«Pas d'avenir à 60 ans»

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Je vais vous livrer celui de Madame X. Elle vit seule. Cette mère de famille a eu plusieurs enfants et a travaillé toute sa vie en percevant un revenu qui lui permettait de vivre sans trop faire de folies.

 

 

 

Mais voilà le jour de la retraite a sonné. En août 2008, avec surprise, elle prend connaissance du montant définitif de sa retraite : une misère! moins de 1 000 euros par mois. La retraite représente pour les non cadres environ 60% à 70% de leur revenu net moyen antérieur (et encore je suis généreuse). Depuis août cette retraitée qui a toujours travaillé dans le secrétariat recherche un travail. Elle a fait des ménages pour s’en sortir. Comme elle dit, c'est « super éprouvant », elle commençait à 5 h 30 le matin à raiso n de 3 h tous les jours. Tous les jours elle se posait la question de savoir si elle allait tenir le coup. Elle était tellement épuisée qu'elle a dû abandonner.

 

Alors les problèmes ont commencé : difficultés pour payer le loyer car les aides sont calculées sur les revenus antérieurs; obligation de déménager pour ne pas s’endetter— mais les listes d’attente en HLM sont immenses elle n’est pas prioritaire car seule et sans enfant à charge et non invalide...; problème de voiture : elle ne peut plus en changer et bientôt elle sera sans voiture pour se déplacer. Or elle est en province…. Plus de vacances, non plus. Elle adore le cinéma : elle a pris un petit abonnement à 5 euros la place, c’est tout ce qui lui reste comme possibilité de distraction.

 

Le resto n’en parlons pas.

 

La coquetterie doit être aussi abandonnée car les vétements sont chers.

Bientôt ce sera la nourriture : pates pommes de terre au lieu de légumes et fruits.

 

Je vous donne son témoignage. Je vous livre ses mots :

 

«BJR je n'ai que deux enfants qui ont 9 ans de différence.

J'ai toujours travaillé plein temps un choix dès ma sortie de l'école pas question d'être femme au foyer, j'ai trop souffert de voir ma mère inactive sans aucun pouvoir de décision et dépendante de mon père. Je me suis retrouvée seule avec mes deux enfants au bout de 5 ans de vie commune. J'ai fait 30 ans de secrétariat juridique dont 5 ans sur paris en faisant 4 h de TGV par jour (les appartements sur Paris étant hors de prix). J’ai toujours été locataire dans le secteur privé un petit T3 pas luxueux. Je ne souhaitais pas pour mes enfants être en HLM. En 2006, j’ai eu de gros soucis financiers suite à une suppression d'une partie de mes revenus.

 

Subitement en 2 mois j'ai tout perdu. Acharnement de la banque, on ne m'a laissé aucune chance de sortir de là, aussi j’ai fait ma première demande HLM car pour tout le monde, lorsque vous avez un pépin (chômage, chute de revenu), la potion magique c’est "demander un HLM". Or les délais d'attente sont de 5 ans surtout si vous êtes seule sans enfant à charge avec encore des revenus considerés comme normaux...

 

Les assistantes sociales m’ont conseillé de retourner vivre chez ma mère qui a 85 ans ou mes enfants ce qui était hors de question car ma mère est trop agée et je ne tiens pas à gacher la vie privée de mes enfants. La retraite en octobre 2008 m'a donné le coup de grâce, je dois vivre avec moins de 1000 euros. J’ai cherché du travail alors pour m’en sortir, je me suis entendue dire bien souvent "trop vieille", et je n’ai trouvé que des ménages pour une societé de nettoyage — c’etait un remplacement. Je devais commencer mon travail à 5h30 et faire en trois heures 25 bureaux sur 3 étages : faire les toilettes, vider les poubelles...

 

Dès le premier jour, je me suis faite incendiée car une secrétaire avait fait la remarque que je devais être partie quand les secrétaires arrivaient au travail. Ensuite j’ai eu des remarques désobligeantes et humiliantes par certaines secrétaires. Je n’ai pas eu le courage de demander un autre remplacement car même si je suis pauvre je ne veux pas être humiliée en plus. Dans l’immédiat je n’ai droit à aucune allocation puisque les organismes comme la Caf fonctionnent sur les revenus imposables et non sur mes revenus actuels.

 

L'assistante sociale que j'ai vu m'a regardé d'un air absent : «que voulez vous que je fasse?». Je lui ai dit «Rien. Surtout ne faites rien».

 

Ma mère qui a 85 ans n'a que 614 euros par mois en comptant la pension de reversion de mon père. Personnellement j'ai cotisé 41 ans pour en arriver là ou je suis c’est à dire la galère et pas d’avenir à 60 ans.»

 

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