Billet de blog 24 janv. 2015

fantasme

lucile longre
photographe et écrivain
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Elle s’était assise, en face, dans cette rame de métro, pourquoi avait-elle choisi cette rame, elle ne le savait pas, elle savait juste qu’elle était assise en face d’elle, elle cette femme qui occupait à présent toutes ses pensées.
Elle ne pouvait détacher les yeux de ce corps, de cet entrejambe qui la fascinait, avec ces broderies et cette fermeture lacée. Elle s’imaginait déjà défaire avec fièvre les liens qui constituaient cette fermeture pour parvenir à son sexe, qu’elle imaginait touffu, velu, à la soie crissant et glissant sur ses doigts. Elle se voyait déjà plonger ses mains dans ce buisson et chevaucher ardemment ce clitoris tant désiré, et l’entendre gémir, l’entendre se tordre de désir et jouir de plaisir. Ses mains parcouraient son corps, s’attardaient dans son décolleté si tentateur, frôlait cet épiderme si doux de la poitrine avec tant de délicatesses qu’elle la faisait frissonner de haut en bas. Elle avait tellement envie de baiser, de lécher, de sucer, de mordiller ces seins si beaux, si ronds, aussi veloutés que la peau d’une pêche. Ce mamelon était si tentateur, si doux à toucher et à regarder, même si elle ne pouvait que l’imaginer sous cette chemise beige.

Au contraire, le fait d’être si près, à la toucher presque, et pourtant d’en être réduit à imaginer ce corps qui n’attendait que ses caresses pour révéler sa véritable nature, ne faisait qu’accroître son désir, qui la tendait comme un arc, comme une corde prête à rompre. Elle ne pouvait qu’essayer de percer avec les yeux la barrière de ses vêtements, et cette barrière même redoublait son envie de ce corps qu’elle fantasmait volontiers ferme et doux, tendre et chaud.

Tout d’un coup, la femme bougea sa jambe et les deux genoux se touchèrent. Ce fut comme une décharge d’électricité pour elle et dans son corps, la passion, la faim de cette chair pour ainsi dire offerte, l’embrasa toute entière. Ces yeux dévorèrent ce corps, ce corps de femme si proche et en même temps si lointain, l’interdit du toucher et la possibilité de le faire la rendait à moitié folle de désir, à moitié folle de douleur, tellement que cela devenait une souffrance lancinante qui lui battait les tempes et affolait son sexe.

Oh, pouvoir étreindre ce visage, pouvoir baiser ces yeux si tendres, pouvoir se fondre dans cette bouche si appétissante, mêler nos deux langues, nos deux corps de façon à n’en former plus qu’un pensait-elle. Cette passion la ravageait, la parcourait comme un feu ardent, qui brûlait sans discontinuer. Entendre ces cris de plaisir, la sentir frémir et trembler de joie sous ses doigts, la connaître jusque dans ces recoins les plus cachés, jusque dans ses secrets les plus intimes, et la faire jouir, jouir jusqu’à hurler, jouir jusqu’ à l’orgasme, jusqu’à l’explosion suprême.

Elle avait perdu toute notion du temps et de l’espace, rien n’existait plus que cette femme, cet être de chair et de sang assis en face d’elle et dont tout appelait les caresses de ses vœux. Elles étaient suspendues dans une sorte d’éternité immobile, où pourtant la sève brûlante de la vie jaillissait à pleins bouillons. Une sorte d’état de transe les enveloppaient toutes deux, les emmenant loin, très loin de la réalité de tous les jours, là où le désir d’une femme pour une autre serait possible, admis et même encouragé.

Et soudain, le métro ralentit, la brume qui les avait enveloppées se dissipa peu à peu et la réalité quotidienne repris peu à peu ses droits. La femme se leva, se dirigea vers la porte, attendit l’ouverture des portes pour sortir. Tout d’un coup, son visage s’éclaira, et elle courut pour rejoindre un homme et se jeta dans ses bras. Un long baiser langoureux s’ensuivit.

Elle suivit le couple du regard, les yeux brûlants et les joues en feu. Un jour, oui, ce serait elle qui attirerait tous les regards, aux bras de son aimée et leur étreinte serait si forte et passionnée que tous se retourneraient sur leur passage et les envieraient. Un jour  se seraient elles qui seraient au centre de toute l’attention, un jour tout cela changerait, cela elle en était sûre. Elle quitta le couple des yeux  et la station d’un air plus serein, aspirant à pleins poumons l’air de la liberté à venir.

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