Taxe à 75% : une opportunité pour le foot français

Alors que le Parlement discute du projet de loi de finances pour 2014 et notamment de l’introduction d’une taxe à 75% pour la partie des revenus supérieurs à un million d’euros par an, l’Union des clubs professionnels de football s’insurge contre cette mesure de justice fiscale et sociale et agite la menace d’une grève. Ce faisant, les clubs de football professionnel commettent une triple erreur.

Alors que le Parlement discute du projet de loi de finances pour 2014 et notamment de l’introduction d’une taxe à 75% pour la partie des revenus supérieurs à un million d’euros par an, l’Union des clubs professionnels de football s’insurge contre cette mesure de justice fiscale et sociale et agite la menace d’une grève. Ce faisant, les clubs de football professionnel commettent une triple erreur.

La première erreur que commet le football professionnel est une erreur politique. Lorsque plus de cinq millions de Français sont dans une situation de chômage ou de sous-emploi, lorsque le salaire moyen des Français s’élève à 2 410 euros par mois, lorsque le taux d’imposition atteint plus de 45%, il est tout simplement indécent que des milliardaires se plaignent de contribuer à l’effort national de redressement des comptes publics. Lorsque le salaire moyen d’un joueur de Ligue 1 s’élève à près de 500 000 euros par an, lorsque le joueur le mieux payé de Ligue 1 gagne en un an l’équivalent de 1 000 années de smic, lorsqu’un club comme le PSG peut dépenser sans aucune limite – plus de 300 millions d’euros rien que pour les transferts intervenus depuis son rachat par le Qatar en juin 2011 – les Français, les amateurs et les supporters de foot ne peuvent tout simplement pas entendre la complainte de la fraction la plus riche du pays. L’image écornée du football auprès du grand public risque de se transformer en divorce durable avec le pays.

La deuxième erreur est une erreur économique. Pour demander une exonération de la taxe à 75%, les dirigeants du football français avancent comme argument qu’hormis quelques richissimes clubs, les autres équipes professionnelles sont en difficulté financière. C’est vrai – le déficit des clubs professionnels lors de la saison 2011-2012 s’est élevé à 107 millions d’euros – mais la faute à qui ? La faute à un système qui vit largement au-dessus de ses moyens depuis de nombreuses années, s’exposant ainsi à un risque systémique sur le même modèle que celui des subprimes. Alors que depuis 30 ans les recettes des clubs n’ont jamais été aussi élevées – droits de retransmissions télévisés multipliés par 600 depuis les années 80 – les déficits des clubs sont toujours plus importants en raison d’une masse salariale trop lourde à assumer et à des transferts aux montants exorbitants. A long terme, la situation n’est pas soutenable et plusieurs équipes risquent la faillite. Non pas à cause de cette taxe à 75% mais en raison de leur incapacité à équilibrer recettes courantes et dépenses salariales.

Enfin, la troisième et dernière erreur est une erreur sportive. Les dirigeants du football français craignent que cette taxe ne nuise à la compétitivité et à l’attractivité des équipes. C’est un non-sens absolu. Il faut espérer que les joueurs de foot ne choisissent pas leur équipe en fonction d’un taux marginal d’imposition – qui n’est d’ailleurs pas plus défavorable qu’au sein des autres pays européens – mais plutôt par rapport à un projet sportif. En revanche, ce qui peut nuire à l’attractivité du football français, c’est un championnat dominé par les deux mastodontes financiers que sont le PSG et l’AS Monaco et que le classement de la Ligue 1 ne soit uniquement déterminé par la taille des budgets des équipes.

Cette taxe, loin d’être un boulet pour le foot français, constitue une opportunité pour retrouver le sens des réalités.

Politiquement, cette taxe est une opportunité pour le football français de redorer son imager en acceptant, comme tout citoyen et toute entreprise, de contribuer à l’effort de redressement national.

Economiquement, cette taxe est une opportunité pour réguler un système à la dérive menacé par la faillite. Cette taxe qui se veut incitative, et qui devrait avoir des incidences sur les comportements économiques des différents acteurs, pourrait entraîner une baisse des dépenses de masse salariale, notamment chez les superstars. Ce peut être une première étape vers un plafonnement de la masse salariale, que Terra Nova appelle de ses vœux depuis plusieurs années. 

Sportivement, avoir un championnat français un peu plus ouvert et équitable ne peut avoir que des effets positifs. Ce qui fait le sel et la philosophie du sport, c’est l’aléa sportif. Que chaque club puisse gravir les échelons par son travail et la dynamique de son équipe et non en raison de l’importance de son budget. 

Arnaud Flanquart, coordonnateur du pôle sport de Terra Nova


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