Asnières-sur-Seine dans le cauchemar des emprunts toxiques

Sébastien Pietrasanta, maire d'Asnières-sur-SeineAsnières-sur-Seine est dans le rouge après avoir contracté des "emprunts toxiques" auprès de la banque Dexia. Ces prêts instables ont vu leurs taux d'intérêts exploser avec la crise de 2008. Résultat, la ville est dans une situation intenable.

 

Une augmentation de 17% des impôts locaux en 2009, c’est la conséquence du poids de la dette d’Asnières-sur-Seine. « Je ne l’avais pas annoncé dans mon programme, lorsque j’ai été élu en 2008 », admet Sébastien Pietrasanta, maire PS d’Asnières. « Mais au vu de la dette énorme laissée par mon prédécesseur et surtout, au vu de la constitution de nos emprunts, je n’ai pas eu le choix. »

Car la quasi-totalité des prêts contractés par Asnières-sur-Seine sont toxiques. Ces emprunts sont des produits financiers qui, au départ, offrent des taux d’intérêts très bas. Problème: leurs taux sont variables. Ils dépendent de valeurs très aléatoires. La banque Dexia, qui finançait les collectivités locales, est la pourvoyeuse principale de ces prêts.

À Asnières-sur-Seine, le taux d’intérêt des emprunts toxiques varie notamment selon la situation de la dette des collectivités territoriales américaines, ou selon la parité du Yen japonais par rapport au dollar. « L’accident de Fukushima a eu des conséquences à Asnières. C’est incroyable », remarque Pietrasanta.

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"Une épée de Damoclès" sur la villeCapture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2011-10-17-%C3%A0-14.53.48.png

En 2010, les emprunts toxiques d'Asnières-sur-Seine constituent 81% de la dette de la ville. Une dette qui s'élève à plus de 171 millions d'euros pour 82 000 habitants.

Mise à part l’augmentation des impôts, la municipalité a pris des mesures qui relèvent du symbole : une diminution de moitié des frais de réception, une baisse de 10% du salaire du maire. L'an dernier, Asnières n’a pas contracté de nouveaux emprunts. Tout s’est fait par autofinancement.

"Nous avons une épée de Damoclès sur la tête. Tous nos investissements peuvent être remis en question du jour au lendemain", déplore Pietrasanta.

Des négociations ratées

Pour parer à cette crise, Dexia a proposé à Asnières-sur-Seine d’étaler la dette sur plusieurs années supplémentaires. « Impossible », répond le maire. « On ne ferait que repousser des échéances. Or notre dette est déjà étalée sur 22 ans, c’est beaucoup pour une ville comme Asnières ».

Plus de trois ans après le début de la crise financière, la situation semble donc bloquée. Au début du mois d'octobre, les gouvernements français, belges et luxembourgeois se sont mis d'accord pour reprendre des actifs toxiques de Dexia.

Mais aucune mesure n'a été prise en faveur des collectivités locales. « Dans l’idéal, nous souhaitons transformer nos emprunts à taux variables en des emprunts à taux fixes », avance Pietrasanta.

"Il faut créer une structure de défaisance"

Asnières-sur-Seine a rejoint « l’association des acteurs publics contre les emprunts toxiques », créée par Claude Bartolone, le président socialiste du Conseil général de Seine-Saint-Denis. À défaut de négociations concluantes, des actions en justice contre Dexia ne sont plus exclues. « De toute façon, je pense que la seule solution pour s’en sortir est que l’Etat crée une structure de défaisance », juge Pietrasanta. « L’Etat a créé une bad bank pour acheter les actifs à hauts risques de Dexia, il pourrait maintenant se tourner vers nous. Il ne peut pas laisser les collectivités locales dans la panade ! »

 

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