Billet de blog 2 juil. 2014

Prolongeons les prolongations

Michaël Hajdenberg
Journaliste à Mediapart
Journaliste à Mediapart

Il y a 14 ans jour pour jour, le 2 juillet 2000, on célébrait le but en or lors d’un France-Italie mythique en finale de l’Euro. Ce jour-là, les Italiens avaient dû apprendre à reboucher les bouteilles de champagne. David Trezeguet, ce binational franco-argentin que nous avions convaincu de revêtir le maillot bleu alors qu’il parlait à peine notre langue, avait inscrit comme Bierhoff avant lui en finale de l’Euro 1996 et Laurent Blanc face au Paraguay lors de la Coupe du monde 1998, un but qui selon la règle de la mort subite, mettait fin immédiatement au match. En 2080, quand la moitié de la France sera atteinte d’Alzheimer, on en parlera encore.

© le10sport

Le but en or est pourtant mort (1996-2002). Et c’est une très bonne nouvelle que cette parenthèse, enchantée pour les Bleus, se soit vite refermée. Les huitièmes de finales de cette Coupe du monde 2014 sont là pour le rappeler.

Quoi de mieux que des prolongations à rebondissement dans un match à élimination directe ? Songez que si cette règle était encore en vigueur, l’Allemagne-Algérie se serait arrêté dès la 92e minute, lors du but de Schürle. Pas de 2e but allemand, pas de course-poursuite finale héroïque des Algériens. Rien.

Même chose pour le Belgique-Etats-Unis d’hier. Le sursaut inespéré des Américains, leur énergie du désespoir qui les conduisit au bord de l’égalisation serait resté lettre morte.

Et que dire du France-RFA de 1982 dont on nous rebat les oreilles depuis 48 heures ? Oui, la France se serait qualifiée pour la finale grâce à la volée de Marius Trésor. Mais quid du but de Giresse, de la folle remontée allemande, etc, etc ?

© 

Avec la mort subite, c’était au moment où le match pouvait devenir fou, avec une équipe obligée de refaire son retard, qu’on disait : « Arrêtez tout, il risque d’y avoir du spectacle ».

A tel point que les prolongations de ces derniers jours, on les prolongerait bien. C’est vrai qu’avec des matchs à 22h, certains regardent leur montre au bout du temps règlementaire, quand ils réalisent qu’ils vont devoir rester 30 minutes de plus. Mais pour commencer, on devrait retarder l’heure du dernier métro pendant la compétition - Madame Hidalgo, quand on porte un nom pareil, on ne peut pas être indifférent aux Coupes du monde.

Un autre Hidalgo, qui se trouve être un autre Michel © 

Ensuite, un tel changement n’aurait pas forcément les conséquences imaginées. Je m’explique. Le but en or, pourquoi pas, mais à l’issue des prolongations. Il faudrait alors supprimer les tirs au buts, et en écrivant cette phrase, je me rends bien compte que la VIe République sera née avant - De Gaulle et Panenka sont passés par là.

Cela dissuaderait pourtant des équipes comme le Costa-Rica de se recroqueviller devant leur but en attendant les penaltys-loterie. Les Etats-Unis ont découvert qu’ils avaient encore des ressources à 10 minutes de la fin. S’ils avaient su que de toute façon ils devaient marquer pour se qualifier,  ils auraient joué - et peut-être marqué – avant. 

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