De la fiction à la réalité

Le 2 novembre sortait, en version grand public, le film : Intouchables. Celui-ci illustre la relation qui s’est nouée entre une personne tétraplégique et l’accompagnant que celle-ci avait engagée pour l’aider au quotidien dans tous les gestes de la vie.Mon propos ici n’est pas de proposer une énième critique de ce film qui semble faire l'unanimité de la presse cinématographique. François Cluzet y incarne Philippe Pozzo Di Borgo, l’héritier d’une famille très riche devenu tétraplégique en 1993 à la suite d’un accident de parapente. Césarisés avant l’heure, les deux acteurs principaux jouent à merveille leur rôle respectif. Beaucoup de nos membres savent oh combien la qualité de la relation d’aide est essentielle dans la situation qui est évoquée dans le film.Ce que les médias ne disent pas c’est que, jusqu’à l’adoption de la loi du 11 février 2005 et la mise en œuvre de la Prestation de Compensation du Handicap, PCH, les personnes tétraplégiques, paraplégiques ou atteintes de cécité touchaient 600 à 700 € mensuels pour embaucher une tierce personne, soit 2 à 3 heures par jour d'aide, bien que leurs besoins respectifs fussent nettement différents.Par conséquent quelqu’un comme Philippe Pozzo Di Borgo, s’il n’avait pas disposé d’une fortune personnelle, se serait trouvé devant l’alternative suivante : la « réclusion » au sein d’une institution, ou à la charge » de sa famille. A la fin des années 1970, le mari d'une ministre bien connue d'un des gouvernements de Valéry Giscard d'Estaing avait été touché par une situation de handicap; dans ce cas-là aussi, la famille avait pu embaucher une tierce personne, permettant ainsi à son épouse de poursuivre ses activités politiques.Aujourd'hui, toutes celles et ceux qui se trouvent en « situation de grande dépendance » et qui bénéficient d’un nombre d’heures de PCH conséquent vous diront que, dans la majorité des cas, ils ont dû batailler ferme pour obtenir cette prestation.Il serait indécent d’envier quelqu’un qui, grâce à ses origines, n’est pas confronté à toutes ces tracasseries, et le mot est faible, mais là, comme ailleurs, on ne peut s’empêcher de constater que nous ne sommes pas égaux devant les accidents de l’existence.Le pire dans ce genre de situation c’est que, très souvent, on vous fait sentir, volontairement ou non, que vous coûtez très cher à la collectivité. A la culpabilité de naître, ou de devenir handicapé, se rajoute celle d’être un poids pour la société. Pourtant on ne cesse de vous répéter que le « handicap » représente une richesse pour cette même société… sincérité ou hypocrisie?Je vous laisse juge.Jean-Pierre RinglerPrésident de la CHA [coordination handicap et autonomie]

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