Billet de blog 29 févr. 2012

En Syrie, un génocide à huis clos

Pour l'écrivain Abdelhak Serhane, «l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier».

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Pour l'écrivain Abdelhak Serhane, «l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier».

«L’histoire n’avait-elle pas toujours été un maçon inhumain et sans scrupules, faisant son mortier d’un mélange de mensonge, de sang et de boue.» A. Koestler

«Il y a deux histoires. L’histoire officielle, mensongère, qui nous est enseignée et l’histoire secrète où se trouvent les vraies causes des événements, une histoire honteuse.» H. de Balzac

Déjà près de 7 000 morts, sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres. Et dire que «les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient irremplaçables!»

Bachar al-Assad est en train de détruire un pays qui ne lui appartient pas et massacre un  peuple qui ne veut plus de lui. Hommes, femmes et enfants descendent dans la rue, de jour comme de nuit, pour sommer le Monstre froid de dégager. L’armée, c’est-à-dire les enfants issus du même peuple, avance avec ses blindés sur les cadavres et tire à boulets rouges sur les pierres, les morts, les vivants et les déserteurs. Répression aveugle, meurtre à grande échelle, arrestations massives, torture systématique même sur les mineurs, disparitions, exécutions sommaires…

Cette main armée du président se perd chaque jour dans la dégradation de l’éthique du devoir guerrier, s’abaissant à ce niveau de cruauté irrationnelle et lâche qui transforme le soldat en criminel de guerre. L’abime de la barbarie immorale et de l’indignité, dans lequel plongent chaque jour un peu plus les assassins en treillis de Bachar, montre combien il s’agit là d’une armée de vils mercenaires sans réelle déontologie militaire et dont la veulerie consiste à tirer à bout portant sur des civils innocents au lieu d’affronter l’ennemi authentique, l’ennemi réel, l’ennemi commun.

Et pour quelle raison cette armée de fous assassine de sang froid des jeunes désarmés, des femmes, des vieillards et des enfants? Ils ont osé revendiquer la liberté et la démocratie! Ils ont eu l’audace d’affronter le chef de l’Etat et de lui dire irhal! Dégage! Grâce au Printemps arabe, les serfs rêvent enfin de liberté face à des maîtres qui se croyaient incontestés et tout puissants! Or, nos chefs d’Etat arabes ignorent ce que signifie le mot démocratie. Face au cri libérateur de la masse ils répondent par l’unique langage qu’ils ont appris, la répression, installés comme ils le sont dans un rapport de force et de domination avec leurs peuples.

Grandis dans le giron d’autocrates avérés, nourris au sein de la tyrannie, ils deviennent tout naturellement des monstres d’égotisme et des despotes insensibles, totalement coupés du quotidien concret des gens ordinaires. Elevés dans le culte de la personnalité et de la possession, ils sont comme ces enfants blasés et narcissiques qui refusent de partager leurs jouets avec leurs camarades. Nos tyrans ne veulent rien céder des pouvoirs qu’ils ont hérités de Papa et pensent pouvoir continuer à sévir en toute impunité.

Adorateurs du pouvoir absolu, ils s’accrochent à leur gouvernail vermoulu à coups de despotisme, de manipulation, de répression, de corruption à grande échelle, d’arrestations massives et abusives, de procès montés de toutes pièces et de violences. A force d’obséquiosité réitérée matin et soir à leur égard, les vils courtisans qui les entourent les transforment en gourous, évoluant dans un monde en dehors du monde réel, hors du temps commun, vivant en sectes comme des insectes et s’agitent autour d’une flammèche qui risque, à tout moment, de leur griller la cervelle.

La génération Internet, jeune et moderne, fait face au péril de la rue avec la même férocité que ses Ancêtres. Ils sont prêts à risquer leur vie pour préserver leur absolutisme, barbotant jusqu’au cou dans le sang de leurs crimes. Le père Hafez al-Assad a fait entre 10 000 et 20 000 morts en 1982 pour mater l’insurrection des frères musulmans à Hama dans une indifférence quasi générale. Sans état d’âme, il a liquidé tous ses opposants et fait assassiner ses adversaires, même ceux en exil. Bilan de ses boucheries inconnu avec précision jusqu'à nos jours. Soutenu par Pékin et Moscou, le fils Bachar est en train de faire pire que papa. Son noir palmarès compte pas moins d’une vingtaine ou trentaine de victimes par jour. Et le massacre continue, systématique, pervers, sauvage. Les images qui nous parviennent de Syrie sont intolérables; nouveau-nés éventrés, enfants massacrés à coups de crosse, adultes ou mineurs torturés jusqu'à la mort, jeunes hommes abattus à bout portant, femmes violées, bâtiments éventrés à coups de canons… à l’heure où la communauté internationale comptabilise le nombre de morts, sème des protestations verbales à tout vent et se cache derrière le veto russe et chinois pour se laver les mains de ce génocide à huis clos.

