Dans les quartiers populaires, nous ne manquerons plus d'air !

« Ecotaxe, projet de loi de transition énergétique, autoroutes : les lobbies claquent des doigts et privent les projets de transport en commun de 950 millions d'euros. Nous, habitants concernés par ces projets, vivant dans les quartiers traversés par ces autoroutes, nous ne comptons pour rien ? » Par des habitant-e-s de Seine-Saint-Denis.

« Ecotaxe, projet de loi de transition énergétique, autoroutes : les lobbies claquent des doigts et privent les projets de transport en commun de 950 millions d'euros. Nous, habitants concernés par ces projets, vivant dans les quartiers traversés par ces autoroutes, nous ne comptons pour rien ? » Par des habitant-e-s de Seine-Saint-Denis.


 

Ecotaxe, projet de loi de transition énergétique, autoroutes : les lobbies claquent des doigts et privent les projets de transport en commun de 950 millions d'euros. Nous, habitants concernés par ces projets, vivant dans les quartiers traversés par ces autoroutes, nous ne comptons pour rien ?

En décembre 2015, la France accueillera la grande conférence Paris Climat 2015 sur le dérèglement climatique. Malgré son nom, elle ne se tiendra pas à Paris mais au parc des expositions du Bourget, en Seine-Saint-Denis, célèbre pour son salon de l’aéronautique et son aéroport d’affaires. Nous, habitants du 93, ne serons-nous que spectateur de cette grand messe ?

Pourtant, avant de dérégler le climat, cette pollution empoisonne nos vies : nous sommes les premiers à subir les non-décisions des responsables politiques au niveau national et international. Les poids lourds qui envoient leur Co2 dans l'atmosphère ne roulent pas sur la voûte céleste, suspendus dans le vide intergalactique. Ils brûlent et râpent le bitume d’axes tracés dans les campagnes et dans les villes. Par exemple, la ville de Saint-Denis est traversée de part en part par deux autoroutes, l’A1 et l’A86. La station de mesure de l’air construite en bordure de l’A1 – en pleine zone urbaine - enregistre les taux les plus élevés de polluants atmosphériques de toute la région Île-de-France. A Paris et en petite couronne, près de 30% de la population vit ainsi à moins de 75 mètres d’un axe à fort trafic routier (plus de 10 000 véhicules par jour).

Nous constatons la montée, impressionnante ces dernières années, du nombre d’enfants touchés par les allergies respiratoires (qui se cumulent parfois avec les allergies alimentaires) dans les crèches, halte-garderies et les écoles : cette proximité est responsable d’environ 16% des nouveaux cas d’asthme chez les moins de 17 ans, selon une étude de l’Observatoire régional de santé Île-de-France.
Les enfants ne sont pas les seules concernés. En Île-de-France, 55% des crèches, écoles, structures d’hébergement des personnes âgées, hôpitaux et terrains de sport se situent à moins de 500 mètres d’un axe routier majeur.  Le dépassement des valeurs limites concerne un tiers des établissements pour le dioxyde d’azote et un quart pour les particules fines, selon les études d’Airparif et de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) Île-de-France. Un dépassement de l’ensemble des normes est observé dans 125 écoles accueillant 28 000 élèves, 85 crèches (représentant 3250 places), 66 hôpitaux (6700 lits) et 2500 places d’hébergement pour personnes âgées. La proximité avec le trafic automobile favorise aussi les pathologies coronariennes (risques d’infarctus) et la bronchopneumopathie chronique obstructive, la bronchite.

Lors de la canicule de 2003, qui fit 15 000 morts en France, la Seine-Saint-Denis fut le deuxième département le plus touché par la surmortalité. Le coût associé à l’impact sur la santé de ces pollutions est évalué à 300 millions d’euros chaque année (projet Aphekom, coordonné par l’Institut de veille sanitaire). L’exposition au bruit a des effets néfastes sur la concentration, le sommeil et donc l’état de santé des riverains des autoroutes urbaines. 


Nous, habitant-e-s de ce département, nous n’avons ni une position de victimes ni un point de vue moralisateur ou paternaliste.  Nous aimons nos voisin-ne-s, les gens qui vivent à proximité, notre environnement et nos quartiers. Nous y apprécions le métissage, la jeunesse, la créativité, la société brassée, le dynamisme urbain, celui des habitant-e-s et des associations. Qui sait que cette énergie alimente des combats citoyens contre les nuisances environnementales, par exemple contre les autoroutes et leurs effets sur les populations locales, souvent très populaires ? Que ces mobilisations se multiplient ces dernières décennies ?


Ainsi, mobilisés dans ces combats, habitant-e-s de différents âges, classes sociales, professions, communes, quartiers, nous nous sommes réunis en collectif et avons repris en France la forme des « toxic/detox tour » existant déjà dans le monde anglo-saxon, en Afrique et en Amérique Latine : des visites guidées des principaux lieux de pollution de l’environnement et sources de dérèglement climatique dans le 93. Nous voulons rendre visibles les scandales environnementaux – sur les autoroutes, la surconsommation de viande, d'énergie avec les data centers, les transports de matières dangereuses par train dans des zones densément habités.... Mais aussi les acteurs des luttes qui les dénoncent, faire entendre l'expertise citoyenne qu'ils ont développée, les alternatives qu'ils proposent (transports en commun, circulations douces – marche vélo, roller,…-, construction bois, sites en énergie positive ou passive, travaux sur la rénovation thermique) et faire entendre les revendications fortes que nous portons : la réparation et le rééquilibrage auquel ont droit nos villes et nos populations après des décennies où ce sont les classes et les quartiers populaires qui ont payé pour une croissance aveugle qui profitait d'abord à d'autres.

Nous nous ferons entendre dans le débat sur la métropole parisienne comme dans la politique de rénovation urbaine.

Sur ces sujets, comme sur d’autres, ça ne se fera plus, ni sans nous, ni sans la planète !

 

Prochain Toxic Tour/Detox autour des autoroutes de Saint-Denis : dimanche 26 octobre à 14h, rdv au métro Porte de Paris, à Saint-Denis. Infos complémentaires ici et sur cette page Facebook.

Premiers signataires :

Ludovic Bu, association Moins Vite, représentant des usagers du RER B (Drancy)
Victoria Chabran, comité Porte de Paris et Union des Association des Riverains du Stade de France (Saint-Denis)
Claudie Gillot-Dumoutier, collectif Lamaze (Saint-Denis)
Mathieu Glaymann, parent d'élèves et acteur du tourisme alternatif (Epinay sur Seine)
Mohamed Gnabaly, directeur de Novaedia et élu local (L'ile-Saint-Denis)
Denis Guillien, collectif Lamaze, (Saint-Denis).
Emilie Hache, enseignante-chercheuse (Saint-Denis)
Caroline Izambert, enseignante (Saint-Denis)
Stéphane Lavignotte, pasteur, militant écologiste et pour la mobilisation citoyenne (L'Ile-Saint-Denis/Gennevilliers)
François Lemaire, retraité, animateur de l'association EducEcolo (Saint-Ouen)
Virginie Le Torrec, parent d’élève, actrice dans les politiques locales de santé (Saint-Denis)
Jade Lindgaard, parent d’élèves et journaliste (Aubervilliers)
Damien Martineau, collectif Lamaze (Saint-Denis)
Laurence Marty, étudiante (Montreuil)
Georges Salomon, président d’une association de parents d’élèves, collectif Lamaze et Vélo à Saint-Denis.

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