Le Conseil général roule à l’électrique, les Verts pètent une durite

« Une petite révolution », selon le président du Conseil Général Patrick Devedjian, une fausse bonne idée pour les élus Verts : le projet de voitures électriques du CG a été inauguré lundi à l’Hôtel du Département.

« Une petite révolution », selon le président du Conseil Général Patrick Devedjian, une fausse bonne idée pour les élus Verts : le projet de voitures électriques du CG a été inauguré lundi à l’Hôtel du Département.

 

Elles étaient déjà 14 à parader dans les rues du 92, elles seront maintenant 52. Ce lundi matin, les nouvelles voitures blanches et compactes du Conseil général sont célébrées en grande pompe par le président et sa cour, sur le parking de l’Hôtel du département à Nanterre. Les journalistes sont même invités à faire un tour. En juin 2010, le Conseil général des Hauts-de-Seine lançait un appel d’offre pour le fournir en voitures électriques destinées à ses agents. Ils se sont tous jetés dessus : Bolloré avec sa Bluecar, Renault et sa Zoé, Heuliez avec Mia… Mais c’est finalement Peugeot et la iOn qui l’ont emporté.

Des batteries dangereuses ?

Pourtant il y a quatre mois, le Conseil général annonçait la suspension du projet. Une marche arrière qui s’explique par deux études, l’une de l’Ineris, l’autre de l’Utac, qui révélaient que certaines batteries au lithium présentaient des risques d’incendie. Pourtant, quatre mois plus tard, plus aucun danger. C’est Denis Malleret, le responsable de la vente directe à Peugeot France qui l’assure. « Depuis le rapport d’Inéris, on a brûlé trois Peugeot iOn, et je peux vous assurer que la batterie ne prend pas feu toute seule ». Il ajoute : « la puissance thermique dégagée est bien inférieure à celle d’un véhicule diesel qui brûle ». Si Peugeot le dit.

Il faut dire que l’enjeu méritait bien quelques sacrifices : un marché de 6,7 millions d’euros au total, 350 véhicules à fournir, et une bonne publicité pour la marque élue. Si le premier marché a été remporté par Peugeot (pour 52 véhicules), quatre sont encore à pourvoir (pour les 298 restants) jusqu’à 2014.

 

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L’intention du Conseil général est pourtant louable : 600 tonnes de CO2 en moins par an à partir de 2014, zéro nuisance sonore, une économie de 500 000 euros par an sur l’entretien et le carburant… Le tout pour un investissement total de 7,9 millions d’euros pour le Conseil. Et, amorti en dix ans selon les estimations.

« Une illusion totale »

Alors pourquoi les écolos sont-ils hostiles au projet ? Enfin, l'Ecolo. Vincent Gazeilles, seul élu Europe Ecologie-Les Verts au Conseil général du 92. Peut-être parce Patrick Devedjian et lui n’ont pas exactement la même définition du « développement durable ». « C’est une totale illusion de faire croire que la voiture électrique c’est l’avenir, et que l’électrique ne pollue pas », s’exclame l’élu vert, également conseiller municipal de Clamart. Pourtant, l’électricité en France est à 80% nucléaire, énergie qui n'émet pas de gaz à effet de serre. « Oui mais aux heures de pointe, l’électricité nucléaire française ne suffit plus, la demande est telle qu'on importe de l’électricité étrangère qui n’est plus du tout non polluante », ajoute Vincent Gazeilles, «quant aux 150 heures d’autonomie dont on parle, elles ne prennent pas en compte les dénivelés de la ville ».

Tiré par les cheveux ? « Il n’y a pas que ça», renchérit le conseiller général, «c’est un investissement énorme pour une initiative qui ne va pas dans le sens de l’écologie, c’est-à-dire vers la réduction des trajets individuels et le développement des transports en commun.»

C’est bien là que le bât blesse. Pour Patrick Devedjian, équiper le Conseil général de voitures électriques est une « petite révolution ». Pour l’opposition, c’est du pur marketing écolo contre-productif. « On ne peut pas faire croire aux gens qu’on va pouvoir continuer à se déplacer individuellement, sans problème de stationnement et d’énergie… C’est dans les transports en commun qu’il faut investir, c’est ça l’avenir », explique Vincent Gazeilles. Pour Alain Mathioudakis, responsable du groupe EE-LV à Boulogne-Billancourt et proche de Vincent Gazeilles, « ce n’est pas parce que le département est riche qu’il faut faire n’importe quoi de son argent ». Comme dirait le responsable adjoint du service presse du Conseil général : « Jamais contents ces écolos ».

 

Lolita Rivé

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