La Route du Rock avec des bottes en stock

Pour cette édition 2011 de la Route du Rock, moins de têtes d'affiche (Amy Winehouse pouvait pas venir), mais toujours autant d'eau. Récit de trois jours de Route de la Flotte à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). 

Pour cette édition 2011 de la Route du Rock, moins de têtes d'affiche (Amy Winehouse pouvait pas venir), mais toujours autant d'eau. Récit de trois jours de Route de la Flotte à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).

 

Anika Anika
JOUR 1
Après 5 heures de route où on a englouti 24 palets bretons et fait 46 fois la blague «Tiens regarde, y a ta reume là», on a fini par arriver à Saint-Malo. Cette année on a apporté les bottes Aigle et le kway parce qu'on nous la fait pas deux fois quand même (lire notre récit de l'édition 2010 du Koh-Lanta-Route du Rock). On a aussi délaissé la Polo verte de 1994 avec vitres qui ferment pas pour une voiture étanche en design nuage - on a les voitures de location qu'on mérite.
Electrelane Electrelane
19h30. Après les passages obligés (mendier les pass backstage, passer le bar VIP au scanner et faire le plein de galettes-saucisse-bières), on s'installe dans la fosse. Anika termine sa dernière chanson (écoutez ici), c'est dommage, on était un peu venu pour elle. Pas grave, la vraie bonne surprise du festival s'appelle Electrelane. Quatre filles qui jouent à leurs heures perdues et ont décidé de se reformer le temps d'une Route du Rock. Les deux guitaristes ressemblent aux filles Le Quesnoy de «La Vie est un Long Fleuve Tranquille». Petite robe, chemise col Claudine et carré impeccable, on les imagine plutôt en Khâgne au lycée Ste Croix St Euverte d'Orléans.
Et pourtant, ça donne ça (ici au festival de Montreux):

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La fosse sautille. Elles reprennent «Turn Away Run away» de Bronski beat (écoutez ici à partir de 45'10) et terminent sur une reprise très musclée de «The Partisan», de Leonard Cohen (écoutez ici à partir de 56'20). La foule tangue. Notre voisin de droite n'en peut plus, il fait des bonds comme un gosse de cinq ans à qui on a promis d'aller à Disneyland s'il terminait ses poissons panés. Nous on a déjà décidé que c'était LE groupe du festival (voir le concert en entier sur le site d'Arte Live Web).

Electrelane en coulisses. Electrelane en coulisses.
22h30. Elles remballent modestement leur matos et sont assez surprises de la série de photographes qui les attend en bas de l'escalier, côté coulisses. Pas facile de passer après elles. Mogwai monte sur scène, un festivalier crie que «c'est de la musique de gonzesse» et que «allez mec réveille-toi quoi hein». A notre gauche, les filles d'Electrelane, redescendues incognito dans la foule, une bière à la main. The Suuns (prononcez "Souns") enchaînent, le chanteur gesticule sur son micro, il ressemble à Cédric Pioline et Mika réunis, c'est très perturbant.

3h. Backstage, le staff de Mogwai atteint les 10 grammes et joue au babyfoot avec les vieux des stands boissons qui ont visiblement respecté la règle du «une bière vendue, une bière bue». La chanteuse Anika passe, perchée sur ses talons, un peu ivre. On recroise une consoeur. Elle ouvre sa trente-sixième bière en nous racontant que la faute dans le nom de groupe, en police 72 dans son titre, c'est justement pas sa faute, «c'est le graphiste en fait». Elle dit que peut-être elle devrait s'asseoir. Elle manque l'accoudoir du canapé, bascule en arrière et vient s'écraser par terre. Le coccyx claque contre le parquet et la bière sur les murs. Ca fait beaucoup rire les vieux types du staff boissons avec leurs t-shirts «Tirage sous pression». Elle dit que comme ça elle tombera pas plus bas. On la rassoit et on lui dit à demain.


JOUR 2
Le lendemain, comme prévu le soleil est parti, retour à l'ambiance pêche en haute mer sur l'île de Jersey à la Toussaint. On mange des crêpes savoyardes en gros pull et on lit Ouest France qui a décidé que les Blonde Redhead s'appelaient les «Blonde Red Hair». On se dit que notre consoeur au coccyx amoché doit aussi travailler à Ouest France.

 

Intramuros, on croise des amis dans un café où les types boivent leurs demis au zinc suspendus sur des balançoires. L'entrée est interdite «aux photographes malpolis», «à la malbouffe qui pue» et aussi aux gens qui ont «un taux d'alcoolémie supérieur à celui du patron». En version anglaise c'est encore plus clair: «If you want to get drunk, go away. If you're cool, take a table». On lit que le café est «classé historique et hystérique», on se dit que les Malouins ont beaucoup d'humour. Dehors c'est le déluge, alors on fait du shopping à Promod, ce qui nous était pas arrivé depuis 1999.

