Billet de blog 10 sept. 2010

Retraites : où sont les femmes ?

Pour combattre l'inégalité du niveau des pensions, c'est politiquement qu'il faut repenser la réforme, en tenant compte du rôle des femmes dans le développement de la société, qui ne se réduit pas à leurs feuilles de paye. Par Marylise Lebranchu, députée du Finistère, et six autres deputé(e)s socialistes.

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour combattre l'inégalité du niveau des pensions, c'est politiquement qu'il faut repenser la réforme, en tenant compte du rôle des femmes dans le développement de la société, qui ne se réduit pas à leurs feuilles de paye. Par Marylise Lebranchu, députée du Finistère, et six autres deputé(e)s socialistes.

---------------

Si l'on prend en compte la totalité de leurs droits, les femmes retraitées de plus de 60 ans touchent en moyenne 1020 € par mois, alors que les hommes touchent 1636 €. Cette inégalité (38 % de moins pour les femmes) est encore plus forte que celle des salaires (27 % de moins). Il faut dire que la retraite, dans ce calcul actuel, est un cumul de peines pour les femmes. Elle est le miroir d'un moindre salaire, d'un moindre temps de travail entrecoupé de périodes d'inactivité plus longues.

Le rafistolage de fortune que nous propose le gouvernement pour masquer les déficits jusqu'aux élections présidentielles ne met pas cette inégalité sérieusement à l'ordre du jour. Et pour cause. Son projet de réforme ne cherche pas à retrouver le sens du système de retraite, ni à prendre en considération la réalité concrète des situations vécues. S'attaquer à l'inégalité des retraites entre hommes et femmes nécessite un débat de société de vaste ampleur, mené dans un climat de confiance collective. Pourquoi ?

Parce que les inégalités de retraite entre hommes et femmes apparaissent comme des injustices dès lors que l'on accepte que la contribution au développement de la société dépasse largement la cotisation aux caisses de retraites. Or, si les femmes ont encore un taux d'activité de dix points inférieur à celui des hommes, ce n'est en général pas pour se tourner les pouces, mais pour accomplir les tâches essentielles à la survie de notre société et de nos valeurs : soin des enfants en bas âge, soutien aux parents devenus dépendants, gestion des tâches domestiques. Mais constater cela, ce n'est pas l'accepter. Oui, il faut partager mieux les charges à la maison. Oui, il faut contraindre à l'égalité des salaires entre hommes et femmes. Oui, il faut des accommodements de droit et des services publics qui permettent aux deux parents de mener de front un travail émancipateur et une vie familiale épanouissante.

Les modalités actuelles de calcul des retraites correspondent cependant à un modèle de référence qui date du siècle dernier : celui d'une famille où seul l'homme travaillait et où les droits sociaux de la femme dérivaient de ceux de l'homme. Certains ont pu à cet égard parler de « modèle hiérarchique ».

C'est ainsi que notre système consacre 14 % des dépenses de retraite totales, soit 30 milliards d'euros, aux pensions de réversion. Sans cela, ce ne serait pas 38 % de moins que les femmes retraitées toucheraient, mais 52 % de moins ! Nous ne partons donc pas de rien. Nos prédécesseurs n'ont pas sous-estimé l'importance du rôle des femmes dans le maintien de la société. Mais ils l'ont fait en fonction d'une famille-type qui appartient au passé. D'autres pays ont fait d'autres choix - par exemple le « splitting », qui fait masse des droits à la retraite acquis par l'homme et par la femme pendant la durée de l'union et les partage également entre eux.

Depuis, pour des raisons financières, la tendance a été au durcissement du rapport direct entre cotisation et pension. Inéquitable pour les femmes, cette tendance réduit subrepticement la contribution à la société à la simple cotisation sur le salaire. Cette individualisation stricte des droits à la retraite n'est source ni de liberté ni de justice. Les parcours de vie sont de plus en plus divers, par choix ou par nécessité. Nous ne pouvons pas les trier en fonction du seul critère de la cotisation salariale.

Poser politiquement et non comptablement la question des retraites oblige à clarifier ce que nous mettons derrière le mot « famille ». À considérer la prise en charge de la dépendance d'un proche comme quelque chose d'utile à la société et non comme un détournement improductif du salariat. À se rappeler que la fécondité, dont notre pays s'enorgueillit à juste titre et qui allège les futurs déficits de la retraite, dépend aussi beaucoup des politiques publiques de petite enfance, qui sont encore loin de couvrir tous les besoins. À confirmer surtout que l'accès aux droits doit rester universel et que la carte bancaire ne doit pas remplacer la carte d'identité.

