Un Johnny peut en gâcher un autre

« I'm a total stranger here » croit bon de préciser le twister botoxé, Johnny Hallyday, alias Francis Costello, aux demi-sel qu'il vient de recruter pour venger sa fille et ses petits fils assassinés. Total stranger, on ne saurait mieux dire avec cet accent mi-franchouillard mi-Johnny
« I'm a total stranger here »
croit bon de préciser le twister botoxé, Johnny Hallyday, alias Francis Costello, aux demi-sel qu'il vient de recruter pour venger sa fille et ses petits fils assassinés. Total stranger, on ne saurait mieux dire avec cet accent mi-franchouillard mi-Johnny, prouvant une fois de plus que ce Smet n'est pas Belge, de naissance ou de fisc, mais bel et bien d'une autre planète, celle qui tourne le soir vers vingt heures à la télé depuis vingt ans déjà, peuplée d'improbables créatures de latex. Tout juste s'il n'a pas pris soin, venant tourner à Macao et Hong Kong pour Johnnie To, d'apporter sa célèbre boîte à coucou (coucou).
Accoutré en malfrat post-melvillien, blaze dédicacé, imper sanglé, lunettes forcées (Optic 2000 oblige), c'est tout juste, aussi, s'il n'a pas une baguette sous le bras à la place d'un gun notre (votre ?) Johnny national. Urticante boîte à cocorico (coco).
Après la poupée gonflable, et passablement gonflante, du Air Doll de Kore-eda, après l'Olympia désarticulée des Contes d'Hoffman magistralement revisitée par Coppola dans les séquences couleurs de son sublime Tetro, ce Cannes 2009 nous fait la surprise d'une abjecte marionnette, légendaire incarnation de la vulgarité hexagonale - n'en déplaise à ceux qui tentent, parfois frénétiquement, de lui faire de l'ombre avec tout leur bling bling.
Influences des marionnettes traditionnelles chinoises ? Les défenseurs acharnés du maître de Hong Kong (PTU, The Mission, Election 1 et 2, respect ) ne manqueront pas de justifier l'injustifiable : tourner un film avec Johnny Hallyday, la plus grande escroquerie du (non) rock'n'roll français depuis près de cinquante ans.
Comment ce pauvre type, par ailleurs très riche (ça se voit), qui n'a jamais su écrire la moindre chanson, ni chanter celles des autres, peut-il encore mystifier la critique la plus estimable et faire, à l'occasion de cette farce cannoise, la Une de Libération, des Cahiers du Cinéma et bientôt des Inrockuptibles ?
Le mystère ne s'est pas éclairci avec cette Vengeance pathétique (2000), la présence de l'attardé chez To rendant le film proprement invisible.
Au-delà du kitsch, tout tue toujours chez To, et cette fois même, et surtout, le ridicule. Un stade suprême, qu'on pourrait qualifier de surridicule, est atteint lorsque ledit Johnny (coucou) devient amnésique (2000) à la faveur d'une balle logée dans le cerveau qu'il trimballe depuis des lustres - c'était donc ça... Ça donne un Johnny, comment dire, hébété, soit un Johnny au carré (coucou coucou), un Johnny pléonasmique (2000).
Une hypothèse, peu probable et jusque-là ignorée des critiques qui voudraient à tout prix sauver le brillant To serait qu'il a sciemment placé une marionnette au cœur de son film grand guignolesque. Pour preuves, le fait qu'il a confié le rôle de l'ennemi de Johnny à son acteur fétiche, le grand Simon Yam, et surtout la réaction d'assez nombreux spectateurs de la première projection ce matin qui ne rataient pas une réplique de l'icône conne pour se moquer grassement. Une petite vengeance.

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