Syriza ou la tentation de l'échec en Absurdie.

 

Or donc, les commentaires et déclarations avisés convergent, parfois pour s'en réjouir,

"on ne voit pas comment Tsipras pourrait réussir son double challenge publiquement revendiqué : sauver la Grèce et les grecs sans détruire l'UE et l'euro".

Et les solidatités cauteleuses de s'empiler.
(selon le Larrousse, cauteleux = "Qui manifeste de la défiance et de la ruse ; hypocrite.")


Reprenons :

Il y a de fortes "chances" en effet que Tsipras n'obtienne rien, ou au mieux n'obtienne pour ses compatriotes qu'un sursis en forme de "recul pour mieux sauter au prochain coup",  si les "opinions publiques" européennes restent passivement spectatrices.

Particulièrement si les "gauches radicales", qui ont là l'occasion de peser en faisant ce qu'elles savent faire le mieux, c'est à dire du bruit, s'abstenaient, et plus précisément les "gauches radicales françaises" eu égard au poids économique et à la position de pivot de la France entre l'europe du sud et celle du nord.

Mais à lire les billets qui fleurissent et les commentaires qui les accompagnent, on voit bien la forte tendance au chipotage intello-boutiquier et à la spéculation de bookmaker sur l'échec, porteur de l'implosion tant désirée de l'UE, de préférence (semble-t-il naturelle ?) à l'engagement solidaire sans arrière pensée et de principe.

Il y a quand même une énigme, comment se fait-il que l'impasse posée par Syriza, "sauver la Grèce et les grecs, sans détruire l'UE et l'euro" ne soit pas prise pour ce qu'elle est, à savoir le principe d'une révolution nécessaire, par ceux-là même qui d'une façon ou d'une autre se prétendent bien souvent "révolutionnaires" ?

Comment se fait-il qu'elle justifie de leurs parts toutes sortes de spéculations sur les intentions, les alliances, les stratégies, les généalogies, les renoncements et les trahisons à venir, de préférence à la saisie de l'opportunité qu'elle ouvre ?

Qui plus est dans un contexte d'évolution plutôt favorable des opinions publiques ?

C'est sans doute qu'en Absurdie, ce pays des lucidités ubuesques autant que des aveuglements cartésiens, c'est effectivement la meilleure façon (au prix du déni, de la réduction à minima des enjeux ou du mépris) de contribuer à l'échec... qui  permettra ensuite de dire "on vous l'avait bien dit". L'essentiel n'étant pas de contribuer à une victoire que l'on serait en l'occurrence bien contraint de partager, mais d'avoir raison, toujours, et si possible tout seul contre tous les autres, fût-ce au prix de tous les paradoxes.
A moins que ce ne soit, cette curiosité qui consisterait à croire que la fin de l'UE et de l'euro seraient une révolution ?

Mais alors dira-t-on, en quoi "sauver la Grèce et les grecs sans détruire l'UE et l'euro" est-il un principe révolutionnaire ?

Parce qu'il oblige d'abord à une révolution de la pensée.

Il oblige justement à renverser la table, non pas celle de l'Europe ni de l'euro qui ne sont que des outils et ne valent que par les usages que l'on peut en faire, mais la table des lois. La table des lois auxquelles l'Europe et l'euro ont été jusqu'à présent assujettis.
Il oblige à l'audace, et à l'ambition, à l'audace de l'ambition.

Là est bien la révolution qu'il faut accomplir, là est bien l'exercice d'émancipation, l'exercice pédagogique auquel nous devrions nous livrer, ne serait-ce que pour nous-mêmes.

Un exercice qui devrait être aussi un exercice de mobilisation, et de ténacité car la partie serait rude, si d'aventure elle devait être engagée.
Mais semble-t-il, l'esquive lui sera préférée. Dommage.

Et cette esquive elle-même procède souvent d'une curieuse tentation. La désignation d'un diable, l'Allemand.

L'Allemand dans tout ce qu'il peut y avoir d'essentiel et national en lui, l'Allemand ontologique, ontologiquement défini par le Français nationalement essentiel.
Comme si les allemands dans leur diversité étaient par définition tous incapables de transgression, incapables de changement, comme finalement le sont aussi ces français qui le pensent... comme ils se tendraient un miroir.
Tous donc incapables de révolution.

C'est une misère.

C'est une vraie misère, car la table renversée de ces lois économico-financières qui nous plombent cache cette autre bien plus lourde, des lois identitaires qui nous enferment, ces lois de la fragmentation et de l'entropie, ces lois de la compétition des intérêts particuliers et des nations, de la raison du plus fort et de la guerre de tous contre tous ; quand à l'évidence, devrait enfin advenir la raison de l'intérêt général.


Avant par exemple qu'il ne fasse trop chaud... ou trop faim, ou trop pauvres, ou trop chomistes, ou trop émigrés, voire trop juifs ou trop arabes... sait-on jamais.

C'est un manque d'audace et d'ambition, une vraie misère, une misère de la pensée en Absurdie.

 

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Rien n'arrive par hasard, il faut remonter à la source et suivre le cours :


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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