Syrie: la guerre de l'info fait rage

Etrange affaire que celle de cette jeune file syrienne, Zeinab Al Hosni, dont le corps a été rendu atrocement mutilé à sa famille en septembre et qui réapparait ce mercredi à la télévision syrienne en parfaite santé.

Etrange affaire que celle de cette jeune file syrienne, Zeinab Al Hosni, dont le corps a été rendu atrocement mutilé à sa famille en septembre et qui réapparait ce mercredi à la télévision syrienne en parfaite santé. (lire l’article du Monde, ici)

Entre temps elle était devenue une figure emblématique de la répression syrienne et son assassinat d’état faisait douloureusement écho à un autre crime du même acabit, d’un adolescent à Deir Ez Zor.

 

En lisant ce papier du Monde je ne peux m’empêcher de penser à l’incontournable livre de Joris Luyendijk « Des hommes comme les autres » sur l'ambiguité du travail d’enquête sur le terrain au Proche Orient. J’y avais consacré une critique l’année dernière (voici le lien)

 

Je profite de cette stupéfiante histoire de Zeinab, pour revenir dessus et sur le rôle des informateurs des journalistes. Je parle ici des relais de l’information , ceux qui la donne, ceux qui la valide, ceux « qui nous explique » dont retrouvera des extraits d’ITW dans le papier, ou sur le reportage TV. Dans les régimes repressifs du Proche Orient on va principalement valider les infos auprès des militants des droits de l’Homme. D’autant que l’accès à la Syrie pour la presse est très réglementé actuellement , la paranoïa étant l’un des nombreux défaut du régime en place. D’un autre côté, comme nous l’explique J Luyendijk page 57 « Un militant des droit de l’homme » dans le monde arabe, c’est autre chose qu’un militant des droits de l’homme en occident . Ils ont un bon salaire car ils sont payés par des gouvernements occidentaux, en jargon: des donateurs (…) Voila le problème avec les militants des droits de l’homme dans le monde arabe: de riches arabes donnent chaque année des milliards aux missions islamiques et à la construction de mosquées, mais les militants des droits de l’homme n’existent que grâce aux subsides occidentaux. Leurs chances d’obtenir des fonds augmentent à mesure que leur réputation croît et ce sont les journalistes occidentaux qui peuvent la leur donner. D’où ce tango un peu douteux entre les journalistes en quête bonne citations et d’autre part, de militants des droits d l’homme en quête de publicité (…) les ambassades sont tenues de dépenser leur budget de « soutien aux droits de l’homme », mais elles ne peuvent le distribuer qu’à des organisations ayant un agenda politique occidental et une comptabilité honorable »

 

Est-ce à dire que les informations ou les commentaires de certains militants ne sont pas sincères? Pas forcément . Mais que cela remette en question beaucoup d’informations donnés par de associations non gouvernementales en pays arabe, oui, malheureusement, 100 fois oui.

Surtout quand elle brosse nos envies dans le sens du poil allais-je dire. Nos envies de méchants vraiment horribles et de gentils, jamais acteurs et toujours d’accord avec nous.

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