Il faut arrêter le délire Mme Albertini

En lisant tranquillement le Médiapart du 9 juin 2011, plus précisément l'article intitulé : « Le Front National tente de garder les réseaux ultras de la droite catholique », signé par Noémie Buffault, je suis tombé sur ce lien : http://sisyphe.org/spip.php?article3873. Et quelle n'a pas été ma stupéfaction d'y apprendre que je suis « le lobbyiste acharné du droit des handicapés aux services sexuels ». Rien que ça ! Vraiment trop d'honneur ! Sauf que cet article n'est qu'un conglomérat d'intolérances et de contrevérités, voire de diffamations, dont je suis une des cibles (preuve que mon engagement en faveur de l'accompagnement sexuel continue à en bousculer certain(e)s).Mis en ligne le 25 mai 2011 sur le site de Sisyphe.org, sous le titre : « Services sexuels pour les handicapés : la pitié dangereuse », écrit par Catherine Albertini, chercheure (en quoi ?) et membre de Choisir la cause des femmes (lesquelles ?), il s'attaque une fois de plus à l'accompagnement sexuel, et de façon très véhémente. Pourquoi ? Puisque, depuis le 16 mai 2011, un rapport consacré à la prostitution a été déposé à la Présidence de l'Assemblée nationale, et que celui-ci préconise, entre autres, l'instauration d'un accompagnement sexuel bénévole ─ sans que les défenseurs de celui-ci aient été auditionnés, contrairement aux opposants (la commission parlementaire faisant ainsi preuve d'un merveilleux sens de l'égalité, de la démocratie et de l'objectivité). Pour les personnes qui souhaitent prendre connaissance de ce rapport, je les renvoie vers ce lien : http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i3334.asp#P3816_810391.Donc, pourquoi un tel article, alors qu'apparemment les opposants, dont vous faites partie, ont gagné la deuxième manche (la première ayant consisté à mettre le sujet de l'accompagnement sexuel sur la place publique, ce que j'ai largement réussi…). De surcroît, saviez-vous, en écrivant cet article, que Jean-François Chossy avait démissionné de son poste de député ? Et que, par conséquent, la proposition de loi qui faisait si peur aux détracteurs de l'accompagnement sexuel ne sera très certainement plus déposée ? Par qui d'ailleurs dans le contexte politique actuel ? Que craignez-vous en fin de compte ? Que nous n'en restions pas là ? Vous avez raison.Pour ma part, devant la situation politique désormais bloquée, du moins jusqu'à un changement de présidence de la République ou, plus exactement, de sensibilité politique, j'ai décidé de quitter le CHS [Collectif Handicaps et Sexualités] et CH(S)OSE, où mon utilité est dorénavant moindre, afin de rejoindre le STRASS [Syndicat du Travail Sexuel]. Et, ainsi, défendre sous un autre angle le respect du droit à la liberté de faire de sa vie et de son corps ce que bon semble à chacune et à chacun ici-bas, tant que c'est fait dans le respect de son prochain. Donc in fine toujours dans l'optique d'obtenir un jourla reconnaissance de l'accompagnement sexuel en France.Parce que je reste convaincu que un authentique Amour repose d'abord sur le respect de la liberté et du libre choix de tout un chacun à mener son existence comme il ou elle l'entend. Ce que, me semble-t-il, un certain nombre de catholiques traditionalistes, et beaucoup d'autres, ont oublié d'inscrire sous leurs crucifix et/ou dans leur éthique personnelle…Je n'ai pas pour vocation de juger, encore moins de condamner quiconque, mais d'essayer de le comprendre et de le respecter dans sa spécificité et ses particularités. Même, le cas échéant, si cette personne plaide en faveur de positions morales, politiques, sociales et/ou religieuses qui ne sont pas les miennes, que je ne comprends pas et/ou n'approuve pas. Car il n'est pas nécessaire d'être d'accord pour être respectueux, normalement, et vivre en bonne cohabitation.Il est vrai que « Aime ton prochain comme toi-même » (Lévitique, 19, 18) peut s'entendre de tellement de façon… Par exemple : si je m'aime mal ou pas du tout, puis-je correctement aimer mon prochain ?Du reste, être catholique traditionaliste est-ce forcément un gage de bon jugement ? À découvrir toute la mauvaise foi et les contrevérités qu'il y a dans votre article, je suis sceptique. Dans l'ordre, j'ai relevé :
