C'est l'anniv de la Route du Rock, on y était

Retrouvez ici notre récit de la 20ème édition de la Route du Rock à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).       

 © M. Turchi © M. Turchi

Retrouvez ici notre récit de la 20ème édition de la Route du Rock à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).

 

 

 

 

 

 

 

Une heure trente en ballon à la Route du Rock

 

The Flaming Lips dimanche. © M Turchi The Flaming Lips dimanche. © M Turchi

15 août. Une pluie de ballons, des uniformes de la DDE et trente millions d'amis. Dimanche, les Flaming Lips ont mis le feu (d'artifice) à la Route du Rock pour clôturer la 20e édition. Magique!

En invitant les Flaming Lips pour fêter sa 20ème, La Route du Rock était assurée du spectacle. Show psychédélique démesuré garanti. On voulait aller les voir en 2009 pour le concert événement du nouvel an à Oklahoma City, leur ville d'origine, mais c'était moins cher d'aller à Saint-Malo en Polo verte le 15 août.
Dimanche, à une heure du mat', The National quitte la scène après avoir pris aux tripes 10.000 personnes avec Mistaken for strangers, Fake Empire et autres merveilles. Entracte type préparatifs de feu d'artifice. Les baffles cognent. Wayne Coyne, le chanteur des Flaming Lips, débarque de l'entre-jambe d'une Venus projetée sur écran géant, enfermé dans un ballon XXL transparent, et s'en va slamer comme un hamster dans une bulle de paic citron sur une vaisselle sale du mois dernier (les images ici). Pluie de cotillons, rubans et ballons géants pendant vingt minutes, c'est un peu comme la fête d'anniversaire de tes 5 ans avec le défilé du 14 Juillet dedans.

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Deux consoeurs nous avaient promis une chouette surprise pour ce soir. Les voilà sur scène avec le groupe en train de se dandiner en uniformes oranges de la DDE (à moins que ce ne soit le MoDem, très implanté en Bretagne). Et il pleut toujours des ballons gros comme Beth Ditto. On se croirait dans l'espace garderie d'Ikea.

Trente millions d'amis arrivent sur scène. Wayne Coyne hurle dans un mégaphone, perché sur un gorille. La DDE se trémousse avec une grenouille géante en cravate. Les chèvres sont partout. Les canons à confettis ne s'arrêtent plus. «Le show est phallocrate», estime une camarade. Discussion hautement philosophique sur la femme objet pendant que certains à notre droite se font mettre en laisse avec les rubans qui tombent.

Wayne redescend de son gorille pour nous dire «how fucking lucky we are it's not raining». C'est vrai qu'après le Koh-Lanta d'hier, on est aux Bahamas. On a gardé les bottes et fait tomber le ciré jaune. On croirait presque que c'est l'été. D'ailleurs il allume enfin les pétards du 14 Juillet en jouant de la trompette. Il chausse des mains géantes un peu comme dans les pubs de la Société Générale et envoie des éclairs verts très Star Wars. Infatiguable. Manque plus que les claquettes et la danse du ventre.

Ensuite on repart pour un coup de balloon drop façon nouvel an à Time Square. Ca donnait à peu près ça:

2h45. Après une heure trente de ballons, on est crevés. On se dit que Wayne Coyne doit perdre six mois d'espérance de vie à chaque concert. Nous on enchaîne avec The Raptures et l'after des Magnetic Friends.

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La Route du Rock, droit dans ses bottes

 

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14 août. Pour cette 20ème édition, la Route du Rock s'est transformée en une partie de pêche en haute mer à la Toussaint. Le commerce de bottes explose à Saint-Malo. Récit de deux jours de gadoue.

Il faut bien avouer qu'on est partis à la Route du Rock comme si on allait faire un tour de trimaran sur la Seine, avec des vieilles Converse et une marinière. On s'est fait sonner les cloches d'entrée par notre consoeur bretonne du magazine Paplar: «L'année dernière c'était l'exception. A la Route, il fait 15 degrés, il pleut tout le temps, t'as de la boue jusqu'aux genoux».

