Les municipales s'invitent pendant la grève générale

Alors que les Français dans leur majorité soutiennent les mobilisations en cours contre la contre-réforme des retraites initié par Macron, certains de ceux qui postulent à la succession du Maire de Montluçon détournent le regard et se jettent dans la bataille des municipales. Irrémédiablement, le fossé se creuse...

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On aura pas attendu longtemps pour connaitre les noms des premières têtes de liste aux municipales de Montluçon. On savait déjà que Mathieu Bogros serait le candidat du PS. Nous savons maintenant que le collectif revendiquant l'appellation de "Gauche unie" a désigné Frédéric Kott comme tête de liste, alors que Pierre Mothet est  adoubé par ses colistiers pour briguer ensuite la présidence du Conseil d'agglomération si la liste arrivait en tête en mars prochain. Le PC n'a pas encore indiqué ce qu'il fera, mais il n'est pas impossible qu'une liste soit constituée. La France insoumise quant à elle n'a pas fermé la porte à l'éventualité d'une liste citoyenne à laquelle certains des ces militant-e-s pourraient participer si un accord large se dessinait en faveur d'un programme dans lequel ils puissent se retrouver.

Pour l'instant, les groupes d'action de la FI de Montluçon et Commentry sont prioritairement engagés dans la bataille des retraites, quand bien même la campagne des municipales reste un objectif important dans leur engagement, afin qu’émerge une alternative sociale et écologique à Montluçon. Par ailleurs une liste LO n'est pas exclue, et même probable, car ce courant de pensée révolutionnaire a toujours été bien implanté dans cette ville aux fortes traditions ouvrières.

On sait aussi que la droite partira divisée dans cette bataille pour la conquête de la municipalité. Il y aura bien sûr une liste conduite par le Maire sortant, Frédéric Laporte, mais pas que. Joseph Roudillon devrait être désigné par son groupe pour conduire une liste dissidente, alors que LREM se prépare aussi pour cette échéance. À cela, il faut ajouter que l'ambition du RN de présenter une liste est toujours d'actualité, même si l'extrême droite n'a jamais réussi à en constituer une pour ce type d'élection. Mais les choses peuvent changer.

Enfin Sylvie Sartirano a été désignée tête de la liste "Montluçon dès demain", une liste qui se revendique "ni à droite, ni à gauche". Au final, il pourrait donc y avoir entre huit et dix listes en compétition pour la seule ville de Montluçon, du jamais vu.

Pourtant, les municipales ne sont que dans trois mois, et l'actualité brulante nous inciterait  plutôt à regarder du côté de la grève interprofessionnelle contre la contre réforme des retraites et de sa reconduction dans plusieurs grands secteurs de l'économie.

Or, à part la France Insoumise qui a produit un gros travail d'information afin de rendre visibles les conséquences néfastes du projet libéral, en allant au contact des gens et en distribuant plus 6 000 tracts, puis en participant activement à la manifestation du 5 décembre dernier, on ne voit pas beaucoup les autres forces politiques de gauche sur le terrain des luttes en ce moment crucial . Pourtant,c'est sur ce terrain qu'elle sont attendues prioritairement. Au lieu de quoi, on assiste à une séquence surréaliste qui met en scène des élus sortants se partageant à l'avance les postes honorifiques et les avantages qui y sont liés. Ont-ils mesuré à quel point l'effet pouvait être dévastateur ? On croirait que non ! En tout cas, sur les réseaux sociaux, les commentaires témoignent d'une certaine incompréhension, voir d'une hostilité, car visiblement le fossé se creuse entre pseudos "stratèges" politiques et simples citoyens.

Alors que les politiques se livrent à des grandes manœuvres en tentant mutuellement de se prendre de vitesse afin d'apparaître comme des acteurs incontournables en vue des municipales, les syndicats de lutte et de transformation sociale, les Gilets Jaunes et les citoyens lambdas s'activent afin de réaliser l'unité du mouvement social et reconduire la grève dans de bonnes conditions. Contrairement aux fois précédentes, on attendra pas un mois avant la prochaine journée d'actions et de grève. Les OS se sont mises d'accord pour fixer la prochaine date de mobilisation générale le mardi 10 décembre, alors que depuis le 5 décembre, des secteurs entiers restent en grève et mobilisés.

Les actions de blocage et de manifestation sauvage se multiplient. C'est la preuve que la répression policière n'a pas réussi à étouffer la contestation. Et c'est bien là le problème pour Emmanuel Macron dont le gouvernement et lui même ne se maintiennent que grâce à puissance de la police et la sévérité de la justice dont les procureurs reçoivent leurs instructions du pouvoir en place.

Or, des failles commencent à apparaître dans le système. Les forces de police subissent de fortes pressions et certains commencent à douter. Quant à la justice, elle voit de plus en plus ses condamnations contestées. Bref, la situation est de plus en plus tendue, au point qu'il n'est pas exclu que le gouvernement soit obligé de renoncer à son projet. Les jours qui viennent seront déterminants, et tout le monde sent bien, à part peut être certains de ceux qui sont déjà en campagne pour les municipales, que de grandes choses peuvent se produire dans les semaines qui viennent, à condition évidemment de ne pas relâcher la pression.

Philippe Soulié

Nota : Mieux que des textes, les albums photos réalisés par Serge D'ignazio rendent merveilleusement compte des manifestations parisiennes. Pour les visionner : https://www.flickr.com/photos/119524765@N06/albums

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