  • il n'a jamais été question de demander une prise en charge intégrale de l'accompagnement sexuel, du moins pas de ma part ;
  • c'est quoi cette démagogie dégoulinante et spécieuse qui consiste à mettre en balance la scolarité des enfants « handicapés » avec l'accompagnement sexuel ? C'est un procédé dont on raffole au Front National ;
  • la revendication du droit à un accompagnement sexuel ne serait rien moins que la revendication cachée de l'égalité… entre hommes valides et handicapés ─ le cul, une obsession propre aux mecs ! Ce serait risible si ce n'était pas pitoyable comme argumentation ! Car, primo, l'égalité n'existe pas et n'existera jamais ici-bas, chère Madame, même entre hommes, et, secondo, disant cela, vous méprisez les femmes « handicapées » ou non qui réclament le droit à l'accompagnement sexuel et/ou à la liberté sexuelle sous toutes ses formes. Par parenthèse, vous qui jouez la moralisatrice donneuse de leçons, qui se mêle de votre vie affective et sexuelle ? Je crois me souvenir que ce domaine relève exclusivement de l'ordre de l'intimité et du privé… En outre, qu'avez-vous déjà écrit et fait afin de combattre les abus sexuels, voire les viols, que subissent tous les jours des femmes et des hommes, mineurs et majeurs, handicapés ou non, dans ce pays ? C'est tellement plus simple de s'attaquer à l'arbre qui cache la forêt plutôt qu'à la forêt, de s'attaquer à la liberté plutôt que de la défendre. N'est-ce pas Mme la chercheure… de poux ;
  • vous n'êtes pas fatigués, vous « les bons », « les justes », « les tenants de LA vérité », de rabâcher bêtement le même laïus, de faire du prosélytisme démagogique à longueur de temps, en réduisant une réelle question de société à du machisme primaire ? Vous n'avez rien d'autre à opposer à l'accompagnement sexuel que cette soi-disant revendication à « un droit "naturel" sur le corps des femmes » ? Vous prenez les femmes pour qui ? Face à un tel aveuglement, un tel refus d'entendre une certaine réalité et une certaine vérité, on peut se demander où se niche l'amour de Dieu et les fondements de la République ? En tout cas, je me le demande, Mme Albertini. Puisque visiblement, vous êtes très remontée contre mon engagement en faveur de la liberté, du libre arbitre et du libre choix… ;
  • une seule demande [d'accompagnement sexuel] féminine enregistrée en 10 ans, prétendez-vous en vous référant à Claudine Legardinier qui, comme tout le monde le sait ou devrait le savoir, est une référence en matière d'objectivité et de partialité dans le domaine de l'accompagnement sexuel, puisqu'elle fait partie du… Mouvement du NID. Et vous n'avez probablement pas de télévision chez vous (en quoi je vous comprends), sinon rien qu'en comptant le nombre de femmes « handicapées » qui témoignent depuis quelques temps dans différents reportages et documentaires, vous vous seriez rendue compte qu'il y en a beaucoup plus en demande ou ayant expérimenté l'accompagnement sexuel que ne le prétend Mme Legardinier. Dont, en plus, je connais l'argumentaire fallacieux par cœur, pour l'avoir croisée par deux fois sur ma route militante. Donc, avant d'affirmer n'importe quoi, vérifiez vos sources, cherchez (c'est votre métier, paraît-il) avant d'affirmer ;
  • les personnes « handicapées » revendiquent la possibilité de pouvoir faire l'expérience du plaisir sexuel et de la sensualité, un droit reconnu par la Convention relative aux droits des personnes handicapées, adoptée le 13 décembre 2006, entrée en vigueur en France le 20 mars 2010 et ratifiée par l'Union européenne le 23 décembre 2010 (seulement !). Vous devriez également lire ou relire le Guide pratique n°4 « Orientation sexuel, identité de genre et droit international des droits de l'homme », diffusé par la Commission internationale des juristes (http://www.icj.org/dwn/database/PG4-SOGI-French-ElecDist.pdf). Vous aussi, vous préférez vous offusquer pour des actes relevant d'une démarche volontariste individuelle (celle de pratiquer l'assistance sexuelle) plutôt que pour le cas de ces mères qui masturbent leur enfant « handicapé » par compassion, en désespoir de cause, se mettant ainsi en situation incestueuse car la société préfère se voiler la face plutôt que d'entendre leur détresse ;
