Genet-sur-toile

Jean Genet, écrivain et cinéaste, était célébré hier par le festival Écrans Mixtes le temps d'une soirée à l'Institut Lumière de Lyon.

Jean Genet Jean Genet
Jean Genet, écrivain et cinéaste, était célébré hier par le festival Écrans Mixtes le temps d'une soirée à l'Institut Lumière de Lyon.

 

Prisons, phallus dressés, marins tatoués... Un chant d'amour (1950), de Jean Genet et Querelle (1982), de Rainer Werner Fassbinder (d'après le roman Querelle de Brest de Genet) rassemblent tous deux quelques-uns des motifs les plus forts de l'univers luxurieux de l'auteur du Condamné à mort, à l'honneur un peu partout ces derniers temps (centenaire de sa naissance oblige). Dans Querelle, un jeune marin homosexuel, voleur et meurtrier débarque à Brest et fait chavirer le cœur du lieutenant de son bateau. Le film met aussi en scène les rapports de fascination entre deux frères presque jumeaux, un thème cher au réalisateur allemand qui l'avait déjà abordé auparavant dans ses films Roulette chinoise et Le Rôti de Satan. Il est également très fortement question de désir homosexuel dans Un chant d'amour, d'un désir obsédant, proche de la folie : celui de deux prisonniers qui entretiennent une relation érotique et amoureuse depuis leurs cellules, en s'échangeant des objets grâce à un trou percé dans un mur. Considéré comme pornographique, le film a longtemps été distribué sous le manteau. Lors de sa première projection publique à la Cinémathèque française, en 1954, Un chant d'amour est tronqué de tous ses plans sexuels. Dix ans plus tard, le producteur du film en vend des copies à une coopéra- tive de diffusion américaine, laquelle organise des projections qui se termineront par des descentes de police. Outre l'empreinte de Genet, les deux films ont également ceci de commun qu'ils sont les derniers de leurs auteurs respectifs : Fassbinder mourra avant le montage de Querelle et Genet ne tournera pas d'autre film qu'Un chant d'amour. Ils constituent ainsi, chacun à leur manière, deux œuvres-testaments, poétiques et émouvantes.

Gaspard Dhellemmes

Article publié dans le numéro 53 du mensuel culturel Hétéroclite.

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