Billet de blog 18 oct. 2013

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Haro sur les Roms : ce sera sans nous!

« En tant que gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgenres, parce que nous sommes gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgenres, nous ne pouvons tolérer les propos de Manuel Valls ni nous taire devant le soutien que lui a apporté François Hollande », affirment une trentaine de personnalités dans cette tribune que publie Mediapart.

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Depuis longtemps, nos sexualités et nos identités de genre ont fait de nous des parias. Si les souffrances des Roms et celles des gays, celles des lesbiennes, et celles des transsexuels, sont irréductibles, nous avons cependant été, comme les Roms, sujets de moqueries, de stigmatisations, et nous avons été montrés du doigt. Comme eux aussi, nous avons été sommés de justifier la couleur de nos vêtements et la longueur de nos cheveux, d’expliquer qui nous étions, où nous nous trouvions, ce que nous y faisions, et avec qui. 

Les propos du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sonnent comme un coup de tonnerre : ils déchirent le ciel de la gauche de façon irréparable. S’ils s’inscrivent dans la lente et inexorable dérive idéologique du Parti socialiste et de la sociale-démocratie européenne, ils marquent aussi une rupture. Tout le monde aura noté que la désignation de populations, définies par leur ethnie, qui auraient « vocation à rester » dans un autre pays ou « à y retourner » ne se contente pas de quelques clins d’œil à l’extrême-droite : elle puise à pleines mains dans son vocabulaire et son idéologie. Elle fait de la gauche une annexe de l’UMP (elle-même depuis longtemps annexe du Front National). Elle assigne des populations, et donc des individus, à un territoire dont ils ne devraient pas sortir. Des formules comme « ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation » ou bien « La proximité de ces campements provoque de la mendicité, des vols et de la délinquance » sont des injures à l’intelligence. Parce qu’elles figent les individus dans leur origine ethnique, essentialisent leur identité, et dénoncent leurs pratiques sociales en faisant abstraction complète des conditions de vie matérielles qui les façonnent, elles obéissent, en général et en détail, à la définition même du racisme.

Qu’on ne vienne pas nous dire que nous serions idéalistes. Nous ne le sommes pas. De quoi est-il question, au juste ? De 20 000 personnes présentes sur le territoire français, en conformité avec les règles de libre circulation des individus au sein de l’Union européenne. Que cette situation puisse soulever des problèmes ici ou là, nous ne le nions pas. Mais nous contestons absolument qu’il s’agisse d’une confrontation culturelle. Les problèmes roms ont des noms parfaitement connus et nullement originaux : ils s’appellent droit au travail, droit au logement, précarité, stigmatisation, honte et pauvreté. Ce n’est pas nous qui sommes idéalistes, c’est ce gouvernement, son ministre de l’Intérieur, son Premier ministre, et celui qui les a nommés, qui sont racistes.

La tentation pourrait être grande, pour beaucoup d’entre nous, gais, lesbiennes, bisexuels, transexuels et transgenres, de nous arrêter, lorsque nous faisons le bilan de ce gouvernement, au mariage pour tous et à l’adoption. Cette étape a constitué une avancée essentielle, qui a couronné le travail mené depuis longtemps par des militants dits « LGBT », et pendant longtemps contre le Parti socialiste lui-même.

Mais elle ne saurait nous aveugler sur le reste.

Sans évoquer la façon pitoyable dont ces réformes ont été préparées, menées et soutenues par le gouvernement, sans même rappeler comment l’occasion fut ainsi donnée à la droite de se jeter dans les bras de l’extrême-droite, sans pouvoir oublier les atermoiements, reculades et trahisons de plusieurs ministres et du premier d’entre eux sur la PMA, en constatant le peu d’empressement à améliorer la situation concrète des personnes trans, et même en rappelant l’honneur de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, force est bien de constater que les propos de Manuel Valls sont un crachat qui glisse sur notre visage et donne sa couleur glauque à l’ensemble de l’action gouvernementale.

En conscience, nous prenons nos responsabilités. Nos parcours de vie nous donnent une connaissance intime de la stigmatisation, de la haine, de la bêtise, de l’ignorance, du stéréotype et des préjugés. En tant que gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgenres, parce que nous sommes gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuels et transgenres, nous ne pouvons tolérer les propos de Manuel Valls ni nous taire devant le soutien que lui a apporté François Hollande.  On a pu parfois vivre dans l’illusion que voter pour le Parti socialiste était « dans tous les cas » un moindre mal. Ce sera désormais sans nous.

Signataires

Chantal Akerman ;
Alix Béranger, militante féministe ; François Berdougo, militant sida ; Fred Bladou, volontaire chez AIDES, équipe de liaison activiste de l'international AIDS Society ;
David Caron, professeur d’études LGBT, University of Michigan; Natacha Chetcuti, Sociologue, Post-doctorante, GTM-CRESSPA, CNRS, Paris 8 ; Patrick Comoy, militant Ouiouioui, Front de gauche LGBT ;
Wendy Delorme, écrivaine ; David Dibilio, programmateur et journaliste ; Christine Delphy ; Matthieu Dupas, doctorant, University of Michigan ;
Karine Espineira, Docteure qualifiée en Sciences de l'information et de la communication ;
Gwen Fauchois, activiste ; Hugues Fischer, militant gay et sida ;
Philippe Joanny, la Revue Monstre ;
Jean-Charles Lallemand, responsable national LGBT du Parti de Gauche ; Elisabeth Lebovici ; Gildas Le Dem, traducteur et journaliste ;
Tim Madesclaire, la Revue Monstre ; Philippe Mangeot ; Christophe Martet ; Rostom Mesli, doctorant, University of Michigan ; Morgane Merteuil, Secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel ;
Thierry Nazzi, directeur de recherche au cnrs ;
Jérémy Patinier, directeur de publication des Editions "Des ailes sur un tracteur" ;
Sébastien Roux, sociologue, chercheur au cnrs ;
Judith Silberfeld, cofondatrice et rédactrice en chef de Yagg ;
Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie ; Mathieu Trachman, sociologue, Ined.

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