 

 

Accréditations obligatoires pour tous. © M. Turchi Accréditations obligatoires pour tous. © M. Turchi
On a acquiescé poliment. On y croyait pas trop. Même si on avait actualisé 50 fois dans la journée la page météo qui promettait 18 degrés avec de la pluie. «Le crachin breton quoi», on s'est dit. Après tout l'année dernière on bronzait les pieds dans le sable. Vendredi, donc, on fait encore les fiers en marinières, une pinte à la main, pendant qu'un petit vent se lève. On plaisante en croisant Voltaire, le chien de Yann Tiersen qui se balade en coulisses avec un badge VIP + photo autour du cou. Sur scène, Owen Pallett - le violoniste d'Arcade Fire -, est aussi passionnant qu'une messe de Benoît XVI, on s'endort sur notre galette saucisse. Plus tard Yann Tiersen remue la foule avec son dernier opus et ses 15 musiciens. Certains disent qu'il tente quelque chose entre Arcade Fire et Jean-Michel Jarre. L'attachée de presse, elle, nous conseille de pas lui parler d'Amélie Poulain pendant l'interview.
Le lendemain matin, en ouvrant les volets on s'est dit qu'on était sur l'île de Jersey et que c'était la Toussaint. Le festival se replie dans le Palais du Grand large où le chroniqueur Christophe Brault se retrouve avec une audience inespérée pour sa conférence sur l'évolution-des-courants-musicaux-depuis-les-années-1990 avec un micro-cravate.
16h. On boit des bolées de cidre avec nos acolytes de Libé qui racontent que, à la Route du Rock «c'est pas de la bouillasse, c'est pire, c'est des marécages» et que «en 2004, c'était le déluge». Nous on repense à Rock en Seine en 2007, où tout le monde avait resorti ses bottes Aigle de 1988 à cause de trois flaques d'eau. A 16h30, on attend toujours DM Stith qui doit jouer au Palais. Il est coincé dans les embouteillages à trente minutes de la ville. Il n'est d'ailleurs jamais arrivé.
18h. Dehors, ça tourne à la partie de pêche en haute mer. Au milieu des kouign amann et des bols bretons, on cherche des bottes. Un papi se paye notre tête dans sa bicoque souvenirs: «Des bottes? Ah non ici on a que des marinières. Vous savez c'est une denrée rare à Saint Malo aujourd'hui». L'heure tourne, on cède et on appelle la boutique Aigle. «Oui on est ouvert mais on ne sait pas quand on ferme, c'est la panique madame, je dois raccrocher!». Sur place, état d'urgence. «Vous allez à la Route du Rock ce soir? Tenez, prenez le modèle basique à 45 euros. Non, on a plus que du 47 rouge». Les clients se tapent dessus pour les dernières paires. On sauve l'ultime 38 à une blonde qui menace de dégainer la carte bleue avant nous. Le patron passe avec des cartons poursuivi par dix personnes et nous dit qu'il a vendu 350 paires depuis 10 heures ce matin. «On fait que ça, on s'est fait dépanner de 200 paires par Rennes, mais on en a raté 250 ventes faute de stock». A côté un vendeur crie à un Anglais que «it's difficult to have the good size, sorry». Le patron dit que s'il avait pu, il aurait monté un stand direct au festival, «avec aussi des cirés et tout». Pendant ce temps-là, un couple d'Anglais tente de nous piquer notre double achat de bottes rouges alors on s'assoit dessus.
20h. Au bar de l'Univers, intra muros, les serveurs se marrent en voyant le débarquement de notre team Quechua-Aigle et demandent si on va «au festival pop bourgeois». «Vous êtes magnifiques, manque plus que le ciré jaune !». Dans le Fort de Saint Père, c'est l'océan Atlantique devant la scène. Sacs plastiques noués aux pieds façon chaussons d'hôpital. Couvertures de survie sur le dos. On est à mi-chemin entre une randonnée dans le Morvan en plein automne et un Koh-Lanta au Pakistan.
22h. Le chemin qui monte à l'espace presse s'est transformé en toboggan géant. On est proche d'Intervilles. Dans la descente, on voit passer notre amie bretonne qui surfe en chaussures bateau: «J'te l'avais dit, c'est parti pour deux jours non stop!». En bas, the Faols rallument le Fort pendant une heure et demi. Superbe concert, dans la fosse on est collé au sol. En coulisses, Yannis Philippakis, le chanteur, ressemble un peu à Didier Bourdon déguisé en Nicolas Sirkis. Il explique qu'il a fait 19 heures de bus depuis Cannes pour venir à la Route.
Direction le bar VIP où l'on demande si l'on peut faire cuire le Champagne sur un réchaud merci. On va chercher des galettes saucisses, on s'enfonce jusqu'à mi-mollet pendant que Massive Attack reprend «Girl I love you». A l'espace presse, une bruxelloise nous explique qu'elle a dégotté la dernière paire de bottes léopard premier prix au Carrefour de la zone industrielle, mais que, au camping, là, c'est pas facile tous les jours avec la tente qui est censée se monter toute seule quand on la lance. Backstage, les organisateurs demandent à notre consoeur d'arrêter de prendre quatre bières par personne s'il vous plaît. Un musicos de la chanteuse trip-hop Martina Topley Bird passe, il est habillé comme Marc Green d'Urgences croisé avec un supporter nantais.
3h30. Très en forme, les Ricains de We have Band donnent le feu vert pour un bain de boue intégral en mode Fort Boyard. Dans la fosse, certains ont l'air de sortir d'un camp d'entraînement de GI's en Afghanistan. Les portables tombent dans la bouillasse. On voit passer des lunettes clignotantes et des oreilles de lapin. A la fin de la nuit, on ira jouer à où est notre vieille Polo verte 1995 garée les fenêtres ouvertes.

