Retraites, le PS entre (enfin) dans le débat

Enfin! Après de nombreuses tergiversations, le PS a adopté une position commune sur les retraites. Le document prend à rebrousse-poil l'argumentaire servi depuis plusieurs semaines par le gouvernement. Il plaide pour des ressources nouvelles pour financer les retraites. Et réhabilite l'impôt.

Enfin! Après de nombreuses tergiversations, le PS a adopté une position commune sur les retraites. Le document prend à rebrousse-poil l'argumentaire servi depuis plusieurs semaines par le gouvernement. Il plaide pour des ressources nouvelles pour financer les retraites. Et réhabilite l'impôt.

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A l'unisson, l'UMP et le gouvernement ont dénoncé un «choc fiscal» (Eric Woerth), une «avalanche d'impôts nouveaux sur les classes moyennes» (François Fillon). Ce mardi, le clivage droite-gauche est soudainement réapparu. Le débat fiscal qui sera au cœur de la campagne de 2012 est propulsé en pleine lumière.
Selon l'exécutif en effet, l'enjeu des retraites est d'abord démographique. Puisque l'on va vivre plus longtemps, il faut travailler plus longtemps. Et donc repousser l'âge légal de départ à la retraite (60 ans) et/ou la durée de cotisation. Concession symbolique à ceux qui veulent plus de ressources, le gouvernement plaide pour une taxe sur les plus aisés et les revenus du capital qui financerait la solidarité entre retraités – dont le montant est inconnu. Mais il dit refuser toute hausse des impôts, pour ne pas sembler renier ses promesses électorales. Pour lui, augmenter les cotisations pesant sur les salariés ou les employeurs ou patronales est impensable : cela, dit-il, péserait sur le pouvoir d'achat et détruirait des emplois.
Dans son texte, le PS fait le diagnostic à peu près inverse. D'abord, il exclut le recul de l'âge légal, mesure «injuste», car il gomme les inégalités d'espérance de vie entre ouvriers et cadres. Le parti socialiste nuance également l'horreur démographique prédite par le gouvernement : il n'est pas exclu, dit-il que la France fasse plus d'enfants, ou recoure à l'immigration. Surtout, dit-il en substance, c'est la croissance qui fait la splendeur ou la misère des caisses de retraite : «Un demi-point de croissance supplémentaire à partir de 2013 diminuerait le déficit de moitié en 2025 (de l'ordre de 22 milliards d'euros).»
Affirmant qu'il convient de «résister au catastrophisme ambiant», le PS estime que le déficit prévu par le COR à cette échéance (45 milliards d'euros) peut être comblé. Pour l'essentiel, en payant plus d'impôts. Selon le PS, 37 milliards pourraient être récupérés à l'horizon 2025 : 12 milliards avec une hausse «modérée et étalée dans le temps» des cotisations patronales et sociales (0,1 point de plus par an entre 2012 et 2021, c'est-à-dire, selon le PS, entre 2 et 2,50 euros de plus par an); 25 milliards en taxant davantage les revenus du capital: les stock-options et les bonus des banquiers (2 milliards d'euros), l'intéressement et la participation (3 milliards), supprimer les exonérations de CSG sur l'assurance-vie et les avantages fiscaux liés aux cessions de filiales (7 milliards), augmenter l'impôt qui remplacera la taxe professionnelle (7 milliards, les petites entreprises seraient éxonérées). Il n'exclut pas, à terme, d'augmenter si nécessaire la durée de cotisation: la moitié des gains d'espérance de vie serait consacrée au travail, l'autre à la retraite (aujourd'hui, c'est deux tiers au travail).
On peut en penser ce qu'on veut. On peut, à juste titre, estimer que le PS, en proposant d'affecter toutes ces hausses d'impôt aux retraites, grille d'emblée ses cartouches budgétaires et se prive de marge de manoeuvre pour réduire les déficits ou renflouer la Sécu, dans un contexte financier qui sera très tendu au cours des prochaines années.

Mais le texte a au moins le mérite de vraiment lancer le débat sur les retraites. Il aborde des questions cruciales, pour l'heure escamotées, comme une amorce de réflexion sur les temps de la vie, et l'utilité des retraités dans la société. Surtout, il remet en perspective le débat sur l'âge légal, et offre une grille de lecture différente de celle du gouvernement sur l'emploi des seniors.

Là où l'exécutif affirme qu'il augmentera mécaniquement si l'âge légal est repoussé (l'argument n'est pas faux, car il semble exister un effet psychologique qui incite les entreprises à ne plus investir sur leurs seniors quand ils approchent de la retraite), le PS pose enfin le sujet de fond (nous en avons déjà parlé sur Mediapart, dans cet article) : si l'on ne développe pas la formation tout au long de la vie, si les salariés de plus de 45 ans ne font pas l'objet d'une attention particulière, à commencer justement par les moins qualifiés, alors la question de l'emploi des seniors ne sera pas réglée. «Cette démarche, banale dans les pays scandinaves, représenterait un changement culturel majeur en France», dit le PS. Reste à savoir si une fois au pouvoir, il serait vraiment prêt à le mettre en œuvre. En France, un tel discours sur la formation est toujours resté au stade de l'incantation.

 

Déjà publié sur Mediapart :

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