Pathétique humanité

François Hollande aime, semble-t-il, les « viragos », diraient certains, les femmes de caractère, diraient d'autres. C'est son droit le plus absolu. Après la mégère, la rombière, donc. Malheureusement, egos boursouflés et jalousies de rivalités ne font que ravages.

On ne parle que de l'affaire « Trierweiler » dans tous les journaux, de son fameux tweet (qui, ô ironie, signifie gazouillis, en anglais…). J'ai lu une quinzaine de chroniques diverses sur ce « gazouillis » en deux jours. Pas un journal qui n'en parle pas. Parfois, vas savoir pourquoi, plusieurs chroniques dans le même journal, avec un angle à peine différent qui n'apporte absolument rien de neuf au sujet, offrant le sentiment que chacun a besoin de mettre son grain de sel. Et les conclusions sont toujours les mêmes : la présidence normale a pris un coup dans l'aile, la crédibilité du Hollande aussi. À cause d'un psychodrame féminin, une jalousie de nanas qu'il n'a pas su gérer. Et de leur putain d'ego − c'est bien du Ségolène Royal que de s'imposer dans une circonscription sans avoir demandé l'avis des militants autochtones… Et comme il y en avait un sur place à l'ego, lui aussi, particulièrement développé… Ce qui va lui arriver, elle l'aura bien cherché… Mais ça n'excuse pas pour autant l'attitude de la concubine ni du parti socialiste, des apparatchiks parisiens plus exactement… Le parti socialiste va mal depuis longtemps et ce n'est pas le retour au pouvoir qui risque de le guérir, je crains.

Hollande, le fameux « Flanby » a oublié de prévenir assez clairement sa « première dame qui n'est que la seconde mais qui ne le supporte pas » qu'elle n'a pas à se mêler de sa politique, de la politique de l'État, de ses choix, de ceux du parti socialiste, du moins de façon publique et, de surcroît, pour le contredire publiquement, donc le décrédibiliser, le ridiculiser même, aux yeux des Français et hors de nos frontières.

Mais le mal est fait et bien fait. Que va faire Hollande pour atténuer les dégâts ?

En fait, je m'en fous. Ce qui me chagrine beaucoup plus dans cette affaire, et aucun chroniqueur, pas plus de sexe masculin que féminin, n'a relevé un fait bien plus dramatique, aux conséquences peut être beaucoup plus graves : l'impact de ce minable vaudeville sur les enfants Hollande. Que la Valérie déteste la Ségolène car elle a le malheur d'avoir été l'ex-, c'est une chose qui relève de la mesquinerie humaine, bassement humaine, à l'affectivité au ras des pâquerettes ou basse de plafond (j'ai aussi connu ça un jour). Mais que cette rivalité touche (blesse) indirectement, par la force des choses, les enfants du Président-compagnon et de son ex-femme qui sont innocents, qui ne sont absolument pas responsables de cette rivalité, en fassent les frais, c'est grave. Être belle-mère induit des responsabilités. Or, elle ne s'est pas souciée de préserver les enfants de son compagnon, par immaturité affective. Car, imagine-t-on que cela n'aura pas de conséquences sur leur relation avec leur père, quant à la belle-mère n'en parlons pas ? Bonjour l'ambiance au moment des retrouvailles…

Le général Hollande avait tout programmé dans sa stratégie de la conquête du poste suprême, dès le départ, sauf ça, c'est-à-dire probablement l'essentiel. Et il risque de le regretter longtemps, les ondes de choc ne s'arrêteront pas de sitôt, surtout s'il ne prend pas les choses en main très vite et officiellement pour nous démontrer qu'il reste crédible malgré tout. Quoique. N'avait-il pas promis de ne pas s'ingérer la politique nationale ? Or, qui a appelé Ségolène pour la soutenir ? Faisant ainsi péter les plombs à la Valérie dont il connaît l'allergie chronique à son ex-femme…

Il ne suffit pas d'être un bon politique pour être un président « normal », il faut aussi avoir un sens aigu de la psychologie. Ce n'est visiblement pas le cas de François Hollande. Tant pis pour lui.

Tout cela est bien regrettable et dommageable pour ses enfants. Pour leurs enfants.

 

Rafael Nadal, lui, aime les montres. Pourquoi pas ? Et patatras, l'autre jour à Roland-Garros, il se fait chouraver sa tocante. C'est pas bien de voler. De quoi déstabiliser un joueur de sa trempe. Surtout que, comme je l'ai appris dans un article du Nouvel Observateur, elle vaut 300 000 € ! 300 000 € pour une montre, j'ai cru me sentir mal, j'ai failli me faire nettoyer les lunettes. Merde, 300 000 € ! Dans quel monde je vis.

Des millions de gens crèvent de faim, vivent dans des conditions de vie innommables dans des pays de nantis, et d'autres, hommes et femmes, s'offrent des montres à 300 000 €. Comment est-ce possible ? Comment peut-on ? Je les plains. Je ne voudrais pas être à leur place. Lorsque l'on a de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, au point d'aller s'acheter une tocante à 300 000 €, alors ça devient inquiétant. C'est quoi être humain ? C'est quoi l'humanité ? C'est quoi l'amour ? C'est quoi la solidarité ? Combien de vie pourrait-on sauver avec 300 000 € ? Je suis consterné. Bien sûr, je le savais déjà avant, je connaissais déjà cette dérive capitaliste, matérialiste, égoïste et irresponsable, mais cet article m'a fait l'effet d'un électrochoc à cause du ridicule, du côté dérisoire de cette anecdote, à cause d'une petite montre à un prix astronomique. Pas étonnant que cela donne envie de la voler…

Néanmoins, il y a quand même une certaine justice : le voleur a été arrêté, Nadal a récupéré SA montre et la Terre continue de tourner tant bien que mal, plus mal que bien d'ailleurs. À cause d'egos hypertrophiés, malades d'amour, d'empathie et de compassion, d'egos incapables de voir l'autre, de voir vraiment l'autre, donc de penser à l'autre. Vue du ciel, les extraterrestres doivent voir des millions de petites bulles s'agitant dans tous les sens. Car c'est aussi cela l'humanité : des individus dans leur bulle, envieux, jaloux, xénophobes, racistes, égoïstes, intégristes, etc. ; à côté de leur humanité, en somme.

C'est profondément triste et regrettable, vous ne trouvez pas ? Moi si. Et ces gens-là ne me donnent pas envie de les fréquenter, ni d'avoir leur pouvoir, ni d'avoir leur fric. Vraiment pas.

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