Environnement Recycling : la polémique est relancée

Une enquête parue dans « Déchets infos », une revue spécialisée, relance le débat à propos de la dangerosité de certains déchets, notamment, le verre au plomb. Du coup, Environnement Recycling, l'entreprise basée à Domérat, proche de Montluçon se retrouve à nouveau au centre d'une vaste polémique...Explication...

C'est un véritable pavé dans la marre que vient de lancer  « Déchets infos ». Après une enquête approfondie qui a durée plus de 6 mois, la revue  spécialisée dans le suivi du traitement des déchets fait des révélations qui mettent directement en cause La Préfecture, la DREAL, Eco-système et Environnement Recycling. Rien que ça.

Il faut dire qu'en lisant l'enquête réalisée par déchets info, on s'aperçoit que les organismes chargés de faire respecter les règles de sécurité varient leur discours à propos de la dangerosité du verre au plomb en fonction de critères plus que contestables. Ainsi, le verre au plomb serait considéré comme dangereux pendant la phase du démantèlement des tubes cathodiques, mais ne le serait plus une fois broyé.

Le verre au plomb, dangereux ou pas dangereux ?

l'enquête réalisée par Déchets infos révèle qu'alors que le verre au plomb est considéré comme produit dangereux depuis le 1er janvier 2002 par la nomenclature européenne (voir ICI), et que la préfecture l'a identifié comme tel en délivrant le permis d'exploitation à Environnement Recycling en 2010, les organismes de contrôle changent d'avis en 2013, au moment où l'entreprise de recyclage doit impérativement trouver des lieux de stockage au niveau local, en raison probablement du manque de place sur le site de l'usine de retraitement.

Broyage des tubes cathodiques © Didier Ciancia Broyage des tubes cathodiques © Didier Ciancia

En 2013, donc, le verre de plomb réduit en poussière (25 μm, soit 0,025 mm), devient un produit non-dangereux. Or, cela change tout pour le transport et le stockage, car dès lors, les règles de sécurité imposées aux produits dangereux ne s'appliquent plus. Par exemple, au lieu d'être stockés en silo, les milliers de tonnes de poudre de verre au plomb sont simplement placés dans des big-bags, transportés, puis répartis sur 3 sites de stockage, sans plus de précaution, et sans que les propriétaires des sites en question ne soient forcément informés de la véritable nature des produits entreposés chez eux.

En 2018, les déchets sont transférés sur un site classé ISDD (installation de stockage de déchets dangereux). C'est donc un nouveau revirement, puisque les déchets considérés dangereux en 2010, puis non-dangereux en 2013, redeviennent soudain dangereux en 2018, de quoi y perdre son latin. Cela pourrait porter à sourire, si derrière ces changements d'appréciation il n'y avait aucune conséquence pour la santé des personnes travaillant au contact de ces déchets (le personnel de l'usine et ceux qui ont transporté les big-bags notamment).  Et justement...

Des plombémies élevées et non respect du décret préfectoral de 2010

Les lecteurs de regardactu se souviennent certainement des plombémies élevées chez certains salariés, révélées par la CGT (lire ICI). Nous avions également consacré un article au saturnisme intitulé « Le saturnisme, maladie du plomb et des inégalités sociales ». Or, à Environnement Recycling les plombémies élevées de plusieurs salariés auraient dû éveiller les soupçons . ( entre  100 à plus de 300 μg/litre, alors que le « niveau de vigilance  réglementaire est situé à 25 μg/litre ), mais ni la préfecture, ni la DREAL, ni Ecosystème, ni Les responsables d'environnement Recycling n'avaient réagi. Pire, lorsque la CGT avait porté l'affaire sur la place publique, son secrétaire départemental avait été poursuivi pour diffamation et mis en examen. Et le 5 juin, Laurent Indrusiak comparaissait devant le tribunal de Montluçon pour s'entendre dire que finalement les poursuites étaient annulées (lire LA).

En attendant, il n'est toujours pas possible d'établir un lien factuel entre les plombémies élevées relevées chez certains salariés, et leur possible exposition sur leur lieu de travail. Et pour cause, les relevés d'ambiance, pourtant demandées par arrêté préfectoral en 2010 n'avaient pas été respectées. C'est aussi ce que pointe l'enquête de « Déchets info ». Et si l'inspection de la DREAL avait fait état de cette inobservation du décret, elle n'avait pour autant pas demandé à Environnement Recycling de se mettre en conformité.

De son côté, et à notre connaissance, le CHSCT d’entreprise (comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail) n'a jamais demandé que des mesures d'ambiance soient réalisées par un cabinet d'expertise agréé par le ministère du travail. Il y avait bien eu des mesures faites, mais c'est un cabinet de Conseil aux entreprises qui les avaient réalisées (le cabinet SOCOTEC), non agréé par le ministère du travail comme nous le révélions dans une enquête de regardactu (lire ICI), ce qui laisse planer des doutes, tant sur la méthodologie que sur les moyens mis en œuvres pour obtenir des résultats fiables.

Pour ce qui concerne la question de la contamination par le plomb, la responsabilité d'Environnement Recycling reste donc posée pour les salariés présentant des plombémies importantes, même si, en l'absence de preuve, il n'est pas possible d'affirmer que c'est le cas. Et comment le pourrait-on d'ailleurs puisque les relevés d'ambiance n'ont jamais été réalisés comme le décret l’exigeait. CQFD.

Entrepôt souillé et pour le moment inutilisable

Lorsqu'en 2018 le propriétaire de l'entrepôt de Montluçon récupère son bien, une surprise de taille l'attend. Toujours d'après Infos-déchets, ce dernier s'aperçoit que les locaux sont remplis de poussière, jusque dans les combles, et y compris dans les bureaux qui n'étaient pas loués. Après analyse, il s'agit de verre, de plomb et de baryum, alors que le bail mentionnait juste un « stockage de verre en big-bags ». Depuis, le propriétaire a entamé des démarches pour faire dépolluer les locaux. Mais en face, personne ne veut l'entendre, car après avoir contrôlé les lieux,  la DREAL estime que les locaux peuvent être réutilisés en l'état. Incroyable mais vrai.

 

Entrepôt de Montlucon où étaient stockés le verre au plomb d'Environnement Recycling © Philippe Soulié

Un silence de plomb

Surtout, ce qui choque le plus, c'est le silence des services de l’État quand on les interroge sur cette affaire. Comme si les uns et les autres avaient des choses à se reprocher. En agissant ainsi, en répondant par le mépris aux questions  (gênantes), en laissant s'insinuer le doute dans les esprits, ils y perdent en crédibilité et donc en légitimité à se porter garant de la sécurité des personnes (Lubrizol en est une autre illustration). Et c'est grave. Grave et irresponsable, car ce silence n'empêchera pas les citoyens de demander des comptes sur ce qui a été fait et ce qui ne  l'a pas été. Car dans cette affaire, il ne faut tout de même pas oublier que c'est la vie d'êtres humains dont il est question. Et "le silence de plomb" (pour reprendre l'expression d'Olivier Guichardaz) entourant cette affaire ne suffira pas à le faire oublier.

Les lecteurs de regardactu peuvent prendre connaissance de l'intégralité de l'enquête d'Olivier Guichardaz paru dans Déchets-infos N° 169 du 9 octobre 2019 en suivant le lien suivant : https://dechets-infos.com/?p=20811

 

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