LES RENARDS DANS LA MAISON ET LES CORNARDS EN VENAISON (histoire vraie)

Il y avait la troisième édition d'un bien chouette festival écolo, ce dernier week-end de septembre, à Bidon, modeste commune d'une centaine d'habitants sur les hauteurs d'Ardèche, village millénaire qui gagne à être connu, avec de vraies rencontres, gaies, sonores, faites de fanfares, chapiteaux de cirque et tréteaux animés, une nourriture fraiche, bio et locale, et où l'on pouvait bien entendu croiser les gens d'ici et d'ailleurs de toutes les générations.

 

 MAIS LES GENS SURPRENNENT MOINS QUE LEURS ENVIRONNEMENTS OU LEURS HABITATS...

On s'attend par exemple, au hasard, à trouver des artistes qui exposent, des agriculteurs dans leurs fermes ou sur leurs tracteurs, des militants en réunion, des citoyens qui s'intéressent à la cité, et l'on trouve en effet des artistes écologues, des agriculteurs respectueux de la chaîne alimentaire, des militants conscients de la multiplicité des autres et des citoyens sérieusement informés. Il arrive même qu'on s'attende à croiser des fachos vomissant leurs haines, et bingo ! ce sont bien des fachos qui coupent le chemin, éructant leur méchanceté crasse sans contenir aucunement leur violence mal maîtrisée.
Sans surprise.

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LA SURPRISE EST VENUE D’UNE RENARDE

Quelques mois auparavant, cet été, une renarde avait déposé ses renardeaux devant la maison de l'ancien maire de la commune. Celui-ci leur a fourni de quoi tenir.... Ça mange de tout un renard, contrairement aux idées répandues. Pas seulement nos poules ou les lapins de nos basses-cours. Mais il faut un bon kilo de légumes variés pour nourrir des petits comme ça, qui ont un peu moins d'odeur qu'on aurait eu pu craindre, juste une grande gaieté à s'animer partout autour de la maisonnée. Combien de temps ça a duré ?... un jour ou deux, peut-être trois à ce régime.

Et puis, elle est arrivée !

La renarde s'est montrée. De loin. Un peu farouche, on peut deviner, inquiète et sur son quant-à-soi, la renarde s'est avancée vers la niche de ses petits, les oreilles dressées et la queue basse entre les jambes ; et c'est là qu'André (André c'est le nom de l'ancien maire) André l'a laissée approcher sans rien lui dire d'autre que des mots et des gestes d'encouragement. Ce qui fait qu'elle a approché, qu'elle a pris son temps, celui de renifler l'espace, et qu'elle a pris également un peu de nourriture, et op là ! très vite comme ça, un peu comme on volerait, pour s'esquiver aussitôt. Zou ! elle a filé. Mais avec contentement, en vrai, ça se sentait. La preuve : elle est revenue très vite ensuite, avec la suite dans les idées quand elles sont bonnes et partagées de tous, et pas pour s'excuser de sa malpolitesse, non, pour recommencer, ça a fait du bien à toute la famille, et ça a duré un sacré brin de temps qui donnait plaisir à voir et à entendre à tous autour. La renarde et ses renardeaux trouvaient refuge chez la famille d'André. Dans le village ça s'est vite su, vous pensez.

Voir vidéo ici : icon_10_generic_list.png La renarde.mp4x_8px.png

La renarde chez André © Amis de la terre La renarde chez André © Amis de la terre

 

 « TA RENARDE, ELLE EST BONNE POUR LA SAISON ! »

Il y a des gens qui n'aiment ni le bonheur ni la joie chez les autres, et qui mettent un point d'honneur à tout gâcher, surtout quand ils peuvent avoir la loi de leur côté, vous savez ?... une de ces lois comme celles qui donnent des primes à ceux qui portent la queue d'un animal déclaré nuisible par décret préfectoral en dépit du code de l'environnement. Comment donc appeler ces gens eux-mêmes nuisibles pour la paix de tous ?... Bon. Il y a « cornard » dont le sens est aussi bien celui qui porte des cornes, que celui qui abuse de sa corne, le chauffard, ou, encore, celui qui met du désordre à l'exercice... Ça décrirait plutôt assez bien l'énergumène qui a interpellé André d'une mimique représentant celui qui vise au bout du canon de son fusil :

« À l'ouverture de la chasse, elle est bonne pour moi, je te lui fais son sort à ta renarde »

L'ouverture a eu lieu le 14 septembre.

Mais bien auparavant, un coup de feu avait déjà retenti la nuit, aux abords de la maison d'André.

On n'a, depuis lors, plus jamais revu la renarde ni ses renardeaux.

L'esprit à la fête a quelque peu déteint quand résonnait ce coup-là dans la tête des gens de bonne volonté.

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