Réflexions sur le renouvellement municipal 2020 sur Montluçon.

Les élections municipales, du moins le premier tour du 15 mars, se sont tenues dans des conditions impossibles, plus qu’anormales, maintenues en dépit de tous sens de l’intérêt général des populations appelées à se prononcer pour une consultation considérée la plus proche d’eux.

De pleine évidence le climat d’inquiétude multiple des habitants de Montluçon, le sentiment diffus mais réel de fin de règne d’un leader en place depuis vingt ans, a donné à la campagne électorale une complexité qualifier de « jamais vu sur Montluçon». Une campagne qui voit se multiplier les listes dont quatre sur huit situées à droite ou au centre droit. Et deux étant le produit d’une même majorité sortante !  Un contexte local et national de crise et d’autoritarisme qui offre des conditions peu propices à des choix de fond de rétablissement d’une gestion redonnant la parole aux habitants, au peuple citoyen.

Un scrutin particulier, éloquent de disparités et d’incertitudes.

Les analyses des résultats d’ensemble sur la ville, tout autant que les examens des votes dans les quartiers révèlent que le malaise de comportement civique, le non vote, ne peuvent se ramener exclusivement aux questions de crise sanitaire qui perturbent toute la vie du pays actuellement. L’attitude abstentionniste qui dure ici, qui se reproduit a des causes sociales qui tendent à conforter une attitude de rejet du politique et des élites.

Quand la participation descend pour atteindre sur une ville de 35 000 habitants 38,10 % des électeurs inscrits, que certaines personnes refusent de s’inscrire, comment parler encore de démocratie électorale, de démocratie représentative, de légitimité à parler au nom de la communauté ? Quand les écarts de participation des quartiers populaires au sens d’appartenance sociale se situent assez systématiquement de 8/10% inférieur en comparaison des autres quartiers, peut-on nier l’éclatement de la société montluçonnaise ?

Rappelons des différences constatées, qui ne sont pas nouvelle, dans les écarts de participation sur la ville de Montluçon comparés au national pour les quatre derniers scrutins.

Présidentielles 2017.Participation de 1er tour  : Pour le national 77,30%.  Montluçon 65,95%= -11,35%.

Législatives  2017.     Participation de 1er tour   : Pour le national 48,71%.  Montluçon 44,80%=   -3,91%.

Européennes 2019    Participation sur un tour  : Pour le national 50,70%.  Montluçon 48,34%=   -2,36

Municipales 2020      Participation au 1er tour   : Pour le national 44,64%.  Montluçon 38,10%=    -6,54%.

 On remarquera que d’une élection à l’autre se répètent les mêmes phénomènes politiques d’abstention des électeurs montluçonnais. On ne peut pas dès lors s’étonner que dans le moment de crise sanitaire extrêmement grave qui s’est installée, les électeurs ne se soient pas massivement rendus aux urnes. Les Français ont préféré « l’isolement » par crainte ou par sagesse à «  l’isoloir », et cela explique pour part cette abstention, mais la permanence d’une telle différence de participation ramène aussi à l’existence et la permanence des rejets par les montluçonnais des politiques pratiquées autant locales que nationales…

Et cette réalité concrète de notre situation complexe, semble régulièrement échapper à la plupart des commentateurs faisant vivre l’actualité à la manière et dans le sillage des grands moyens d’information écrits, radios ou télévisés. A chaque lancement de campagne électorale, des choix prioritaires de candidatures sortent des comités de rédaction, de manière à orienter l’opinion vers des listes ayant leurs faveurs politiques. La farce du débat entre cinq des huit têtes de listes organisé par FR3 et France Bleu Auvergne illustrerait, s’il le fallait, d’un favoritisme en actes et d’un refus grave pour la démocratie d’un tel traitement inégalitaire des candidats.

Et bien évidemment, l’analyse des résultats va de pair avec cette façon de tordre les faits. Ainsi de voir produits des éléments comparatifs ramenés aux seuls résultats de 2014. Eléments dépassés parce que le panorama politique et électoral s’est plus que largement transformé avec et après l’élection présidentielle de 2017. Ensuite avec l’apparition de nouvelles forces politiques dont l’existence de LERM et de la FI n’est pas la moindre. Avec  d’autres modifications de l’échiquier politique si l’on prend en compte aussi les écroulements électoraux des partis PS et PCF refusant de renouveler leur stratégie.

En examinant ce qui peut être comparable dans les modifications des expressions d’ensemble sur la ville et au plus près ce qui s’est passé au niveau des bureaux de vote apparaissent des lignes de forces caractérisant certaines évolutions des influences attendues ou non, parmi les principales familles politiques.

Ainsi : La percée pourtant espérée des bonnes âmes du « ni de droite ni de gauche », ne s’est pas réalisée.  Le représentant de la formation gouvernementale en Marche reste en rade ! C’est de fiasco que l’on peut parler, tant le soutien dont a bénéficié cette liste considérée comme parmi les cinq grandes listes concurrentes fut net et grossier. Mr Jarrige avec ses 4,30%   est disqualifié lui et sa ligne politique totalement soumise aux orientations d’un libéralisme fracassant la République sociale construite par le peuple.

Ainsi : L’addition formelle des scores des listes de la droite qui totalisent ensemble un total de 52,63% (Mr Laporte 27,03%, Mr Roudillon 21,20%, Mr Jarrige 4,30%) sont proches des 53,70% de Mr Dugléry en 2014. Ce qui laisse penser que la dispersion des listes et des voix ne réduisent qu’à la marge l’influence globale des forces de la droite sur la ville. Mais rapproché des scores des listes de droite aux Européennes, le compte n’y est pas puisque      les candidats LR + les centristes + LREM représentaient en gros 58% des suffrages montluçonnais.

