Présenté hors compétition à Cannes, My neighbour my killer est un exceptionnel documentaire sur le Rwanda, le génocide des Tutsis et la mise en place d'une justice de reconstruction avec les auditions des Gacaca. On peut y voir le pendant en images du travail réalisé par Jean Hatzfeld dans sa trilogie.

 

La durée nécessairement brève d'un film ne permet certes pas à Anne Aghion, la réalisatrice, d'entrer, comme l'a fait Hatzfled, dans toutes les complexités de ce génocide de proximité puis du processus judiciaire, local aussi. Mais ce qu'apporte ce documentaire qui raconte forcément la même histoire (il n'y a que quelques illuminés en France, comme Pierre Péan pour en inventer une autre), ce sont les visages, les regards comme encore, quinze ans après, figés par l'événement.

 

Quatre personnes sont au centre de ce film. Deux femmes Hutus mariées à des Tutsis dont les enfants, parce que considérés comme Tutsis, ont été coupés ; leurs bébés arrachés de leurs dos et jetés à terre. Deux hommes accusés d'avoir participer à ces crimes. On retrouve, à l'oral, cette fois, cette incroyable langue imagée et précise, et on ne peut qu'être frappé par la densité et l'intelligence des récits, des victimes mais aussi des bourreaux, ce qui trouble davantage.

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