Luc Chatel à la peine

Que veut Luc Chatel ? Hier soir au Sénat, il déclare qu'il ne souhaite pas ouvrir avant la présidentielle «le débat sur l'école et les enseignants». Au Salon de l'éducation, à deux reprises, il affirme qu'il ne signera pas «en catimini», «entre Noël et le jour de l'an» un décret sur le statut des enseignants.

Que veut Luc Chatel ? Hier soir au Sénat, il déclare qu'il ne souhaite pas ouvrir avant la présidentielle «le débat sur l'école et les enseignants». Au Salon de l'éducation, à deux reprises, il affirme qu'il ne signera pas «en catimini», «entre Noël et le jour de l'an» un décret sur le statut des enseignants. Bref, pas de vagues pendant la campagne. Et pourtant, ses services préparent sur l'évaluation des enseignants des textes qui jouent le rôle de la fameuse goutte d'eau dans le vase déjà plein. Les syndicats unanimes appellent à la grève le 15 décembre. Quand on les interroge, les dirigeants sont un peu gênés. Ils ne pouvaient pas ne pas réagir, mais la grève sera un échec, au moins dans le premier degré, qui n'est pas concerné par le changement des règles et où l'on prépare les petites fêtes de fin d'année. On ne va quand même pas priver les enfants de sapin ! Une grève peu suivie serait une aubaine pour le ministre qui pourra mettre en exergue la faiblesse syndicale...

Même chose pour les mamans voilées accompagnatrices de sorties scolaires. Luc Chatel était pour l'interdiction. Le gouvernement avait pourtant décidé qu'il était urgent d'attendre et Claude Guéant a été chargé de peser le pour, la cohérence avec la conception de la laïcité de la loi de 2004, qui a recueilli un large assentiment à droite comme à gauche, et le contre, l'exclusion de familles qu'on cherche par ailleurs à faire venir dans les écoles. La décision du tribunal administratif de Montreuil tombe à pic pour tordre le bras à ses collègues, d'autant qu'elle est bien rédigée et qu'elle a des chances de faire jurisprudence. Loin de se réjouir, le ministre se contente, dans un communiqué, d'en «prendre acte».

Tout est parti du règlement intérieur d'une école de Montreuil qui a été entériné par l'inspecteur d'académie, dont on peut supposer qu'il avait l'accord du recteur, qui avait peut-être celui du ministre, lequel pouvait imaginer qu'il serait contesté en justice, et que celle-ci trancherait dans «le bon sens». Pur machiavelisme? Ou négligence, mauvaise remontée d'informations, initiative malencontreuse d'un fonctionnaire zélé ? Même chose pour l'évaluation. Provocation délibérée, ou fuite organisée par un service administratif peu au fait de la culture enseignante, pour qui une telle remise en cause des règles du jeu, qui peut paraître aid=4677">ici).

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