Comment le Conseil de sécurité de l’ONU peut-il négocier la vie de milliers d’innocents arabes avec des dictatures qui ont le sang des Tchétchènes et des Tibétains sur les mains? La Chine et la Russie sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU qui respecte l’exigence du vote démocratique. En dehors de leur propre peuple, qui oserait imposer la démocratie à la Chine ou à la Russie comme on a prétendu le faire pour les Irakiens et les Afghans? Quel crédit donner à ce Conseil qui compte en son sein des pays mafieux, des pays voyous, des pays de non droit qui pèsent négativement de tout le poids de leur veto sur des résolutions qui cherchent à sauver des vies, à défendre la dignité des peuples et leur liberté, bloquant ainsi toute action de nature à mettre fin à la folie meurtrière de certains chefs d’Etat? Et que dire des nombreuses résolutions de ce même Conseil jamais respectées par l’Etat hébreu depuis la résolution 181 du 29 novembre 1947? Face aux blindés du président syrien qui pilonnent sans relâche Homs, Bab Amro, Al Waer, Hama, Dei ez-Zohr, Deraa, Idlib, Zabadani… la diplomatie piétine, reste impuissante, sans effet sur la détermination de l’homme résolu à exterminer son peuple au vu et au su du monde entier. Face à sa guerre globale, l’emploi de la force est la seule réponse possible de la part d’une communauté internationale qui s’agite avec de bonnes intentions, des paroles de compassion creuses pour un peuple pacifique qui se fait massacrer au nom de la liberté et de la démocratie par une armée de métier.

Incapables de faire pression sur le régime syrien, les pays membres de la Ligue arabe tergiversent, font des déclarations fracassantes, prennent des positions courageuses face au régime de Bachar al-Assad. Ils ont envoyé une mission des observateurs à Damas qui s’est soldée par un flagrant fiasco et la démission de son chef, le très controversé Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi. Par ailleurs, la Ligue a appelé à «rompre toutes les formes de coopération diplomatiques avec les représentants du régime de Damas dans les Etats, les instances et les conférences». Elle a également salué la Tunisie favorable à l’organisation de la «conférence des amis de la Syrie» le 24 février à Tunis… Le ton de la Ligue arabe monte d’un cran chaque jour. Jusqu’où? Au lieu d’envoyer une armée de coalition pour aider les rebelles à mettre fin à l’hystérie de cet homme, les Arabes bavardent et leurs fumeuses ordonnances n’ont aucun résultat concret sur le terrain. Ils attendent toujours que l’Occident prenne l’initiative et envoie ses armées au secours des victimes de la répression comme en Lybie.

Les chefs d’Etat arabes ont perdu leur présumée virilité guerrière après la guerre des six jours. Levi Eshkol et Moshe Dayan se sont chargés d’enterrer le reste de leur volonté dans le désert du Sinaï. Après le désastre de juin 1967, on a assisté à une dégradation des principes de moralité chez les dirigeants arabes qui n’ont plus relevé la tête ni même essayé de récupérer la vieille ville de Jérusalem, la cité des trois religions, malgré les innombrables sommets islamiques où ils se retrouvaient comme dans un club VIP, dilapidant des sommes folles en vacuité et prenant des résolutions courageuses pour libérer Al Qods charif. Depuis le temps, ils ont soliloqué sans jamais pouvoir effectuer une seule génuflexion à Jérusalem comme ils l’ont souvent promis. En fait, depuis 1967 ils ont troqué le code d’honneur arabe contre le masque du déshonneur, ont tourné le dos au bien-être collectif pour se consacrer à ce qu’ils savent mieux faire; corruption, détournement et lapidation des richesses des pays qu’ils gouvernent, vie de débauche, édification de fortunes colossales sur la pauvreté des peuples qu’ils manipulent et maintiennent sous le joug de leur tyrannie…, ne devant la longévité de leur règne qu’à la complicité, au silence coupable des puissances occidentales dont ils défendent les intérêts, exécutent sans rechigner les aménagements et les décisions même quand ils vont à l’encontre de l’intérêt général de leurs pays respectifs.

