibilité de la souveraineté populaire, s'exerçant particulièrement en matière d'émission et de contrôle monétaire. Puisqu'aussi bien, c'est à partir de leur expertise d'économistes qu'ils diagnostiquent comme étant à la source de la crise économique et sociale qui ravage particulièrement (mais pas que) l'Europe du sud, le hyatus entre les réalités socio-économiques de ces pays (dont le notre) et leur assujettissement à une monnaie commune à l'ensemble européen dominé par l'Allemagne et son idéologie ordolibérale.
Il faut d'abord observer me semble-t-il que cette position s'inscrit en défense d'une situation antérieure, et au plan formel du jeu des institutions publiques, pour sa restauration. Etant donc supposé que dans le cadre de ce jeu politique strictement circonscrit dans les limites de la nation (historique), l'inflexion progressiste des politiques publiques serait naturelle, ou à tout le moins possible.
Au delà des questions et des objections de fond qui se justifieraient (et que j'ai maintes fois essayé d'aborder dans mon blog sans qu'il me soit, hélas pour ma propre gouverne, apporté de contradiction réellement argumentée), c'est exactement, en contexte, cette hypothèse politique du retour des politiques nationales vers "l'état social et providentiel", parce que nationales, que je conteste. Et ceci pour deux raisons :
* Historiquement, et c'est une histoire récente, toujours en cours, l'Union Européenne impotente que nous connaissons et l'Euro, ne sont rien d'autre que les fruits des politiques nationale. Autrement dit, ces plus petits dénominateurs communs qu'ont bien voulu consentir les élus nationaux, ces élites nationales en charge de leurs responsabilités nationales respectives... effectivement, comme cela a été maintes fois analysé, pour leur profit électoraux en tant que professionnels du politique, et pour le profit de leurs commanditaires, détenteurs des capitaux de la grande industrie aux origines, puis lobbyistes de la finance internationalisée et maintenant mondialisée.
Il n'y a donc rien à attendre par nature de la souveraineté nationale.
* Plus conjoncturellement et au plan du strict "jeu politique" ou de la stratégie. Je ne vois pas en quoi l'analyse des rapports de forces nationaux actuels, tant sociaux qu'électoraux, permet de supposer que puissent émerger des majorités nationales susceptibles d'engager les programmes de rupture, les mesures indispensables d'accompagnement, et surtout les coopérations internationales également indispensables au succès de cette hypothèse (toutes dispositions telles que par exemple a pu les développer Généreux dans son "Nous on peut"). Tout au contraire me semble indiquer qu'elle serait la porte ouverte à ceux dont la division est la méthode naturelle et la plus efficace pour maintenir leurs privilèges et ceux de l'oligarchie qui les rémunère... moyennant la contribution publique. Tous ceux-là qui demain, faute de mieux voudrons nous refourguer Sarkozy, ou si le marketing le commande Juppé, pour une version light d'apparence plus digeste.
Mais en réalité et au regard justement des rapports de forces, il n'y a je crois pas à douter que ce sera une alliance bien plus à droite qui tirera les dividendes... il n'y a non plus pas à douter qu'il en sera de même au quatre coins de l'Europe... pour les joyeusetés d'une évidente et franche coopération internationale des marchands d'armes. Le triste épisode "Charlie" et ses suites ne laissent présager rien d'autre.
Pour conclure (provisoirement, car je ne suis fermé ni à la contradiction, ni à la révision de ce que je pense si elle doit s'imposer), il y a lieu me semble-t-il de considérer que d'une part la position de rupture avec l'UE et d'abandon de l'euro est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté des économistes qui se revendiquent de gauche (et une telle revendication, au delà des seules apparences, en vaut une autre). Ainsi, ne serait-ce que "Les économistes atterrés" ont-ils, sauf erreur de ma part, toujours refusé de s'engager collectivement sur cette position. Et ce n'est certainement pas faute à Lordon d'avoir su faire entendre sa voix en leur sein.
D'autre part, il n'est peut-être pas superflu de considérer également que cette position de rupture avec une Europe qu'ils accusent à juste titre d'être inféodée à une politique monétariste suicidaire, est argumentée par une analyse elle-même monétariste, certes de sens contraire mais qui, tous comptes faits, perpétue si ce n'est accentue l'ascendance des experts de ce côté-ci (à gauche) du "jeu politique", et la confiscation par une élite (en l'occurrence de sachants) de la délibération publique au détriment de l'expression des citoyens (qui se voient contraints à ne plus s'exprimer qu'à coups de copié-collé et de rappel des récalcitrants à l'obéissance dévote des maîtres à penser).
Alors oui, à l'opposé, la position que jusqu'à preuve du contraire je crois juste et que je défends, de consolidation et d'approfondissement volontariste de la construction européenne, d'émergence d'une réelle souveraineté supra-nationale et de la citoyenneté qui doit aller avec... cette position est loin d'être évidente, ni facile, ni simple.


Elle ne peut que procéder d'une dynamique de mobilisation citoyenne. Une de ces mobilisations improbables si ce n'est imprévisibles, mais qui cependant ne surviennent qu'à la condition d'avoir été nourries, et qui ont toujours été à la source des progrés dont nous jouissons tous.  C'est précisément l'objet de ma critique à l'endroit de ceux qui préfèrent mettre leurs compétences et notorités au service du repli. Ne leur en déplaise.


Et j'ai la faiblesse de croire que les solutions d'apparence les plus simples et faciles sont en réalité les plus trompeuses.  


NB :

mais pour aller plus court, on peut revenir directement au souverainisme nationaliste de gauche qui fait la courte échelle à la bêtise d'extrême droite.

Sinon, en attendant la suite, la version complète chemine à travers :

et pour continuer, en exclusivité :

"Ce que doivent comprendre les europhobes de gauche", l'interview de Maurice.

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