Après les attentats, dans les quartiers populaires, nous sommes le climat

A peine démarrée, l’année 2015 paraît déjà vieille, saturée de fracas et d’assassinats. Partout les clivages se creusent: sur la religion, le racisme et l’antisémitisme, la violence, la démocratie, la liberté, la jeunesse des banlieues.

A peine démarrée, l’année 2015 paraît déjà vieille, saturée de fracas et d’assassinats. Partout les clivages se creusent: sur la religion, le racisme et l’antisémitisme, la violence, la démocratie, la liberté, la jeunesse des banlieues.

Habitant-e-s de villes populaires de la Seine-Saint-Denis et des ses alentours, nous voulons dire notre amour de ces quartiers multiculturels et notre plaisir d’y vivre. Tous les jours nous sommes témoins de leur dénuement économique et de leur richesse sociale. Nous nous voulons plus solidaires que jamais de nos concitoyen-e-s aux prises avec de multiples inégalités.

Nous avons choisi de nous engager contre les pollutions et contre le dérèglement climatique. Ces périls pourraient paraître lointains et secondaires face aux menaces terroristes et aux tensions guerrières. Pas à nos yeux : dans nos quartiers comme dans les autres régions pauvres du monde, les injustices environnementales s’ajoutent aux injustices sociales, raciales et de genre. Il existe bel et bien un écologisme des pauvres, comme le dit Joan Martinez Alier. Déjà à travers le monde, des millions de personnes sont des réfugié-e-s climatiques.


En 2003, lors de la canicule qui fit 15 000 morts en France, la Seine-Saint-Denis fut le deuxième département le plus touché. La surmortalité y fut plus forte qu’ailleurs. Pendant la période caniculaire, 8 664 Franciliens sont décédés contre 3 650 en moyenne au cours de la même période des années précédentes, estime l’Observatoire régional de la santé d’Ile-de-France. En Seine-Saint-Denis, le nombre de décès a été multiplié par 2,5 pendant cette période (contre 1,5 en France, en moyenne). L’augmentation de la mortalité a été croissante avec l’âge et plus marquée chez les femmes que chez les hommes. Des facteurs majeurs de risque ont été repérés : âge, activité, état de santé, habitat mal adapté à la chaleur, mal isolé, mansardé, vétuste; urbanisation dense, sans végétation qui peut accentuer le phénomène d’ilot de chaleur.

Ce précédent terrible fait craindre le pire dans l’hypothèse d’une forte hausse des températures dans les décennies qui viennent : +4°, +5°, hypothèses crédibles si le monde continue à émettre un peu plus de dioxyde de carbone chaque année, cela entraînerait des morts à la pelle sur ce territoire. Plaine-Commune, l’agglomération qui regroupe Saint-Denis, Saint-Ouen, Aubervilliers, La Courneuve…  importe la totalité de son eau potable. Paris ne dispose que de trois jours d’autonomie alimentaire. On ne compte plus les bâtiments fissurés, abimés par les fortes variations de températures ; les voiries ne sont pas en reste. Les trames « vertes et bleues » ne sont pas suffisamment étendues pour constituer des « poumons » dans nos communes. Dans les villes traversées par l’A1, l’A86 et l’A3, la pollution est supérieure aux normes et parfois à la moyenne régionale.

Face à cette menace climatique et humaine, pouvons-nous rester les bras croisés? Oui. En avons-nous l’intention? Non. Depuis l’été dernier, nous organisons des Toxic Tours Detox. Ce sont des visites guidées, ouvertes à tous, de lieux de pollution et d’émissions de gaz à effet de serre dans le 93, département qui accueillera la conférence Paris Climat 2015 en décembre prochain.

Dimanche 25 janvier, nous étudierons les data centers de la Courneuve. Ces entrepôts abritent les serveurs informatiques qui font tourner Internet. Ils dépensent énormément d’électricité. Ils peuvent nuire à leurs voisins et créent peu d’emplois directs. C’est un aménagement du territoire au profit de multinationales et sans retombées positives pour ses habitants. La Seine-Saint-Denis connaît la plus forte concentration de data centers en France. De nombreux élus sont encore fascinés par ces installations qui se font sans aucune concertation avec les riverains et sans en mesurer les conséquences. Pour comprendre ces problèmes et réfléchir ensemble à des alternatives, nous partagerons nos savoirs et nos idées. Pas contre Internet mais pour imaginer un monde numérique responsable, des quartiers plus beaux, plus joyeux et plus solidaires.

Signataires :

Khadija Aït Oumasste, Urbaction 93 (La Courneuve)

Bernard Boudet, journaliste en « jubilación » (Aubervilliers)

Victoria Chabran, Comite Porte de Paris et Union des Associations des Riverains du Stade de France (Saint-Denis)

Mathieu Glaymann, parent d'élèves et acteur du tourisme alternatif (Epinay sur Seine)

Denis Guillien, collectif Lamaze (Saint-Denis)

Emilie Hache, enseignante-chercheuse (Saint-Denis)

Jade Lindgaard, journaliste, parent d’élèves (Aubervilliers)

Stéphane Lavignotte, pasteur (MPEF), militant écologiste (Ile-Saint-Denis)

Valérie Lessertisseur, artiste, citoyenne solidaire (Aubervilliers)

Virginie Le Torrec,  parent d’élève, actrice dans les politiques locales de santé (Saint-Denis)

Matilda Mijajlovic, Urbaction 93 (La Courneuve).

Ida Phan, ingénieure (Pantin)

Guido Barbisan, retraité (Asnières)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.