C'est une adhésion volontaire de notre société qui seule peut produire une réforme réelle, juste et efficace de notre système de retraite pour la génération qui vient. Anxiogène et défiant, le gouvernement actuel n'est plus en situation d'y parvenir. C'est désormais de la responsabilité de la gauche, en 2012, de construire le consensus nécessaire à la refondation des retraites, porteuse de sens et d'avenir.

Par Marylise Lebranchu, députée du Finistère, Catherine Coutelle, députée de la Vienne, Pascale Crozon, députée du Rhône, Françoise Olivier-Coupeau, députée du Morbihan, Gisèle Biémouret, députée du Gers, Jean Mallot, député de l'Allier, Philippe Nauche, député de la Corrèze.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Le candidat Gérald Dahan sait aussi imiter les arnaqueurs
Candidat Nupes aux législatives en Charente-Maritime, l’humoriste a été condamné en 2019 par les prud’hommes à verser plus de 27 000 euros à un groupe de musiciens, selon les informations de Mediapart. D’autres artistes et partenaires lui réclament, sans succès et depuis plusieurs années, le remboursement de dettes.
par Sarah Brethes et Antton Rouget
Journal
Les publicitaires font main basse sur les données des élèves partout dans le monde
Human Rights Watch a analysé durant deux ans 164 outils numériques destinés aux élèves de 49 pays durant la pandémie afin qu’ils puissent continuer à suivre leurs cours. 89 % « surveillaient les enfants, secrètement et sans le consentement de leurs parents ». Une enquête réalisée avec un consortium de 13 médias, dont Mediapart, coordonnés par The Signal Network.
par Jérôme Hourdeaux
Journal
Le casse-tête des enseignants français
Avec seulement deux applications mises en cause, la France fait figure de bonne élève dans le rapport de Human Rights Watch sur la collecte de données durant la pandémie. Mais, dans les salles de classe, la situation est en réalité plus complexe, notamment en raison de l’usage d’outils non validés par le gouvernement.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Fil d'actualités
Au Texas, au moins 21 morts dont 19 enfants dans une tuerie : Biden appelle à « affronter le lobby des armes »
Le président américain Joe Biden, visiblement marqué, a appelé mardi à « affronter le lobby des armes » pour prendre des mesures de régulation, alors que l’Amérique vient de replonger dans le cauchemar récurrent des fusillades dans des écoles.
par Agence France-Presse

La sélection du Club

Billet de blog
Amber Heard et le remake du mythe de la Méduse
Depuis son ouverture le 11 avril 2022 devant le Tribunal du Comté de Fairfax en Virginie (USA), la bataille judiciaire longue et mouvementée qui oppose Amber Heard et Johnny Depp divise l'opinion et questionne notre société sur les notions fondamentales de genre. La fin des débats est proche.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice
[Rediffusion] Dans l'affaire dite du « viol du 36 », les officiers de police accusés du viol d'Emily Spanton, alors en état d'ébriété, ont été innocentés. « Immense gifle » aux victimes de violences masculines sexistes et sexuelles, cette sentence « viciée par la culture du viol » déshumanise les femmes, pour un ensemble de collectifs et de personnalités féministes. Celles-ci demandent un pourvoi en cassation, « au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, au nom de la protection des femmes et de leur dignité ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Violences faites aux femmes : une violence politique
Les révélations de Mediapart relatives au signalement pour violences sexuelles dont fait l'objet Damien Abad reflète, une fois de plus, le fossé existant entre les actes et les discours en matière de combat contre les violences sexuelles dont les femmes sont victimes, pourtant érigé « grande cause nationale » par Emmanuel Macron lors du quinquennat précédent.
par collectif Chronik
Billet de blog
En finir avec la culture du viol dans nos médias
[Rediffusion] La culture du viol est omniprésente dans notre société et les médias n'y font pas exception. Ses mécanismes sont perceptibles dans de nombreux domaines et discours, Déconstruisons Tou(rs) relève leur utilisation dans la presse de masse, dans la Nouvelle République, et s'indigne de voir que, depuis près de 10 ans, ce journal utilise et « glamourise » les violences sexistes et sexuelles pour vendre.
par Déconstruisons Tours