  • au nom de quoi vous permettez-vous de juger et de condamner avec autant de mépris et de désinvolture les femmes (les hommes n'ont apparemment aucun intérêt dans votre conception restreinte et restrictive de la prostitution) qui se prostituent librement ? ;
  • que vous dénonciez une certaine forme de prostitution qui se pratique sous le joug de proxénètes mafieux est on ne peut plus justifié, mais que vous mettiez tout le monde dans le même sac, sous prétexte de moralisme douteux, est indigne de quelqu'un qui prétend aimer et respecter son prochain ;
  • c'est trop facile de ne voir la prostitution que sous l'angle de la femme, et d'oublier un peu vite que la prostitution existe depuis que l'humain existe. Et qu'elle existera toujours, que cela vous plaise ou non, car l'humain est ainsi. Ce serait donc plus intelligent d'accompagner cette réalité plutôt que de vouloir à tout prix la réprimer voire l'éradiquer (dommageable utopie). Autant que je sache, la prostitution n'a toujours pas disparu en Suède, pays prohibitionniste par excellence… ;
  • d'après vous, je ne me pose pas la question de l'égalité entre les sexes dans la sexualité. Et j'invoquerais [uniquement] la souffrance de l'homme dont les besoins ne sont pas entendus, sous-entendu le mâle dans votre bouche, évidemment Savez-vous que je pourrais porter plainte contre vous pour diffamation ? Car si quelqu'un défend au moins autant la souffrance des femmes que celle des hommes, dans tous mes écrits et dans toutes mes interventions, c'est bien moi ;
· et puis, je vous cite : « Dans un entretien au quotidien Libération, toujours à l’avant-garde en ce qui concerne la défense des droits des minorités et à la traîne pour ce qui est de l’égalité sexuelle réelle entre les deux sexes, il (en l'occurrence moi) compare « les blocages actuels (en matière d'accompagnement sexuel, je précise) à ce qui s’est passé en 1975 au moment où a été voté la loi qui a légalisé l’avortement sous certaines conditions. » Dans cette logique la légalisation de l’avortement - c’est à dire le droit des femmes à refuser une grossesse non désirée - équivaudrait au droit des hommes à la prostitution. Cet argument, déjà utilisé lors du débat sur la gestation pour autrui, ressemble à s’y méprendre à un retour de balancier en faveur du droit ancestral des hommes à disposer librement du corps des femmes à des fins sexuelles et/ou reproductives. Les féministes qui luttaient dans les années 70 pour l’accès à la contraception et le droit à l’avortement ne demandaient qu’une chose : le droit de pouvoir, comme les hommes, investir leur propre existence, d’être à elles-mêmes leur propre projet plutôt que de servir ceux d’un tiers – un fœtus non désiré par exemple - avec tout ce que cela implique matériellement et temporellement comme de vivre une grossesse, un accouchement, prodiguer des soins, avoir à assumer la responsabilité d’une éducation. Or ce droit, on l’oublie systématiquement, tous les hommes qu’ils soient valides ou handicapés, l’ont en naissant.» Encore des assertions diffamatoires à mon encontre. Vous prenez vos désirs pour la réalité ? 1° Je ne compare pas les blocages actuels à ce qui s'est passé en 1975 mais je compare les atmosphères et les cabales suscitées par les deux revendications en leur temps (droit à l'avortement et droit à l'accompagnement sexuel), nuance. 2° À aucun moment, contrairement à vous, je n'aurais osé imaginer que la légalisation de l'avortement équivaudrait à la légalisation de la prostitution… en faveur exclusive de la gent masculine par-dessus le marché ! Une telle affirmation est très grave et inconséquente, irresponsable même. Ou alors il faudra me présenter des preuves. Ici, je pourrais vous attaquer pour préjudice moral. Car cette insinuation est calomnieuse. Autant, je défends avec force le droit à l'avortement, autant je ne le justifie pas à n'importe quel prix ─ je trouve, par exemple, regrettable de tuer des fœtus dont le seul défaut est de présenter une amputation congénitale. De même, autant je défends le droit à un accompagnement sexuel, autant je ne le ferai jamais à n'importe quel prix. Mais est-ce un hasard si le point commun entre l'avortement et l'accompagnement sexuel, c'est le sexe ?