On sent que les spéculations vont bon train sur les capacités et la volonté des « deux frères ennemis » à se maintenir au second tour. Pour autant Mr Roudillon au soir du 1er tour ne fermait pas la porte à des discussions entre listes…A qui pense-t-il, il ne l’a pas dit ! Ceci étant, se rendent-ils compte des dégâts civiques et moraux que dégagent pour les gens leurs dissensions avec les charges de haine que cela véhicule autour d’eux. Et tant pis pour l’image de la ville un peu plus défigurée par ces « guéguerres d’égos » et de « luttes des places ! ».

Ainsi : Dans les résultats des listes déjà présentes en 2014, non seulement celle de Mme Sartirano colistière de Mr Diallo est celle qui n’a que peu varié dans ses démarches et ses propositions de programme, mais c’est à noter, elle  gagne en pourcentage sur son score de 2014. Il est pittoresque de voir de quelle manière se ridiculise le journaliste chef de rédaction du journal local  qui commente ce score en affirmant que Mme Sartirano serait la « seule vraie perdante » de ce premier tour. Pour certains gagner 3,90% c’est être perdant…Ce genre de commentaire pourrait-il être orienter, voir tenter quelques déstabilisations ? Au profit de qui ?

Ainsi : ‘’A gauche’’, selon la formule passe partout utilisée, tout n’est pas si net que certains voudraient le faire croire. La liste présentée par médias interposés comme opposante N° 1 de l’héritage de Mr Dugléry, pris en main par Mr Laporte, la liste « Changeons la donne » menée par F.Kott élu socialiste sortant, arrive qu’en troisième position des huit listes présentes. Les initiateurs de cette liste après avoir participé au démarrage du « Collectif Tournons la page 2020 » lancé depuis mars/avril 2019, ont décidé de faire cavalier seul. Se présentant alors comme un collectif d’élus de gauche issus des groupes d’opposition du conseil, ils opteront ensuite pour une constitution de liste qu’ils dénommeront « Changeons la donne, pour Montluçon ». Ils seront rejoints en second temps de leur campagne par les dirigeants locaux du parti communiste.

Avec 19,50% des exprimés en leur faveur Mr F.Kott et sa liste perdent 0,50%  sur le score de 2014. La strict comparaison des résultats enregistrés de 2014 à 2020 peut permettre de considérer très proches les deux scores de M Kott, une fois à 20,10% ily a six ans et 19,60% cette fois. Ce qui ne tient pas compte de l’apport du PCF encore situé à 5,10% aux Européennes de 2019 et de l’existence pour cette élection d’une liste PS officielle qui à recueillie 4,30%. Les « imports de voix » des uns et « exports » des autres  conduisent à comprendre que dans ces transferts il manque des voix et en l’occurrence des pourcentages, de l’ordre de 3/4% à la de défaveur de Frédérick Kott.

Et vu le conflit ouvert entre les deux tendances d’un PS déchiré et le positionnement de la liste « Tournons la page » pour le second tour, la dynamique espérée d’une « gauche en embuscade » n’est pas particulièrement apparente, sinon de s’inscrire dans ce qui se nomme la méthode Coué.

Ainsi : Reste-t-il à regarder ce qu’il est advenu des autres listes de l’échiquier électoral actuel. Celle de la liste citoyenne « Tournons la page en 2020 » et ses 6,66%. Et de la liste « Luttes ouvrières » habituelle liste de témoignage toujours aussi ferme sur les ses positions qui recueille cette fois encore ses 1,80%.

Au regard de ce qui a bougé au premier tour de par l’éparpillement des huit listes, la nouveauté en terme de mobilisation ouverte à caractère citoyen, est plutôt à remarquer du côté de la liste animée par Stéphanie Charret « Tournons la page en 2020 ». Nouvelle venue sur le secteur électoral de Montluçon la liste proposée par le collectif du même nom Tournons la page à Montluçon, n’en a pas moins tenté de faire preuve d’innovation dans une pratique  militante plaçant les Montluçonnais au cœur d’un projet municipal dont ils seraient les acteurs.

 Se situant hors des partis traditionnels, cette liste faisait cohabiter jeunesse et dynamisme avec quelques personnes plus expérimentées dont la tête de la liste « l’humain d’abord de 2014 » Nelly Depriester. Avec une différence, celle de la non-participation à cette démarche des représentants du parti communiste en tant que tel parti tenter leur chance sous d’autres cieux.

Mesurons les 6,66% obtenus par cette liste. Faisons-le à partir du fuseau électoral constitué du score « Front de gauche » de 2014 d’une part  avec ses 12,50% et d’autre part de l’influence durant la dernière consultation donnée à la liste France Insoumise de mai 2019 avec 9,10%. On remarque que les niveaux ne sont pas les mêmes, pas plus que les enjeux et le contexte.

Ajoutons que les comparaisons sur la base des examens par bureaux de vote indiquent que l’abstention massive touche en particulier cet électorat populaire vers qui se tournait en priorité cette liste ! Considérons alors pour tenter une approche complémentaire que cette différence peut aussi être l’effet du boycott médiatique des positions du soutien officiel  de la France Insoumise envers cette seule liste « Tournons la page en 2020 ».

Concluons cette série d’observations en mettant l’accent sur deux faits majeurs et inédits pour la ville :

                 -  Un niveau de participation de niveau alarmant passé sous la barre des 40% …

                  - Un maire sortant qui se situe dans les basses eaux de la confiance de ses administrés, ne recueillant que 27% lors d’un premier tour municipal.

Paul Crespin

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