Profs absents : les parents en manque de chiffres

16 000 postes de professeurs supprimés cette année en France et des parents qui s’inquiètent de cet absentéisme enseignant. L’Académie de Versailles est l’une des académies les plus touchées par ce manque de professeurs et le département des Haut-de-Seine n’est pas épargné. Enquête.

16 000 postes de professeurs supprimés cette année en France et des parents qui s’inquiètent de cet absentéisme enseignant. L’Académie de Versailles est l’une des académies les plus touchées par ce manque de professeurs et le département des Haut-de-Seine n’est pas épargné. Enquête.

 

Après le frigo ou le grille-pain pour étudiant fauché, leboncoin.fr sert désormais aux principaux de collèges pour recruter des professeurs. L’information avait fait scandale à Angers en février dernier. Mais, en mal de remplaçants cette année encore, certains n’hésitent pas à prendre les devants du rectorat, aveugle au problème. Pour l'Académie de Versailles, cependant, aucun point de blocage remarqué depuis septembre dans les collèges du département à la question des heures de cours perdues: « Aucun directeur de collège ne nous a fait remonter de problème de manque d’enseignants depuis septembre. » Et pour avoir des chiffres précis; compliqué. Le rectorat n'a en effet pas souhaité répondre à nos questions.

 

Pourtant, au collège Les Bruyères de Courbevoie, un professeur de mathématiques manquait jusqu’au 10 octobre, soit plus de cinq semaines après la rentrée des classes. 55 familles ont signé la pétition mise en ligne par Ourdia Farge, responsable des parents d’élèves du collège des Bruyères. « Le rectorat ne communique plus avec nous. Maintenant la priorité, c’est la retraite. Il n’y a pas de suivi », rapporte la jeune femme, qui essaie tant bien que mal d’obtenir des informations sur ces non-remplacements de « non pas un, mais deux » professeurs de mathématiques.

 

«Le rectorat est incapable de remplacer un professeur au déboté»

 

Au collège Georges Seurat, autre établissement de la ville, « la prof d’anglais n’était pas là le jour de la rentrée alors que c’est un congé maternité ». Pour une autre maman du quartier, dont le fils est en troisième dans ce collège, la situation est vraiment mal gérée. « Je ne sait pas ce qui s’est passé avec cette prof, peut-être qu’elle est partie un peu plus tôt que prévu, mais en tous les cas le rectorat n’a rien fait alors qu’un accouchement c’est quand même prévisible à ce que je sache ! »

 

phpThumb_generated_thumbnail-265x300.jpgLes rectorats n'ont pas vraiment le choix. 16 000 postes supprimés et un vivier de professeurs remplaçants qui disparaît pour assurer les cours pérennes. Fini les professeurs disponibles qui remplaçaient leurs collègues malades au pied levé. « Le rectorat de Versailles est désormais incapable de fournir un remplaçant au déboté », insiste Joëlle Paris, administratrice de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) du secteur Courbevoie-Puteaux.

 

Sa fédération a d’ailleurs mis en place un site pour recenser ces trop nombreux absents. Ouyapascours permet aux élèves et parents de déclarer les heures d’enseignement non délivrés. Les informations sont difficilement vérifiables mais l’outil permet déjà de se faire une idée des manques de profs. Le rectorat reconnaît seulement à demi-mot avoir dû passer des annonces dans les universités et à Pôle Emploi pour trouver des professeurs au dernier moment. « Tous ont été reçu par l'inspecteur d'académie pour s'assurer de leurs compétences », nous fait-on savoir. Un entretien de motivation avec chacun des candidats qui permet de déceler la pédagogie, selon le rectorat.

 

« Le pire c’est que les parents se réjouissent dès qu’on leur trouve un remplaçant », s'offusque pourtant Joëlle Paris. « On ne sait rien du pedigree de l’arrivant, alors que beaucoup ne sont pas formés. Ils sont jetés dans l’arène. » Et cette mère de trois enfants imagine bien pourtant – « sans vouloir jeter la pierre aux remplaçants »- que « c’est difficile de reprendre une classe de pré-ados ».

 

« Mes garçons de troisième et terminale ont raté, à eux deux, sept heures de cours la semaine dernière. Je ne dis pas que c’est comme ça chaque semaine mais une heure par-ci, une heure par-là, à force ça fait beaucoup », continue-t-elle. « On laisse passer une heure ou deux en attendant que le prof revienne… C’est aussi ça les profs non-remplacés. »

 

Du mieux à la rentrée prochaine? Difficile d’y croire puisque le gouvernement prévoit déjà de supprimer 1 077 postes de remplaçants au budget 2012 de l’Education nationale.

Lucie Tanneau

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