…· enfin, vous écrivez : « Dans une société qui prône les valeurs de liberté d’égalité et de fraternité entre tous les citoyens hommes et femmes, la sexualité ne s’achète pas, tout simplement.» Ma légitimité, dans cet engagement en faveur de l'accompagnement sexuel, découle entre autres du fait que je n'ai jamais eu et que je n'aurai jamais recours à une sexualité achetée ! Et c'est bien cela qui dérange : je défends une cause, pas ma cause, par pure humanité. Et vous poursuivez : « Le handicap n’est pas en soi une impossibilité absolue à entrer dans une relation de partage et de réciprocité. Paul Feyerabend, un des principaux philosophes des sciences du XX siècle, rendu handicapé à vie et impuissant à 19 ans lors de la seconde guerre mondiale, marié à plusieurs reprises au cours de sa vie apporte, dans son autobiographie, ce témoignage : « Quand je me retrouvais au lit (…) je devenais très attentif à tous les gestes que j’observais, à tous les sons que j’entendais et essayais de donner satisfaction avec des moyens différents de la procédure standard (en supposant qu’il existe une procédure standard). Il semble que j’y réussissais, en tout cas à certaines occasions. (…) Alors que j’aimais les étapes initiales d’une rencontre et que j’étais plus qu’heureux de suivre les indices et les instructions explicites qui m’étaient donnés, je n’ai jamais eu d’orgasme moi-même. » » S'il vous plaît, ayez la délicatesse et l'intelligence de ne pas comparer ce qui n'est pas comparable. D'une part, si un handicap n'est pas une impossibilité absolue à entrer en contact avec autrui, je peux vous assurer que, dans bon nombre de situations, c'est malheureusement le cas ; car il n'y a pas que le frein du handicap, il y a celui de la culture ambiante, des conditions de vie, des ressources et celui du tempérament (tout le monde n'a pas les capacités et la force de caractère et de séduction de votre exemple). D'autre part, votre exemple avait l'usage de ses membres supérieurs donc, s'il n'a jamais eu d'orgasme, il a pu en procurer à ses épouses successives. Or, bon nombre de personnes « handicapées » n'ont pas l'usage de leurs membres supérieurs… En outre, vous êtes-vous demandée pourquoi ce monsieur a été marié plusieurs fois ? Peut-être parce que ses épouses étaient insatisfaites sexuellement à la longue ? Ou peut-être parce que ce monsieur n'assumait pas son handicap ? Ou peut-être pour d'autres raisons. C'est trop facile de donner un exemple sorti de son contexte quotidien. Quoi qu'il en soit, il ne tient pas la route face à la réalité du vécu insane d'une majorité de personnes « handicapées ». Moi qui ai eu plusieurs compagnes, une vie affective et sexuelle fructueuse, je suis bien placé pour vous le dire. Beaucoup mieux placé que vous en tout cas qui, avec cette propension très catholique, vous mettez si aisément à la place d'autrui pour décréter à tour de bras et juger sans état d'âme, persuadée de votre bon droit en plus. Hélas.Cela étant, entre nous, Mme Albertini : vous caressez-vous ? Vous êtes-vous déjà masturbée ? Combien de rapports sexuels avez-vous par mois ? Les personnes que je défends n'ont jamais eu l'occasion de faire ces expériences. Jamais ! Et ce n'est pas dans les institutions qu'elles éprouveront le plaisir du toucher et de la caresse. Et avez-vous déjà rencontré des prostitué(e)s libres comme il y en a au STRASS ? Moi, oui. Je peux vous assurer que, face à leur humanité et à leur intelligence, voire à leur culture (bien supérieures aux préjugés qui sont véhiculés à leur propos). Allez-y, allez à leur rencontre et à la rencontre des personnes « handicapées », avant de vous ridiculiser encore un peu plus par vos envolées intégristes péremptoires. Il y a de la place dans ce pays pour toutes les opinions et toutes les libertés. À condition que le mot respect ne soit pas qu'un concept creux !Une dernière question : entre vous et moi, vous êtes-vous confessée après avoir écrit ce tissu inepte et diffamatoire ? Si ce n'est pas le cas, il n'est pas trop tard. Car Dieu doit rougir de honte dans sa Demeure céleste devant tant d'intolérances et de mauvaise foi de votre part. C'est un conseil d'ami, évidemment.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.