Rauschenberg, le vrai Pop

En 1983, j'ai acheté un Rauschenberg. C'était encore une fois, comme souvent dans ces années-là, le rock qui m'ouvrait les yeux.

En 1983, j'ai acheté un Rauschenberg. C'était encore une fois, comme souvent dans ces années-là, le rock qui m'ouvrait les yeux.

Je l'ai toujours cette pochette coffret plastique de l'édition limitée de Speaking In Tongues, le cinquième album de Talking Heads - celui de Burning Down The House.
Je me souviens précisément du moment, assez émouvant, où j'ai pris en main ce multiple comme on ne disait pas déjà (ou peut-être est-ce moi qui ne connaissais pas encore l'expression ) du sentiment de fierté presque. Ce disque ne coûtait pas tellement plus cher que la version normale, le double sans doute, et puis, avouons-le, c'était d'abord pour Talking Heads, l'un de mes groupes préférés (encore vrai vingt-cinq ans après), que je l'avais acheté. Mais quand même, d'une certaine façon c'est aussi la première œuvre d'art que j'ai acheté : un Rauschenberg ! Pas mal. Je connaissais très peu Rauschenberg à ce moment-là, j'en avais aperçu je crois au Kunstmuseum de Bâle, à Beaubourg peut-être. Mais David Byrne me servait de nouveau de passeur, comme il l'avait fait pour Hugo Ball et Dada au moment de Fear Music, pour le high life africain au moment de Remain in Light, et pour tant d'autres choses de Bob Wilson à Twyla Tharp, de James Brown à John Goodman.
Je me souviens m'être penché sur le cas Rauschenberg du fait de ce disque. Il n'y avait pas internet, c'était plus compliqué. J'avais été frappé en particulier par son attirance pour les autres domaines artistiques, ses dialogues et collaborations avec Merce Cunningham et John Cage en particulier. Ces gens-là, curieux, indisciplinés, souvent au croisement entre haute et basse culture m'ont toujours attiré, d'où le titre générique de ce blog d'ailleurs. David Byrne me paraît l'héritier de cette démarche, sans doute plus fréquente aux Etats-Unis, où le système universitaire notamment et la société n'encouragent pas à une spécialisation trop précoce. Le pop art, le vrai quoi - attitude bien plus que mode ou courant esthétique - et dont Rauschenberg, qui vient de mourir à 82 ans, restera, plus que Warhol encore, l'un des inventeurs.

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