"Dès qu’on filme, dès qu’on photographie, on est dans une reconstruction intégrale du monde, qui va en général beaucoup plus loin que ce qu’on imagine."

 

Quelques mois après sa présentation au festival Côté court de Pantin (Seine-St-Denis), Terre battue, vidéogramme de Laurent Goldring déjà évoqué dans cette édition, poursuit son parcours. Lundi soir 5 décembre, ce sera aux Soirées nomades de la Fondation Cartier à 20h30 (réservation indispensable). Une rencontre avec son auteur, publiée en trois volets, est proposée ici. Spectateur de ce travail, j'avais conclu à une connaissance approfondie du tennis —profession, institution, ou même sport. Or, Laurent Goldring ne s’y intéresse pas, et Terre battue est le —premier— résultat indirect d’un passage à Roland-Garros qui visait autre chose. Et si “ne pas suivre” ce qui se passe, en sport comme ailleurs, est une notion toute relative à une époque de saturation des espaces publics comme privés par des représentations d’importance très variable, la démarche artistique du vidéaste plasticien se fonde effectivement sur une sorte de soustraction volontaire par rapport à ce qui circule et envahit les consciences, ainsi que sur la critique de traditions figuratives dominantes dans l’histoire de l’art occidental. Le tennis —le court comme espace de représentation, avec les corps qui s’y trouvent— devient un arrêt parmi d’autres dans une réflexion et une pratique qui s’intéressent aux images programmées de la destruction comme aux images de la destruction programmée : colonisation, muséification, urbanisme, art.

 

©Franck Le Gac ©flg

 

Cet entretien a été enregistré le lundi 3 octobre 2011 au Centre Pompidou à Paris. Il a fait l’objet d’une transcription par l’auteur de l’article, puis a été relu par Laurent Goldring, qui a souhaité expliciter et donner un prolongement à certaines des idées exposées. Mille remerciements à Héléna Bastais pour son aide précieuse.


"Terre battue s’inscrit dans un travail sur la représentation en général, où j’ai essayé de vérifier l'interdit contemporain qui énonce qu’il n’y a plus de nouvelles images possibles. J’ai pris les choses à la base, je suis parti de ce qu’on appelle aujourd’hui représentation du corps et qui dans l’histoire de l’art s’appelle le nu. Comme l'image analogique (photo, cinéma, télévision) est aujourd'hui l'image hégémonique, ce sont ces médiums que j'ai utilisés. Je me suis rendu compte qu'il était faux que toutes les images aient déjà été faites, mais ce qui m’a sidéré, c’est à quel point il y en avait peu.

C’est sans doute dû à un devenir humain du corps humain qui se fait dans le refoulement de sa proximité avec l’animal. La structure du corps humain est identique à celle qu'on trouve chez tous les mammifères. Il n'y a pas plus de corps humain naturel qu'il n'y a d'instinct sans codification culturelle.L'humain se construit en refoulant cette similitude. Il n'y a que des corps déjà surcodés par la culture : tous les corps doivent répondre du formulaire de Mauss. Les images de l’art sont là pour redoubler l’humanisation des corps, c’est-à-dire pour renaturaliser ce corps déjà surtravaillé et surinformé.


L'exemple le plus clair est sans doute celui de la différence jambe/bras. L’homme est un bipède qui a conservé la mémoire d’une structure de quadrupède. Anatomiquement et morphologiquement, les membres supérieurs et inférieurs sont presque identiques. La station debout et la libération de la main ne les différencient que de façon

 


À suivre : Roland-Garros, ses matières, ses protagonistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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