Rebondir après l'échec de Copenhague

Malgré la gueule de bois, malgré la révolte, voire le découragement, il va falloir très vite penser l'avenir post-Copenhague.
Malgré la gueule de bois, malgré la révolte, voire le découragement, il va falloir très vite penser l'avenir post-Copenhague.
Car, nous le savons tous, pendant que les négociations échouent, la crise s'aggrave : les Maldives et Tuvalu sont menacés d'engloutissement, les paysans africains, sud-américains et asiatiques subissent déjà la précarité des aléas climatiques (à voir absolument "Climate Voices" dernier film de Yann Arthus Bertrand), etc. et de d'autant plus que, si on devait en rester aux résultats de Copenhague, c'est vers un réchauffement minimum de 3,5 degrés que nous nous orienterions, et non de 2 degrés comme affirmé officiellement.
Quelles que soient les difficultés lourdement soulignées par l'échec de Copenhague, il faudra donc bien que la communauté internationale finisse par trouver la voie. Mais force est de constater que si on laisse les chefs d'Etat entre eux ils n'y arrivent pas.
Pour autant, tout n'est pas perdu. Par l'importance même prise par l'événement, l'après Copenhague sera forcément différent de l'avant Copenhague. Dans quatre domaines au moins, la situation est porteuse d'espoirs qui peuvent permettre demain de modifier les rapports de force :
- le milieu associatif : jamais comme dans la préparation de Copenhague le monde associatif ne s'est aussi mobilisé en mêlant des familles associatives diverses (environnement, altermondialiste, solidarité Nord-Sud, droits de l'Homme, etc.), certes avec des nuances stratégiques - mais que pour ma part je ressens bien plus complémentaires qu'antagonistes - mais dont la diversité reflète parfaitement que ce qui se joue sur le climat dépasse largement l'enjeu environnemental. Cette convergence apparaissait fortement lors du Forum Copenhague que nous avions organisé à l'Assemblée Nationale. Nul doute que ce mouvement en marche ne s'arrêtera pas. Et il est porteur d'une société civile potentiellement capable de donner une suite au mouvement altermondialiste en recherche de second souffle.
- les collectivités locales : là aussi un mouvement s'est mis en marche. Des milliers de collectivités locales (1000 signataires de la Convention des Maires sur le climat en Europe) se sont engagées à agir sans attendre le Sommet de Copenhague, qu'il réussisse ou pas. Elles mettent en oeuvre "Copenhague en vrai". Et c'est d'autant plus important que plus de la moitié de la population planétaire vit en ville et émet les trois quarts des gaz à effet de serre. Et elles se sont dotées d'une coordination pour peser (avec CGLU, ICLEI, C40, Energie-Cités, etc.) et d'un porte-parole, Ronan Dantec, qui a porté notre voix y compris dans les dernières heures de Copenhague. Sans attendre les collectivités vont continuer d'agir, non seulement sur le terrain via leurs Plans Climat, mais aussi en se retournant vers les Etats qui ont donné leur accord pour la reconnaissance des collectivités dans la lutte pour le climat : sans attendre un accord mondial, beaucoup de choses peuvent déjà avancer pays par pays. Cela ne remplacera certes pas l'accord planétaire qui manque, mais toute tonne de gaz à effet de serre évitée d'ores et déjà est bonne à prendre. Et ce d'autant plus que ces actions sont extrêmement créatrices d'emplois et socialement justes tant sont nombreux aujourd'hui les précaires énergétiques.
- les citoyens du monde entier eux-mêmes : jamais la prise de conscience de la crise écologique n'a été aussi forte. Jamais, les médias n'auront autant mis en évidence les catastrophes potentielles. Jamais les scientifiques n'auront à ce point été unanimes sur la gravité et la nécessité d'action. Jamais les réponses les plus évidentes (transports collectifs, énergies renouvelables, etc.) n'ont été aussi crédibilisées. Et jamais nos concitoyens n'ont été aussi demandeurs de solutions appropriables facilement, pour autant que les politiques les favorisent. Ce mouvement de l'opinion constitue lui aussi un point d'appui considérable, car les chefs d'Etat ne pourront rester longtemps en échec face à des citoyens inquiets et demandeurs d'action. C'est évidemment le cas dans le monde industrialisés abreuvé d'informations et de médias. Mais c'est sans doute encore plus potentiellement déstabilisant - de façon positive ou destructive - dans les territoires qui sont d'ores et déjà victimes du dérèglement climatique.
- le mouvement planétaire de l'écologie politique : 193 chefs d'Etat pour sauver la planète... mais combien d'écologistes parmi eux ? Il n'est pas interdit de penser que si l'écologie politique avait été représentée parmi ces chefs d'Etat, ne serait-ce qu'à son niveau de représentation planétaire moyen, les préoccupations globales auraient pu être mieux prises en compte face aux intérêts nationaux. Encore faut-il que ce mouvement d'écologie politique arrive enfin à occuper réellement son espace politique ! A coté de l'implantation historique allemande et belge, du renouveau français grâce à Europe Ecologie, du potentiel brésilien incarné par Marina Silva, et d'une vingtaine de pays où Les Verts se développent progressivement (nombreux pays européens, Etats Unis, Canada, Australie, etc.), combien de pays où le mouvement n'est encore qu'embryonnaire ? La rencontre à Copenhague du Global Green était de ce point de vue symbolique d'un mouvement qui se développe peu à peu, s'implante, gagne en crédibilité, mais à un rythme trop lent au regard de la crise écologique. C'est donc une priorité si on veut donner un débouché politique aux mouvements qui s'organisent et aux citoyens qui voudraient des dirigeants aptes à faire face aux défis du 21eme siècle.
Nous le savions avant même de rejoindre Copenhague : le sommet danois ne serait qu'une étape. Elle se révèle décevante. Raison de plus pour passer au plus vite à la suite. Les potentialités existent, à nous de nous en saisir.

Denis Baupin

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