Des traversées qui racontent une histoire collective et politique

25 octobre 2012, naufrage d’une patera au large du Maroc, 14 morts, une quarantaine de disparus, 17 survivants. 17 octobre 2012, 4 migrants africains sont repêchés au large de l’Algérie, ils avaient été jetés à la mer par un cargo sud coréen sur lequel ils s’étaient cachés. 8 septembre 2012, naufrage d’un bateau de pêche tunisien au large de Lampedusa, 1 mort, 50 disparus, 56 survivants. 7 septembre 2012, naufrage d’un kwassa-kwassa au large de Mayotte, 6 morts, 27 disparus. 6 septembre 2012, naufrage d’un bateau de pêche en mer Egée, au large de la Turquie, 61 morts, 46 survivants. 19 août 2012, naufrage d’une embarcation de bois de fortune aux abords de Lampedusa, 230 migrants africains sont sauvés. 14 août 2012 le corps d’une femme est retrouvé sur une plage du nord pas de Calais, « elle présente toutes les caractéristiques d’une clandestine voulant traverser la Manche à la nage » commente la Charente libre. 

Des entrefilets, des brèves, des dépêches succinctes qui rythment les rubriques faits divers sans jamais pour autant faire actualité. Sans compter tous les naufrages dont les journalistes ne se feront jamais écho, parce qu’il n’y a pas assez de morts, parce que c’est trop lointain, parce qu’il n’y a pas de place dans le journal. 

Si on reliait ensemble toutes ces bribes d’informations, ce serait effrayant… Combien de milliers d’hommes et de femmes perdent la vie à quelques milles de nos rivages ? À quelques encablures de nos plages et de nos ports ? 

Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Ou plutôt pourquoi en parle-t-on si mal, en ne citant que le mauvais temps, la houle ou le courage des sauveteurs, sans jamais parler des politiques migratoires européennes qui poussent les migrants à emprunter des routes plus dangereuses, à se mettre à la merci de éléments les plus impitoyables ? Pourquoi soupire-t-on en refermant d’un geste fataliste la rubrique fait divers, sans se questionner ? Sans se demander pourquoi ces hommes et femmes ont dû passer par la barrière de corail sur laquelle ils risquaient de s’abimer ? Sans se demander pourquoi ils ont dû s’embarquer sur un bateau de pêche en piteux état au lieu de prendre l’avion, visa en poche ? Sans se demander, comment ils ont eu le courage, mais en pensant combien ils étaient inconscients ? 

Le traitement médiatique des naufrages incessants qui ont lieu sur nos côtes européennes les réduit à des faits divers isolés, des tragédies humaines sur lequel le politique ne pourrait rien. Ce ne seraient que des actualités « froides », banales et répétitives, qui ne méritent pas qu’on s’y attarde. Et quand, comme lors du printemps arabe, les traversées sont trop nombreuses pour ne pas faire actualité, elles ne sont racontées que sous le prisme de l’invasion et du danger.

Alors pour son édition 2012, le festival migrant’scène a décidé de mettre les actualités sur pause. D’ouvrir les rubriques faits divers et d’écouter les parcours singuliers qui s’y racontent et tissent une histoire collective et politique. Une histoire aux accents tragiques mais qui n’est due à aucune fatalité ou malédiction sinon aux choix politiques de nos États et de l’Union européenne en matière d’immigration. Une histoire bâtie sur le mythe d’une Europe forteresse qu’il nous faut ébranler.

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