11 octobre, bourse du travail à Blois, un Compte-rendu

Rédactrices : Fanny Gallot, Servane Marzin

Une réunion « par en bas »

Tandis que les discussions autour de « la pétition » alimentent nombre de discussions informelles et formelles durant ces rendez-vous de l’histoire édition 2014, c’est à une cinquantaine que nous nous réunissons à la bourse du travail, le samedi 11 octobre. L’assistance est plurielle : aux enseignant-e-s du secondaire et du supérieur s’ajoutent des responsables d’éditions, des formateurs, des étudiant-e-s en histoire, mais aussi des passionnés d’histoire qui forment le public de Blois. L’objet de cette réunion n’est pas que les iniatiateurs-trices portent la bonne parole, mais bien que, en partant de mini-introductions autour des propos de Gauchet et de la controverse en cours, nous lancions collectivement un débat et des perspectives que tous les présent-e-s pourraient s’approprier.

Le tour de table initial nous permet de partir des attentes des un-e-s et des autres. Reviennent la curiosité, l’impression qu’il se passe quelque chose, l’attachement aux rendez-vous de Blois comme un espace de rencontre entre le secondaire et le supérieur, les limites et les formes d’un entre-soi cloisonné, les mécanismes de réseaux qui structurent la profession historienne. Une série de rappels plus structurés permettent à tous de situer Marcel Gauchet, porte-drapeau  d’une démarche a-critique dominante, mais aussi d’éclairer le processus de disqualification alors à l’œuvre, visant en premier lieu les initiateurs-trices de la pétition, mais plus largement toute la démarche critique. Plusieurs interventions s’émeuvent des attaques lancées contre les initiateurs-trices de la pétition. « Fatwa », « ayatollah », « gardes rouges », « stalinien », « goulag »: la violence de propos dont les auteurs ne peuvent ignorer ni le poids ni la gravité,  surprend. Quant à l’appel à la démission lancé par Marcel Gauchet lui-même, il paraît hors de proportion et scandaleux. Toutes et tous, en revanche, exprimons notre envie de sortir de l’affaire Gauchet pour penser les mécanismes qu’elle révèle, et les potentialités qu’elle ouvre, et défendre le projet d’une histoire critique.

 « Dé-gauchetiser » ?

 Car si c’est le fait que Marcel Gauchet inaugure des rendez-vous Blois placés sous le signe des Rebelles qui a conduit à cette réunion, c’est bien l’idée de « dé-gauchetisation » qui est à l’ordre du jour de ce off. Que ce soit parce qu’il n’est au fond que le symbole/symptôme d’un système que nous condamnons, parce qu’il nous semble essentiel d’aller plus loin dans l’élaboration d’une histoire critique ou parce que nous aimerions promouvoir d’autres échanges entre des militant-e-s, des enseignant-e-s du premier et du second degré et du supérieur, il nous semble essentiel de faire émerger une autre voix et une réflexion plus large.  

 Construire un off

Se pose la question d’écrire un livre collectif autour de la controverse en cours et ce qu’elle ouvre comme brèche pour l’élaboration d’une histoire critique. Si cette proposition doit encore être précisée, c’est finalement l’idée de construire un off durant les rendez-vous de Blois de 2015 qui émerge. Organisés sous forme d’ateliers, l’enjeu est d’y mettre en œuvre une autre forme de débat avec davantage d’allers-retours entre les participant-e-s, le public et les intervenant-e-s. Se discute aussi la volonté de construire d’autres liens entre le secondaire et le supérieur ou les premiers ne viendraient pas « consommer » les résultats des recherches des seconds mais où la rencontre serait pensée dans l’interaction,  en relation avec la façon d’enseigner l’histoire dans le secondaire. Il est aussi question de dénationaliser les interventions en invitant des collègues étrangers et de décloisonner d’un point de vue disciplinaire en associant à nos réflexions d’autres sciences humaines et sociales.

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