Frédéric Kott, caméléon de la politique ?

Les hommes politiques ont souvent la capacité d'adapter leur discours au gré des circonstances. Ils auraient tord de s'en priver, car souvent celles et ceux qui les soutiennent rechignent à fouiller dans leur mémoire, pensant peut être, mais souvent à tord, que leur "champion" a toujours été tel qu'il se présente à leurs yeux. Petit rappel à l'attention de ceux qui ont la mémoire courte...

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Cette fois-ci, c'est la bonne. Les thuriféraires de l'union de la gauche ont trouvé leur champion. Le bon médecin qui va administrer la potion magique à Montluçon et redonner espoir à une gauche éclatée façon puzzle. Espérant l'emporter sur une droite locale plombée par les affaires, ils voudraient éviter l’émiettement de leur propre camp en répétant le sempiternel scénario de l'union de la gauche, oubliant que la gauche s'est aussi largement décrédibilisée, justement en appliquant nationalement des politiques de droite et en les soutenant localement (et parfois même en les accompagnant) comme se fut le cas à Montluçon avec le parti socialiste.

Aujourd'hui, municipale oblige, une grande partie des élus de l'opposition tentent d'imposer l'Union sacré face à la droite en oubliant de préciser que cette stratégie ne sert que leur propre intérêt, entendu qu'ils se sont accaparé d'emblée toutes les places éligibles, prétendant incarner une liste citoyenne (sic). Et pour conduire cette liste, qui ont-ils choisi ? Frédéric Kott, un ancien baron local du Parti Socialiste dont le passé politique  est à l'opposé de ce que cette liste  défend aujourd'hui.

Car, faut-il le rappeler, lorsque Frédéric kott faisait partie des animateurs les plus en vue du PS, il ne se situait pas à l'aile gauche du parti. Loin s'en faut. Au contraire, farouche soutien de François Hollande, il approuvait alors les pires contre-réformes que ce dernier avait fait passer, le plus souvent à coup de 49-3, les deux plus mauvais souvenirs pour les travailleurs étant l'ANI et la contre-réforme des retraites.

 Pour rappel, l'ANI consistait à "assouplir" les règles régissant le marché du travail. Pour aller vite, plus de flexibilité et de facilité de licencier, de sorte qu'aujourd'hui, le CDI n'est pas beaucoup plus protecteur qu'un CDD. Quant à la contre-réforme des retraites façon Hollande, elle consistait pour l'essentiel à rallonger la durée de cotisations à 42ans et demi afin de pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plain. Donc, celui qui prétendait avoir la finance comme ennemi avait finalement aggravé la politique du chantre du libéralisme, le tristement célèbre Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, Hollande n'avait remis en cause aucune des lois votées durant le quinquennat de son prédécesseur, c'est dire.

Le 14 janvier 2014 nous avions rencontré Frédéric Kott dans le cadre de sa candidature au dernières élections municipales à Montluçon. Cette entretien avait été entièrement retranscrit dans un article que les lecteurs de Regardactu peuvent retrouver en suivant le lien ci-dessous :

http://www.regardactu.com/2014/01/entretien-avec-fr%C3%A9d%C3%A9ric-kott.html

C'est en fouillant dans les archives, que j'ai retrouvé l'enregistrement qui a servi de support à la retranscription de cet entretien. Mais la vidéo elle-même n'avait jamais été publiée jusqu'à ce jour. J'ai sélectionné 3 extraits  révélateurs des contre-pieds idéologiques opéré par celui qui nous est aujourd'hui présenté comme le seul recours à gauche.

À propos des contre-réforme imposées par François Hollande , celui-ci avait justifié  ces reculs sociaux majeurs par le fait qu'il n'y avait plus de sous dans les caisses. Un argument inique largement utilisé par la droite pour justifier la casse des conquis sociaux. Voici ce que disait le candidat du PS en 2014 :

SurLeSoutienPolitiqueHollande © Philippe Soulié

Et que l'on me dise pas que les propos sont sortis du contexte. Les questions étaient des questions fermées. Il ne s'agissait pas de disserter à propos d'une situation en générale, mais bien de répondre à des questions précises. Aujourd'hui, Frédéric Kott affirme qu'il est opposé à la contre-réforme des retraites du gouvernement Macron/Philippe, grand bien lui fasse. Sauf que cette réforme s'inscrit dans la continuité de celles imposées par Hollande en 2013 (que Frédéric Kott a soutenue), et avant lui Sarkozy  (en 2010).

Alors, qui doit-on croire, Le Frédéric Kott de 2014, ardent soutien d'un président ayant trahi toutes ses promesses électorales, ou bien le Frédéric Kott, version relooké 2020 qui soutient les grévistes, et comble de l'ironie, défilent avec eux ?