 

La Route du Rock fête sa 20ème édition

 

Le 13 août, lors du concert de Yann Tiersen. © M. Turchi Le 13 août, lors du concert de Yann Tiersen. © M. Turchi

13 août. A Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), la Route du Rock, «le plus petit des grands festivals», célèbre ce week-end sa vingtième édition. Avec une épée de Damoclès toujours perchée au-dessus de sa tête: les finances.

L'année dernière, François Floret, le directeur de la Route du rock (RDR), promettait «une grosse surprise» pour 2010 (voir notre reportage). Un an après, croisé au milieu des festivaliers à l'heure de la première merguez frites de la soirée, il reconnaît que «c'était un peu risqué d'annoncer ça». Pas d'Arcade Fire comme il en avait rêvé. Les Canadiens ont préféré le mastodonte parisien Rock en Seine. «Mais on a essayé d'inventer des choses, avec un certain esprit qui est en train de se créer», dit Floret.

L'esprit de la Route? Soigner son statut de «plus petit des grands festivals» - ilaime le rappeller chaque année. Proposer une programmation pointue, originale et «sans concession». Mêler grands noms et jeunes talents. Tout en bénéficiant d'une notoriété nationale.

Faute d'une grosse surprise, la Route a donc cherché à en créer «des petites» pour cette vingtième édition (19 bougies, les 20 ans seront célébrés lors de l'édition hivernale de février 2011). Vendredi, c'était d'abord un «cadeau» de Yann Tiersen, son nouvel opus, Dust Lane, présenté sur scène avec une formation XXL de 15 musiciens. Samedi, ce sera l'imposante tête d'affiche trip hop, Massive Attack. Dimanche, Flaming Lips amèneront feu d'artifice et ballon géant tandis que The National reviendra à Saint Malo, son statut "découverte" en moins et quelques albums en plus. Quelques innovations, enfin: des sets entre deux concerts au milieu de la foule, depuis la tour des balances. Des coupes de Champagne «à prix raisonnable» (5 euros) pour le public.

Ce qui ne change pas, par contre, c'est le paradoxe dans lequel la Route est enfermée : incarner LE festival rock indépendant en France et lutter pour sa survie financière ; bénéficier d'une large couverture médiatique et voir sa fréquentation décliner (baisse de 10% de sa fréquentation en 2009).

«Le site est très beau, mais il est vide. Il faut la moitié du budget pour l'équiper. (Ndlr : 540.000 euros sur un budget d'1,2 million)», nous explique François Floret. Déjà débiteur de quelques 100.000 euros en 2009, la RDR a cette année perdu 20% de son financement public (environ 15.000 euros), crise oblige. «27% de notre financement provient de l'Etat (le ministère de la culture, l'agglo et la ville de Saint Malo, le département, la région). Ils sont victimes d'une politique générale de décentralisation. Il faut faire des choix, alors on tape dans la culture, c'est toujours comme ça, se désole François Floret. Mais je n'ai pas l'habitude de mordre la main de quelqu'un qui m'a donné de l'argent».

Le festival survit grâce à sa «petite armée» - ses 680 bénévoles -, un cadre de rêve (le Fort de Saint Père) et un label qualité bien assis par les médias. Cette année, François Floret mise sur l'effet anniversaire. Vendredi soir, 18.600 billets avaient déjà été vendus. Dont 10.000 pour Massive Attack. «On va dépasser les 20.000 cette année (Ndlr: contre 15.000 en 2009). C'est une dynamique positive, les signaux sont bons. Après, je ne vais pas organiser pas un festival pour moi seul...».

 

 

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A lire, à voir, à écouter:

Les concerts diffusés sur le site d'Arte.

Notre billet sérieux du 14 août.

Notre reportage de l'édition 2009.

 

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