«Mariage gay»: «Libération» sait-il de quoi il parle?

La Une de Libération de ce vendredi 13 janvier («Mariage gay: Sarkozy tenté par le oui») et la somme conséquente de réactions qu’elle a suscitée ces dernières heures sont un bon indicateur de l’état d’ignorance (ou d’ignorance feinte) qui frappe nos médias généralistes en ce qui concerne la question des droits des personnes LGBT.

La Une de Libération de ce vendredi 13 janvier («Mariage gay: Sarkozy tenté par le oui») et la somme conséquente de réactions qu’elle a suscitée ces dernières heures sont un bon indicateur de l’état d’ignorance (ou d’ignorance feinte) qui frappe nos médias généralistes en ce qui concerne la question des droits des personnes LGBT.

Retour sur les faits. «Le Président s’apprêterait à inscrire le mariage homosexuel dans son programme de campagne», annonce en Une Libération ce matin. On tourne la page et dans l’article principal, il n’est plus question de «mariage» mais d’«union civile pour les homosexuels», ce qui n’est pas la même chose, on y reviendra. La ficelle est un peu grosse (l’union civile est une resucée d’une promesse de campagne de 2007 non tenue par le candidat Sarkozy) et de nombreuses voix se font entendre pour le souligner.

Puis, Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, affirme à l’AFP que «le président de la République n’a absolument pas changé d’avis et est défavorable à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels». Ce dernier serait «favorable à l’égalité des droits fiscaux, successoraux, patrimoniaux, mais pas au mariage car, avec le mariage, vient nécessairement la question de la filiation et de l’adoption», précise-t-elle. Et Nicolas Sarkozy y est également opposé, tout comme une grande majorité de son camp politique. Donc si l’on s’en tient à la manière dont Libé a monté en Une son soi-disant scoop, on peut estimer qu’il s’agit là d’un démenti. Que nenni, répond le quotidien, pour qui Valérie Pécresse ne «dément en rien [les] informations [de Libération]. Car ce qui est en question aujourd’hui, et à l’état d’arbitrage à l’Élysée […] c’est l’éventualité pour Nicolas Sarkozy de défendre, dans sa campagne, un projet d’union civile pour les homosexuels». Moralité: si nous avions lu le mot «mariage» ce matin, c’est que nous avions rêvé?

PAS SEULEMENT UNE QUESTION DE MOTS
D’où cette question: Libération sait-il de quoi il parle? Car il ne s’agit pas seulement d’une question de mots, loin s’en faut. Utiliser l’expression «mariage gay» (l’équivalent donc de l’«union civile» sarkozienne), c’est approuver une approche différentialiste et communautariste du droit. Un statut spécifique pour une certaine catégorie de personnes, ce qui «peut poser un problème constitutionnel» comme le signalait à juste titre Libération dans son dossier ce matin. Bref, réassigner les homos dans ce placard qu’ils/elles n’auraient jamais dû quitter selon certains homophobes.

Avec le mariage pour les couples de même sexe, l’approche est égalitaire et républicaine. Les mêmes droits pour toutes et tous. Et cela change tout, car la symbolique est plus forte: comment les lesbiennes, gays, bi et trans’ de ce pays peuvent-elles/ils se faire respecter, dans la rue, à l’école, au travail, dans leur famille, si ils et elles sont considéré-e-s comme des citoyen-ne-s de seconde zone?

INSULTE
Que Libération et tant d’autres médias continuent à employer l’expression «mariage gay» va donc plus loin qu’une simple méconnaissance des enjeux actuels sur ces questions, d’autant plus alarmante à 100 jours de la présidentielle. C’est une insulte à nos revendications pour l’égalité des droits, pleine et entière. Notre colère, comme l’expriment aujourd’hui le Centre LGBT Paris-IdF («Mariage gay et ouverture du mariage aux couples de même sexe ne sont pas synonymes») ou encore le Collectif contre l’homophobie («La Une de Libération et son traitement sont une insulte à l’intelligence»), n’est pas près de s’arrêter.

(Article initialement publié sur Yagg)

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