En coulisses. En coulisses.
21h30. Une copine nous dit qu'elle va dégainer sa botte secrète, pas celle en caoutchouc, nan le raccourci qui permet de se garer juste à côté de la scène sans marcher trois heures. Une heure après, on roule encore dans une ambiance à mi-chemin entre «Blair Witch Project» et «Mulholland Drive». On finit par devoir remonter à contresens la route menant au site, avec klaxon et plein phares. Arrivée classe et discrète assurée. Dommage, on a loupé les groupes Low et Cults.

Près de la grande scène Près de la grande scène
23h. Dans la fosse, c'est marée de cirés et combat de boue en mode Fort Boyard. Notre voisin tente un pogo, nous on est enfoncé au sol jusqu'aux chevilles. La chanteuse de The Blonde Redhead dit qu'on est courageux. Elle doit aussi penser qu'elle n'a pas de chance: en 2004 le groupe avait déjà dû annuler leur concert à mi-parcours pour cause de fin du monde au Fort Saint-Père. Demain, Ouest France expliquera que «La Route du Rock a pris Low».

 

On va se réchauffer au café backstage, on a l'air de débarquer d'une randonnée dans le Morvan en plein novembre. On s'excuse de sentir le chevreuil crevé. On disserte sur l'invention d'un kway-camping Quechua où on se lancerait en arrière pour se déployer en tente. On recroise notre amie au coccyx amoché qui a encore bouclé autant d'articles qu'elle a ouvert de bières. Elle raconte comment elle s'est cassée les côtes ici il y a trois-quatre ans. On se dit qu'on devrait créer la «Croûte du rock» avec elle.

Battles Battles
Minuit. Retour sans la fosse commune pour The Kills, qu'on avait adoré au même endroit en 2009. Jamie Hince a un peu pris (le double effet Kate Moss sans doute), mais son duo avec Alisson Mosshart fonctionne toujours aussi bien. Comme dans l'inébranlable «U.R.A. Fever» (écoutez ici). Nos voisins festivaliers, eux, assurent qu'ils ont adoré «The Killers».

3h30. Battles passe au travers des boules quies et achève tout le monde. Le meilleur concert de l'avis des festivaliers. On se dit que certains vont devoir se faire déterrer au tracto-pelle. A la sortie, la gendarmerie attend tout le monde avec des éthylotests et un grand sourire.

JOUR 3

Sur la plage Bon-Secours. Sur la plage Bon-Secours.
Le lendemain, on s'attendait à devoir retourner à Promod et aller au palais du Grand Large écouter Josh T. Pearson, qui ressemble à Jésus version folk-Amish. Mais comme c'était presque les Caraïbes on est allés se sécher sur la plage Bon-Secours qui n'a jamais aussi bien porté son nom. LCD Soundsystem, Austra...: malgré un ventre très arrondi par un heureux événement, la DJette parisienne Ethel nous offre un merveilleux set face à la mer.

La plage se remplit. Les récits des campeurs rescapés oscillent entre les inondations de Vaison-La-Romaine de 1992 et l'ouragan Katrina. D'autres racontent comment leurs voisins de tente ont essayé de choper des filles qui sont parties en disant que leur cognac était dégueu.
20h30. Okkervil River arrive sur scène, notre voisine est heureuse de voir enfin «des barbus avec des chemises». Mais pour les bûcherons-folk-sortis-de-leur-cabane-au-Canada il faudra encore attendre un peu. Le chanteur est très content de nous voir tous, il le dit et le redit, il demande qu'on tape dans les mains, mais au bout d'un moment son «Clap your hands!» se transforme en «Clap your fucking hands».

Le chanteur de Cat's Eyes backstage. Le chanteur de Cat's Eyes backstage.
22h. C'est l'heure de Cat's Eyes, le groupe dont la particularité (capillaire) est qu'on ne voit justement pas leurs yeux. On se dit que le guitariste aurait pu jouer dans «Les Beaux Gosses». Dans les loges, des artistes se payent leur tête en jouant en simultanée des parodies de leurs titres.

On termine avec les Fleet Foxes, qui n'ont pas changé de chemises à carreaux depuis qu'on les as vus à l'Olympia en 2008. Dans le public, certains risquent la peine de mort en faisant des coeurs avec les doigts; d'autres réclament «Michel Sardou» et «Michel Delpech». Après minuit, on embarque un litre de café dans la voiture nuage. Direction Paris.

 

 

A lire, à voir, à écouter:

Les concerts de l'édition 2011 sur le site d'Arte Live Web.

Notre récit de l'édition hiver 2011.

Notre récit de l'édition 2010 et notre billet sérieux.

Notre récit de l'édition 2009.

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