C'est important de poser cette question, car dans le programme de "Pour Montluçon changeons la donne" figure une proposition sur laquelle, du coup plane une interrogation de taille. Il s'agit de la proposition phare du programme portant sur la gratuité des transports en commun. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en 2014, le candidat du PS n'y était absolument pas favorable. Tout juste concédait-il qu'on pouvait envisager un réajustement du tarif du ticket à l'unité pour les précaires en complément des réductions minimes déjà existantes. Mais pas question d'aller au-delà comme le prouve l'extrait vidéo datant de 2014.

SurLaGratuitéDesTransports © Philippe Soulié

Notons avant toute chose que l'argument selon lequel le trafic stagnerait et les incivilités augmenteraient avec la gratuité des transports est faux. C'est en fait le contraire qui se produit (lire ICI), mais passons. Au delà, Frédéric Kott a t-il réellement l'intention d'instaurer la gratuité pour les transports en commun ? Cette question est d'autant plus fondée que pour être efficace une telle mesure devrait inéluctablement s'accompagner d'une remise à plat du réseau afin de mieux irriguer les quartiers avec des plages horaires adaptées aux besoins des usagers, ce qui suppose des investissements conséquents et donc des choix politiques clairs en termes de priorités. Pour être direct, certains seraient prêts à le faire, mais il n'est pas sûr pas sûr que tous ceux qui l'ont promis le fassent vraiment une fois élus.

Pour ce ce qui concerne le volet sécurité, rappelons qu'en 2014 Frédéric Kott envisageait de densifier la vidéo-protection sur la ville. Selon lui, la lutte contre l'insécurité passait par quatre éléments : l'éducation, la prévention, la dissuasion et la répression. Il n'était donc pas défavorable à la védéo-protection comme élément de dissuasion :

SurLaVidéoProtection © Philippe Soulié

Or lors du débat sur Fr3, le 26 février 2020, celui-ci prétendait au contraire que la vidéo protection était inefficace en terme de dissuasion.

Quelle est donc cette liste "Pour Montluçon changeons la donne" prétendant s'opposer à la contre réforme des retraites, vouloir instaurer la gratuité dans les transports en commun, refuser le déploiement de nouvelles caméras qui choisit comme tête de liste pour la représenter un élu qui a défendu exactement le contraire en 2014  ? Est-ce de la cécité, le refus de regarder les choses en face, ou tout simplement l'incapacité de tirer les enseignements qui s'imposent ?

Certains objecteront que la liste "Pour Montluçon changeons la donne" est la mieux placée à gauche pour remporter les élections. Foutaise. D'abord parce que rien n'est écrit par avance dans le marbre, et ensuite parce que cette liste, même si elle a les faveurs d'une certaine presse, n'a pas fait la démonstration qu'elle portait un projet social et écologique à la hauteur des espérances citoyennes.

C'est particulièrement frappant à la lecture du programme pour ce qui concerne l'écologie. La mesure concernant la gratuité des  premiers M3 d'eau, et la mise en place d'une tarification progressive par la suite a été abandonnée au profit d'une mesure cosmétique (le chèque eau, sous conditions de ressources) dont l'impact écologique serait du coup inexistant. On s'étonne d'ailleurs que le candidat écologiste présent sur la liste n'ait pas réagi face à un tel renoncement. L'explication qui aurait été donnée pour justifier l'abandon de cette proposition, est qu'elle serait impossible à mettre en œuvre juridiquement. Ce qui est faux comme le montrent l'exemple des communes ayant déjà instauré cette mesure (lire LA).

Le référendum d'initiative citoyenne et la possibilité de révoquer les élus à mi mandat ne figure pas non plus dans le programme de "Pour Montluçon, changeons la donne". Il n'y aura donc pas de possibilité de contrôle des élus comme le réclament de nombreux citoyens. Une fois les élections passées, les montluçonnais n'auront donc plus la possibilité de peser sur les décisions et faire respecter les engagements pris. Et pour beaucoup cela est inacceptable. La pseudo démocratie par délégation a vécu, et il faut que celles et ceux qui briguent un mandat s'en imprègnent, car qu'ils le veuillent ou non, de plus en plus les citoyens leur demanderont des comptes.

Bien sûr, il est urgent de dégager la droite engluée dans les affaires. Les condamnations et les mises en examen de plusieurs élus et hauts responsables montrent qu'il est indispensable de tourner la page  de cette séquence politique désastreuse. Mais cela ne doit pas nous obscurcir le jugement, car lorsque les actes du passé viennent contredire à ce point le programme d'un élu, c'est qu'il y a un loup, comme disait Martine Aubry.

Quand les électeurs de gauche, soucieux de ne pas se faire flouer une nouvelle fois par une gauche qui ne tient pas ses promesses se dirigeront vers l'isoloir, certains d'entre eux se poseront la question qui tue « Docteur Kott, ou mister Hollande ? »

Philippe Soulié

 

 

 

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