De l'Allemagne à la Tunisie

Dans Libération du 11 janvier, j'apprends que Nicolas a rendu visite aux 70 % d'habitants d'un village alsacien qui ont voté pour lui en 2007. Lesquels, ne se sentant plus pissés devant tant de lèche-Majesté, ont truffé leur bicoque de drapeaux et autres flagorneries d'allégeance. Cependant, dans son ivresse, « Cela n’a pas empêché Sarkozy de commettre un malheureux lapsus, concluant une envolée par "… et je ne dis pas cela parce que je suis en Allemagne !" Il s’est aussitôt repris en disant "en Alsace", mais le mal était fait. Après quelques sifflets la salle a choisi d’en rire. Sarkozy en a profité pour s’en tirer par une pirouette : "c’est là que vous voyez que j’ai raison de m’investir dans le chantier de la dépendance…" »J'ai honte d'être alsacien. Comment peut-on choisir de rire d'une telle insanité présidentielle ? Certes, nous en avons l'habitude maintenant (mais il est de très mauvaises habitudes). Certes, pour bon nombre de « Français de l'intérieur » (c'est ainsi que sont désignés par les autochtones tous ceux qui ne sont pas alsaciens) l'Alsace est encore située en Allemagne ! Mais Nicolas Sarkozy n'est pas un Français lambda. Et dans sa bouche ce lapsus est révélateur. Il montre une fois de plus la médiocrité de son niveau culturel et il montre aussi sa fascination pour une certaine Allemagne qu'il envie. Quant à sa pirouette, je la trouve insultante pour les personnes en situation de dépendance. Ou alors, s'il s'estime effectivement dépendant, il devrait se dépêcher de démissionner, car le type de dépendance auquel il fait allusion n'est pas compatible avec sa fonction. Cependant, le plus pitoyable, à mes yeux, c'est que tous ces bons alsaciens conservateurs jusqu'à l'indulgence aveugle voteront à nouveau pour lui.Ils sont comme ça les alsaciens. Plus exactement, une majorité d'entre eux. En tout cas pour le moment d Après la « santé morale », des nouvelles alarmantes pour notre système de santé, cet e-mail d'une infirmière du sud-ouest arrivé dans ma messagerie : « Aujourd'hui, j'avais formation obligatoire sur les prélèvements (sanguins et autres). Là, le directeur du principal labo avec lequel notre hôpital travaille, nous apprend (tenez-vous bien !) que nous, les infirmières, n'avons plus le droit de faire les prises de sang !!! D'après la dernière ordonnance de notre chère ministre de la Santé (donc, pas de passage devant députés et sénateurs !), les laboratoires, pour subsister, devront passer une certification assez contraignante et compliquée, et pour ce faire, doivent, entre autres, se porter garants du préleveur (c'est-à-dire nous, en l'occurrence !). Conséquence immédiate : les infirmières ne seront autorisées à prélever que si elles ont été formées et agrées par le labo dans lequel le prélèvement est analysé ! Exit donc les infirmières intérimaires ou remplaçantes... Seconde conséquence, et non des moindres : les prélèvements à domicile seront désormais interdits ! Les patients devront donc se rendre au laboratoire par leurs propres moyens, quel que soit leur état, ou bien se faire hospitaliser ! Troisième conséquence : les laboratoires étant tenus de s'équiper de machines hyper-performantes, avec le moins de personnel possible, (ah oui, parce que j'ai oublié de vous préciser que l'État a décidé de diminuer fortement le remboursement des examens sanguins aux laboratoires !) pour pouvoir continuer à fonctionner, ils vont devoir se regrouper (but final avoué : 1 à 2 labos seulement par département !!!). Bref, les hôpitaux de taille moyenne qui possèdent leur propre labo vont le fermer (c'est déjà fait à Paoli-Calmette, par exemple, Cavaillon et Orange vont suivre) et il faudra donc se déplacer vers un grand plateau technique pour faire les examens qui ne sont pas hyper-courants. Comme ces grands plateaux techniques seront les seuls à accueillir une grande partie des examens à réaliser, nous n'aurons les résultats qu'au bout de plusieurs jours (et mieux vaut ne pas en avoir besoin un vendredi après-midi !) Enfin, cerise sur le gâteau : en toute discrétion, il a été décidé que désormais le directeur d'un labo n'a plus besoin d'être biologiste ! La Générale de Santé, ainsi que d'autres grands groupes financiers sont donc en train de racheter tous les labos de France et de Navarre et il devient donc impossible à un médecin biologiste de posséder son propre labo... Voilà, je ne peux vous conseiller qu'une seule chose : surtout, ne tombez pas malade ! Et si toutefois cela vous arrivait malgré tout, déménagez aussitôt vers une grande ville, seul moyen d'ici très peu de temps de pouvoir être soigné dans des conditions