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Billet de blog 27 nov. 2011

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Le quartier de Petite Colombes au bord de l'implosion

L’ambiance était tendue samedi à Colombes, sur la place Aragon. Environ deux cents personnes étaient rassemblées autour du maire PS Philippe Sarre pour « dire stop à la violence ».

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L’ambiance était tendue samedi à Colombes, sur la place Aragon. Environ deux cents personnes étaient rassemblées autour du maire PS Philippe Sarre pour « dire stop à la violence ».

Les Colombiens sont excédés, partagés entre la peur et la colère. En une semaine, quatre fusillades ont secoué leur ville. La dernière date de mercredi, sur la place Aragon. A cinq mètres d’une trentaine d’enfants qui se trouvaient dans la bibliothèque.

« J’habite la rue juste à côté, j’ai très peur pour mes petits-enfants, témoigne une grand-mère, les traits tirés. J’ai peur qu’ils se prennent une balle dans la tête s’ils sortent, ça tire à n’importe quelle heure».

Sur la place, les discussions entre les nombreux élus venus à la rencontre des habitants sont très animées. « Si vous saviez ce que l’on subit, souffle une vieille dame, on se fait menacer, traiter de tous les noms, ils nous crachent au visage et sur les cheveux. »

 

Une voisine renchérit: « On n’est jamais en sécurité. Une fois, je leur ai fait une remarque, ils se sont calmés, dix minutes après j’entends ‘boum’, ils m’avaient balancé un pavé dans la fenêtre de ma salle de bains. J’ai plein d’amis qui sont en train de vendre, à perte, parce que l’immobilier dans le quartier a drôlement baissé à cause de ça. Si ça continue, moi aussi je m’en irai.»

Un point de non-retour

La commune est arrivée à un « point de non-retour », selon le maire Philippe Sarre. Il est excédé. « En 2005, il y avait 158 policiers à Colombes, aujourd’hui il y en a 117, alors que nous avons gagné 7000 habitants, martèle-t-il. Il faut un renforcement des moyens policiers, ça n’est pas la municipalité qui pourra venir seule à bout de ce cancer que représente la violence dans nos quartiers. Malgré les déclarations d’esbroufe de notre président de la République, on n’a pas de vrais moyens pour lutter contre l’insécurité.»

La cause de ces violences: le trafic de drogue. « Ces trafics mènent à des tueries, des règlements de compte et c’est la vie de tous qui est menacée, poursuit Philippe Sarre. On a été obligés de détruire des logements sociaux, rue Paul Bert entre autres, à cause de la drogue,vous vous rendez compte? Nos halls d’immeubles sont gangrénés par ces commerces. »

 

Mme Le Guennec, conseillère municipale, ex-directrice de deux écoles à Colombes, explique: « J’ai travaillé dans ce quartier pendant 35 ans, je l’ai vu évoluer. A l’école primaire, on voyait de très jeunes enfants participer au trafic en faisant le guet, ça ramène un peu d’argent à la maison. On a dû faire un énorme boulot auprès des familles pour leur expliquer qu’il fallait surveiller leurs enfants. Mais la société va beaucoup plus vite que nous. Les valeurs de l’école ne sont pas les mêmes que celles qu’on inculque à la maison ou à la télévision, et quand les valeurs sont contradictoires, les enfants ne s’y retrouvent pas. C’est triste. »

Un périmètre de sécurité

Plusieurs mesures d’urgence sont actuellement mises en place. Ces derniers jours, des renforts de police se sont exceptionnellement déployés dans le quartier à la demande du maire. Un périmètre de sécurité renforcée devrait être instauré. Selon le maire de Colombes, le juge Courroye devrait également mettre en place un GLTP, Groupe Local de Traitement de la Délinquance, pour débusquer les trafiquants.

 

Malgré l’apparent volontarisme du maire, les habitants ne sont pas convaincus. « Au niveau de la politique, que ce soit bleu ou rouge c’est toujours absolument pareil, rien ne bouge », affirme, amère, une riveraine, aussitôt approuvé par ses amies. L’une d’elles, la voix altérée par l’émotion, s’emporte: « Je viens de parler avec un élu pour demander un gardien dans notre immeuble, un qui ait des couilles, mais ça ne dépend pas de la mairie, paraît-il. Mais il faut faire du forcing! S’ ils n’en sont pas capables, ils auront une belle surprise aux prochaines élections. »

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