Billet de blog 17 juin 2014

Le comble du masochisme : parier sur un 0-0.

Michaël Hajdenberg
Journaliste à Mediapart
Journaliste à Mediapart

Parier, ça rend fou. Chaque match devient un enjeu, et on en vient à scruter un Iran-Nigéria comme s’il s’agissait d’une finale. Hier, c’était pire. J’avais misé sur un 0-0. Un pari somme toute raisonnable. Mais une expérience folle. En clair, il s’agit de regarder un match inintéressant en espérant qu’il le reste.

Dans la vie d’un amateur de foot, c’est pénible, mais il peut arriver de suivre une rencontre sans soutenir personne. Généralement en cours de match, le coeur finit toutefois par pencher d’un côté, rendant la partie un peu plus palpitante. Sinon, on est pour tout le monde, pour le beau jeu, pour des buts en pagaille.

Là, c’est l’inverse. On n’est pour personne, mais vraiment personne. On se réjouit d’un contrôle raté, d’une partie hâchée, de fautes à répétitions. En restant vigilant: il ne faudrait pas qu’une bourde d’un défenseur offre un but tout fait, ni que des expulsions donnent de l’espace et des occasions.

Pronostiquer un 0-0, c’est à peu près aussi contre-nature que de parier sur l’Allemagne en finale. Oui, c’est aussi ce que j’ai fait - pardonne moi papa - pour la première fois de ma vie. Maso? Peut-être. Sur le coup, je me suis senti mature. Mettre la France en finale, c’est vraiment trop footix. A 36 ans, il est temps de voir la réalité en face. Et puis, quand j’ai vu que dans mon tableau, l’Allemagne affronterait la France en quarts, je me suis dit que dans tous les cas, je serais gagnant. La France l’emporte ? J’exulte, je vais sur les Champs, je brûle des Volkswagen, j’explose mon déficit de 3% pour m’offrir un maillot Battiston 82. La France perd ? Je vous l’avais bien dit, bouffons.

Cinq minutes après le rendu de mes pronos, j’étais affligé par moi-même. J’avais trahi tous mes idéaux. A ce compte, un type de gauche peut voter à droite quand elle va l’emporter. Un sarkozyste peut bosser à Mediapart parce que le site a le vent en poupe (non, je ne vous dirai rien de mes opinions politiques).

Jamais un match ne m’a paru aussi long que celui d’hier. Le consultant, qui parle de « Nigériens »  et non de « Nigérians », vend son match comme il peut, ce qui ne trompe pas l’ennui mais me conforte : Enyéama, le gardien, n’a pas pris de buts lors de je ne sais plus combien de matchs en championnats.  « Colossal », selon lui. Les deux équipes ont fini meilleures défenses de leurs zones de qualification respectives.  « Dingo », me dis-je en pensant que l’Iran a bien dû affronter Oman et l’Ouzbékistan. Et puis, ce qui est bien avec ce genre de pays à faible pouvoir d’achat - ni la France ni le Brésil - c’est que l’arbitre n’a pas besoin d’inventer des penalty.

J’en étais là quand mon propre ronflement m’a réveilllé. Il restait 4 minutes à jouer. D’habitude, je m’auto-persuade: « Il va forcément y avoir encore une occase! ». Là, je suis allé me brosser les dents. Quand je suis revenu, j’ai enfin pu éteindre la télé. Je ne suis plus dernier au classement des pronos. Mes dents sont propres. Mais je me sens sale.

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