Billet de blog 22 mars 2014

Une histoire, sur le mur d'une chapelle sans culte

elisa13
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le couple de la chapelle © elisa

C'est une chapelle sans culte. Une de celles d'où, par la magie des hommes ou d'un homme, Dieu s'en est allé. Comme ça, tout simplement. Il est des hommes qui commandent à Dieu. Je pensais le Seigneur bien plus fort que cela, s'il existait vraiment. J'imaginais son retour, dans cette chapelle sans culte, un Dieu rageur et décidé à reprendre possession de sa maison. Mais peut-être n'est-il pas parti tout à fait : une lumière mystique faisait ruisseler une rivière de soleil sur les murs blancs.

Je l'avais quitté sur un coup de tête, au volant de ma voiture. Une envie d'ailleurs. J'avais laissé l'homme figé à la porte de la chambre, son sexe ridicule bandant encore, un sourire incrédule sur son visage froissé de sommeil. J'en avais assez de ces caresses furtives du petit matin, de ce rituel, juste un soulagement d'érection matinale. Je me demandais s'il allait rentrer tout de suite chez sa femme, prétextant je ne sais quel retard d'avion ou de train. En réalité je m'en foutais. Je ne voulais plus de cette histoire, je laissais le soin à une autre de satisfaire son petit besoin tellement routinier que je me demandais comment j'avais pu prendre ça pour une histoire d'amour. C'en était peut-être une, d'ailleurs, il semblait désorienté et triste quand il quittait la chambre, après m'avoir serrée dans ses bras et embrassée en glissant une dernière fois sa main entre mes jambes.

Je me demandais tout en roulant, s'il allait me manquer. Je conduisais machinalement, sans chercher particulièrement un endroit où me poser. J'avais besoin de faire le point sur une partie de ma vie. Je n'avais pas vraiment de but, pas tellement d'avenir, et maintenant plus d'homme. J'envisageais de faire demi-tour, soudainement paniquée à l'idée de ne plus le revoir. Puis je me rendis compte de mon incohérence. Puisque j'avais décidé de mettre fin à cette histoire, autant aller jusqu'au bout.

Le temps était magnifique. La route soyeuse se déroulait sous mes roues, j'étais sur un ruban de douceur goudronnée. C'est alors que l'image de la chapelle noyée de soleil est apparue à ma droite. Je ne sais pas si c'est la chapelle que j'ai vue en premier ou bien ce couple, nonchalamment appuyé dans la clarté du mur. J'ai arrêté ma voiture si brutalement que j'en ai heurté le trottoir. Ils n'ont pas bougé.

Quelque chose dans leurs silhouettes, dans la nonchalance de cet homme, alors qu'elle se penchait pour l'écouter, me racontait leur histoire. J'étais certaine qu'ils venaient de se rencontrer. L'attitude était encore dans la séduction. J'imaginais le souffle tiède caressant le cou, je ressentais la chaleur du corps en attente d'un contact intime. Ils semblaient ne percevoir qu'eux. Le Dieu de la Chapelle pouvait s'enfler de colère, ils ne le verraient même pas. Ils étaient tellement concentrés et émus l'un par l'autre. Ils ne voyaient rien d'autre que l'instant immédiat de leur échange, de leurs corps pressés de se découvrir encore et encore. Ils retardaient inconsciemment ce moment, sachant qu'une fois engagés dans cette voie et cette histoire, alors qu'ils écrivaient le premier paragraphe, ils auraient en tête le dernier chapitre, avec le mot fin, qu'il soit posé sur la dernière page d'une nouvelle ou d'un roman-fleuve.

Je ne voulais pas leur faire peur, ni les angoisser. Je n'ai rien dit. Je venais, moi d'écrire le dernier chapitre de mon histoire, en quittant brusquement l'homme que je pensais aimer, quelques heures auparavant. Je voulais les laisser dans cette lumière, dans ce soleil, sur le mur de cette chapelle sans culte, au Dieu absent d'histoires des hommes. J'ai sorti mon appareil photo et les ai emboités tous les deux pour toujours, dans une image tendre et romantique.

J'ai promis à ce Dieu sans domicile, qui semblait attendre de pouvoir reprendre sa place, que je ne me laisserai plus jamais murmurer des mots à l'oreille, appuyée à un mur blanc. Je venais enfin de comprendre que le mot fin est présent au début du roman.

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