Le mépris et la haine nourris par les chefs d’Etat arabes à l’encontre de leurs propres communautés les transforment en bourreaux sans cœur, sévissant contre elles à la moindre protestation, leur déniant le droit à la liberté, considérant qu’elles ne sont pas mûres pour vivre en démocratie. Pour continuer à dominer sans partage, Ils ont falsifié l’Histoire, infantilisé leurs peuples qu’ils ont réduit à l’esclavage, tirant vers le bas ce qu’il y a de meilleur en eux, transformant les bassesses égoïstes en valeurs de succès et leurs échecs en victoires. Ibn Khaldoun disait: «Tout ce qui est arabe est voué à la ruine.» L’aveuglement de Bachar al-Assad est en train de mener son pays à la ruine, comme Saddam Hussein l’a fait pour l’Irak. Ben Ali, Moubarak, Ali Abdallah Saleh et Kadhafi n’ont lâché le pouvoir qu’une fois le carnage consommé.

A chaque crise, il a fallu que les Etats-Unis interviennent pour que cessent les expéditions meurtrières. Tant que les Américains n’ont pas pris une décision ferme contre le président syrien, les dirigeants arabes continueront longtemps leur palabre pléthorique et vain. Avec leur nombre et leurs pétrodollars, ils n’ont jamais été capables d’infléchir, un tant soit peu, la politique répressive d’Israël vis-à-vis des Palestiniens. Depuis la guerre des Six jours, ils n’ont plus jamais été à la hauteur des grands ni même des petits défis de l’Histoire. Qu’ils économisent leur salive, personne ne les croit en mesure de prendre un quelconque engagement décisif et collectif contre l’un des leurs dont ils sont les sosies. Ils doivent tous dégager pour que les peuples arabes retrouvent la dignité que ces dirigeants de désastre leur ont confisquée depuis les indépendances! Ces dirigeants de pacotille, schizophrènes et paranoïaques, pitoyables agents du Mossad, du CIA et du FBI, ont fait de nous des peuples vaincus et des civilisations décadentes.

Déjà près de 7 000 morts sinon plus… Et le regard ahuri du monde face au carnage et aux décombres.

Avec Bachar al-Assad, l’Histoire est en train de répéter le méprisable scénario de Kadhafi (avec moins de chance que la Libye). Le président syrien joue son va-tout dans cette guerre abjecte qu’il mène contre son peuple. Il se sait perdu car il est allé trop loin dans le crime pour faire marche arrière. Son obstination acharnée est une fuite en avant vers sa propre destruction. Il finira dans une bouche d’égout, comme Saddam et Kadhafi avant lui, pour avoir voulu priver le peuple syrien de sa liberté. L’homme est déjà fini sur le plan international. Il est mort le jour où le premier martyr de la révolution syrienne est tombé sous les balles de sa soldatesque.

L’Armée Syrienne Libre (l’A.S.L.) sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Ne pouvant plus reculer, elle n’a d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de sa résistance. Le jour où elle fera tomber le régime de Damas, la honte ignominieuse s’abattra sur Moscou et Pékin qui ont soutenu le Monstre froid par leur blocage diplomatique, mais aussi sur les autres capitales du monde qui ont laissé faire, abandonnant le peuple syrien seul face aux bombardements d’une armée d’assassins ayant perdu son âme. Cette armée, bras-tueur du président, joue sans le vouloir, un rôle moteur dans le processus, déjà en route, qui aboutira fatalement à la chute de Bachar al-Assad.

Et après? Une instance internationale se réveillera enfin de son coma et réclamera une commission d’enquête pour s’assurer que la mort de Bachar ne fut pas un crime de guerre!

Puis, quand tout sera fini, les démocraties occidentales et les théocraties arabes reconnaîtront, l’une après l’autre, le nouveau gouvernement syrien de transition. Les multinationales et les prédateurs de tout bord accourront pour rafler les contrats de reconstruction des infrastructures détruites par la guerre. On étalera sur la scène publique les crimes de l’ancien dictateur ainsi que les milliards de dollars qu’il aura détournés à son profit comme le font tous ses frères arabes. On ouvrira les portes de ses prisons secrètes. On dénombrera ses charniers. On déterrera des milliers de squelettes. Et on passera des images et des témoignages à la télévision.

Ce jour-là, on dira de lui, dans un soupir de soulagement hypocrite: «Quel grand criminel c’était!»

Il sera alors trop tard… et le feu de la révolution arabe aura embrasé un autre pays!

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