acceptables ! P.S. : Je viens d'entendre aux infos que le gouvernement envisage sérieusement de réduire les cotations des examens radiologiques : ça ne vous rappelle pas quelque chose ??? Nous avions le meilleur système de santé au monde, mais c'était avant que le gouvernement Sarkozy n'arrive au pouvoir ! Encore un grand merci à tous ceux qui ont voté pour lui !!! Une infirmière démoralisée et dégoûtée... J'ai fait suivre l'info à une amie biologiste, voici sa réponse :Bonjour, Étant biologiste directrice d'un petit labo (3 personnes) de proximité, je confirme cette info. L'ordonnance est passée en janvier 2010 et nous avons jusqu'en 2013 pour nous mettre aux nouvelles normes. Ce qui est totalement impossible pour les petits et moyens labos vu le coût car bien évidemment tout cela n'est pas gratuit. Donc pour ma part, étant trop petite, je suis condamnée à disparaître !!! À 54 ans, c'est un peu dur à avaler !!! Quant aux regroupements de labos c'est un pis-aller, pour faire face aux structures financières qui attendent (comme pour les cliniques) de racheter et rentabiliser au maximum aux dépens de la relation avec les patients. Des labos traitant plus de 1000 dossiers/jours ne peuvent être à l'écoute de la personne. Et effectivement à terme, il n'y aura plus que 1 ou 2 labos par département, y compris pour les labos des petits hôpitaux. Ceci est le système américain, allemand, et autres pays européens. Voilà donc l'avenir de la santé vendue aux grands groupes financiers. »Imagine-t-on le prix d'une prise de sang pour une personne très handicapée, très malade mais vivant à domicile ou âgée qui devra aller au laboratoire, voire à l'hôpital, en ambulance pour un examen sanguin qui se fait à domicile pour l'instant ? Visiblement, une fois de plus, sous Nicolas Sarkozy, c'est moins le déficit de la sécurité sociale qui est prioritaire que de remplir les poches de ses amis les lobbyistes. Et dans le même temps, on dérembourse à tout-va les médicaments et autres soins de soi-disant « conforts ».Pendant ce temps, en France, ils sont de plus en plus nombreux à rire jaune, voire à rire franchement du démantèlement social du sarkozysme, comme en Alsace.Alors qu'en Tunisie, et peut-être en Égypte, des peuples se soulèvent contre la tyrannie de leurs dirigeants, en France, on se laisse patiemment pressurer, économiquement égorger. À tel point que je me demande si, pour se soulever, il faut ne plus rien à voir pour ne rien avoir à perdre, excepté la vie, comme c'est le cas en ce moment dans le Maghreb et dans d'autres pays arabes ?Mais à quoi se cramponne-t-on ? Qu'attend-on ? Que craint-on en France pour rester aussi amorphe et docile ?Il est vrai que, comme on a beaucoup de mal à croire dans les potentialités de la gauche, entre deux maux, on choisit de garder celui qu'on a sous la main. Une sorte de mal nécessaire, en somme. Car on ne peut censément pas plus espérer être sauvé par les verts ou les deux extrêmes. Il suffit de voir la politique sociale, oscillant entre démagogie et utopie, c'est-à-dire déconnectée de la réalité du terrain, qu'ils nous proposent tous, pour le moment en tout cas. Où est le sauveur tant espéré, celui qui aura les capacités et la volonté de mettre en œuvre une politique économique et sociale égalitaire et inclusive ?Cependant, est-ce une raison pour se laisser autant dépouiller de notre patrimoine social, culturel et politique sans rien faire, comme c'est le cas depuis trois ans ? Et la façon dont il est passé outre les manifestations d'octobre, avec morgue et réussite, ne peuvent que l'encourager à continuer de nous abreuver de ses insanités incultes et de distribuer préférentiellement les bénéfices à ses amis les nantis.Vive l'Allemagne et la Tunisie ! Je me console comme je peux.Quoique.Avec trois amis, nous avons mis sur pied une formation continue intitulée : Présence A Soi, Présence A L'autre, destinée aux professionnels en lien avec des personnes en situation de handicap. La première vient d'avoir lieu à Dijon pour des cadres de la Caisse d'épargne/Bourgogne/Franche-Comté. Elle a démontré qu'il y a une réelle soif d'information, d'humanisation et d'inclusion dans les milieux professionnels de tous bords. Des milieux, pour la plupart, de plus en plus inhumains, par conséquent peu enclins au souci et à l'attention à l'autre. Et encore moins à soi puisqu'on n'est plus qu'un pion. Comment dans ces conditions changer son regard sur son prochain ?Pourtant c'est possible. Tellement possible et souhaitable qu'il faudrait que ce soit la priorité de chacun de nous, à son niveau et avec ses moyens.

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