Grève, bataille de chiffres et mensonges dans l'Education nationale

Le ministère de l'Education nationale a publié très tôt dans la matinée du 15 décembre une "estimation provisoire" des taux de participation à la grève: 11,18 % dans le premier degré, 16,43 % dans le second degré. Les deux chiffres après la virgule donnent une impression de solidité du résultat.C'est comique quand on sait comment ces chiffres sont obtenus.

Pour le 1er degré, l'inspecteur appelle chaque école de sa circonscription et demande au directeur combien il compte de grévistes. Encore faut-il qu'il ait pu joindre le directeur, parfois débordé quand ses collègues n'accueillent pas les enfants, à moins qu'il (elle) fasse grève... On assiste donc à quelques "extrapolations", dont l'impact est difficile à estimer, mais n'est pas négligeable. Mais c'est surtout pour le second degré que la méthode employée est, par nature, mensongère. Le chef d'établissement constate combien il lui manque d'enseignants à 8 heures, et dès qu'il a fait le tour de son bahut, il appelle l'inspecteur d'académie. Problème, seuls 60% environ des profs ont cours à 8h. Imaginons un lycée de 100 profs, 60 ont cours à 8h. Il y a 30 grévistes. Pour le ministère, il y a 30 % de grévistes, là où il faudrait compter 50 % (+60%).

Le Snes annonce 47 % de grévistes dans le second degré. Là encore, ce sont, sur le terrain, dans les établissements, les militants qui passent des coups de fil au niveau départemental. Encore faut-il qu'il y ait dans l'établissement des militants dévoués. Ce sont les mêmes qui sont capables de mobiliser leurs collègues. Donc les résultats annoncés par les syndicats sont une extrapolation à partir des établissements les plus mobilisés.

Prenons en compte les biais méthodologique : le taux donné par le ministère pour les collèges et lycées passe de 16 à 26 % et diminuons de 20 % (ce qui est beaucoup) celui du Snes, qui passe de 47 % à 38%. Reste au minimum un gap de 12 points. De là à penser que l'une des deux parties a un peu "redressé" les données brutes...

Pourquoi le ministère ne publie-t-il pas les chiffres des retraits de salaire? Nous ne connaissons toujours pas les "vrais" chiffres de la grève de septembre. Et surtout, pourquoi Chatel n'a-t-il pas dit avant ce que Michèle Tabarot a lâché après: ces textes n'ont pas vocation à s'appliquer avant la présidentielle... ToutEduc l'avait annoncé à ses lecteurs dès le 24 novembre.

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