En 2010, le sang des gays toujours « contre-indiqué »

Alors qu'aux quatre coins du monde on fêtait lundi 14 juin le don de sang, depuis 27 ans, « un groupe à risques» est exclu de ce geste citoyen. Population la plus touchée par le sida en France, les Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), ne seront toujours pas à la fête cette année.

Alors qu'aux quatre coins du monde on fêtait lundi 14 juin le don de sang, depuis 27 ans, « un groupe à risques» est exclu de ce geste citoyen. Population la plus touchée par le sida en France, les Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), ne seront toujours pas à la fête cette année.


Depuis le début des années 1980, époque de l'apparition du virus du sida, considéré à l'époque comme « la maladie des gays », les Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) sont exclus du don sanguin au nom du principe de précaution. « Au vu de l'ampleur du phénomène et de son apparition quasi instantanée, il fallait être intransigeant pour répondre à l'angoisse de la société», reconnait Thomas Scuderi, délégué départemental de Moselle d'Élus locaux contre le sida (ELCS). Datant d'il y a 27 ans, cette mesure préventive apparaît aujourd'hui comme périmée pour certains. Même Roseline Bachelot, à son entrée au ministère de la Santé en 2007,s'était déclarée favorable à la suppression de l'interdiction du don du sang pour les homosexuels. Pourtant, après un débat de plusieurs mois au moment de la transposition d'une directive européenne, un arrêté interministériel a enterriné, le 14 janvier 2009, cette exclusion des gays du don sanguin. Du côté du ministère de la Santé on justifie cette « contre-indication au don du sang des HSH » par les résultats d'une analyse de risques réalisée par l'Institut national de veille sanitaire (INVS) qui affirme que l'ouverture du dondu sang aux HSH, multiplierait par deux le risque de transmission duVIH. Une autre étude montre que le taux d'incidence (nombre de personnes contaminées sur un an, rapporté à l'effectif d'une population donnée) est 200 fois plus élevé chez les HSH que chez les hétérosexuels. En se basant sur ces statistiques, Roseline Bachelot est revenue sur sa promesse sous prétexte que « le risque de tomber dans la fenêtre muette (période de 7 à 10 jours où les tests génomiques viraux sont négatifs après une contamination au VIH) est 200 fois plus grand pour un HSH ».

Statu quo pour 2010
Pour Bruno Danic, directeur adjoint de l'Établissement français du sang(EFS) de Bretagne, il n'est aucunement question de discrimination mais de santé publique. « Il est prouvé que le risque de contamination augmenterait si on ouvrait, en l'état actuel des choses, le don aux homosexuels. Le plus important c'est d'assurer la sécurité transfusionnelle des patients. Après l'affaire du sang contaminé, la confiance des receveurs est revenue et ce serait dramatique pour tout le monde (population homosexuelle, pouvoirs publics, transfusés, etc.) de mettre en danger la vie des receveurs, alors qu'on sait qu'il existe un risque ».L'arrêté interministériel doit être revu tous les ans. Pour 2010, les experts se sont déjà réunis et le texte devrait sortir prochainement. Cependant, comme le présage Bruno Danic, « Tout montre malheureusement que les infections au VIH ne diminuent pas en milieu gay. Les données épidémiologiques n'ayant pas évolué ce serait étonnant que le ministère change d'avis».

« Arguments fallacieux » pour Act Up
«Cette mesure est totalement injustifiée à l'égard des connaissances épidémiologiques actuelles. Le ministère utilise des arguments fallacieux car le problème ce n'est pas la prévalence, c'est la proportion des gens qui ignorent leur statut sérologique», s'insurge Emmanuel Château, membre de la commission prévention d'Act Up. De ce côté là, les chiffres penchent en faveur des gays car « le dépistage est rarement très précoce chez les hétérosexuels, hommes ou femmes», selon le bulletin épidémiologique de 2008 de l'INVS. En plus de contester ces arguments, Act Up et d'autres associations demandent surtout l'abandon de la désignation « groupe à risques » car pour eux, il n'y a que des « pratiques à risques ». « La vraie question n'est pas d'être gay ou hétéro, c'est de savoir si on a des pratiques à risques ou pas ». Une autre de leurs exigences est la révision du questionnaire d'entrée au don du sang qui, à leurs yeux, «n'assure pas la sécurité transfusionnelle en ne posant pas clairement la question de la protection des rapports et des tests de dépistage ». « Si ce test était plus strict, on pourrait parfaitement accepter un homosexuel n'ayant pas de pratiques à risques », assure Emmanuel Chateau. En attendant la révision de l'arrêté, les HSH sont systématiquement exclus du don de sang, même s'ils sont en couple stable ou n'ont pas eu de relations sexuelles dans les mois précédents le don. « Qu'en 2010 le fait d'être gay soit une contre-indication pour le don sanguin est une réelle discrimination », estime Thomas Scuderi délégué d'ELCS, « On demande aux hétérosexuels s'ils ont eu une prise de risque alors que pour un homosexuel on ne pose pas la question. On présuppose qu'un gay n'est pas capable de dire la vérité. Pourtant, comme tout un chacun, il est capable de savoir qu'il met en danger la vie des gens si il a pris un risque et vient donner son sang».

 

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