«Un lieu, une œuvre» - Les gens de Santa Cruz et Julian Jaynes

"Qui a peur de Santa Cruz ?" Beaucoup de monde ! Avec ses 30 mille habitants OK pour légaliser le cannabis thérapeutique ! Et bien d'autres trucs de demain. "Qui a peur de Julian Jaynes ?" Les incroyants ont peur de Julian Jaynes. Les croyants ont peur de Julian Jaynes. Hum ... ça fait déjà 100 %. Les anthropologues, les psycho-cliniciens ont peur de Julian, ça fait + de 100%.

Santa Cruz & Julian Jaynes © The Brocken Ina Glory WikiMedia / Flor-Henry  Shapiro  Sombrun Cognent psychology Santa Cruz & Julian Jaynes © The Brocken Ina Glory WikiMedia / Flor-Henry Shapiro Sombrun Cognent psychology

1. 1982-2020 Santa Cruz, ville unique au monde

Printemps 1982

L’Airbus survole la Sierra Nevada.
Le temps est clair.
Le pilote nous parle des falaises de granit de la Vallée de Yosemite ; avec un peu d’imagination on peut les voir.
La plaine de l’Orange County se précise puis les contours de la Baie de San Francisco.

J'ai 34 ans mais je suis comme un gamin.
J’ai envie de battre des mains en criant : « La Californie ! La Californie ! »
Dans ma tête joue la chanson « California Dreaming » que je chante depuis 12 ans.
Atterrissage un peu bousculé par le vent de travers.

Chez Avis, l’hôtesse tente de m’expliquer comment fonctionne la voiture automatique.
Je suis trop pressé de rejoindre Julia à Santa Cruz, je l’écoute d’une oreille.

Dans la première ligne droite le long du Pacifique la voiture fait un tête à queue : j’ai passé la marche arrière au lieu de la cinquième.
Mais oui ! « Red button » m’a dit l’hôtesse.
C’est bon! Le bouton rouge c’est pour ne pas passer la marche arrière.
J’aurais pu me retrouver en bas de la falaise mais c’était pas le jour.

En roulant, je pense aux événements qui font que je suis ici, sur la route de Santa Cruz, et pas ailleurs.

En 1980, je rencontre Julia en Allemagne où nous apprenons la langue de Goethe.
J’ai une obsession : parler en anglais avec Julia qui est Américaine car je veux m’installer aux Etats-Unis.
Julia a une obsession : parler en français avec moi et se marier avec moi pour devenir française et habiter en France.
Nous faisons comme si ces deux scénarios n’étaient pas totalement contradictoires.

En attendant de m’épouser, Julia a quitté le Wisconsin pour s’installer à Santa Cruz.
Moi j’ai trouvé un job chez Hewlett et Packard qui m’envoient en Californie.

La route longe le Pacifique.
Bientôt apparait la cimenterie de Davenport.
Un peu plus loin la plage de Bonny Doon.
Je tourne à gauche sur la route qui gravit la colline boisée.

Immense élevage de pintades et de dindes.
Il faut tourner à gauche. Sous-bois de séquoia. Terminus.

La maison est en bois avec le jacuzzi creusé dans un immense tronc rouge.
Julia est sur la terrasse. Elle tape sur son éternelle machine à écrire.
« Qu’est-ce que tu écris ? »
En Allemagne, je posais machinalement cette question à Julia.
Elle ne m’a jamais répondu.
Aujourd'hui, elle ne me répond pas.

Nous prenons le thé.
Julia a un repas professionnel à l’Université où elle travaille, elle me rejoindra dans la soirée.
Je fais un tour vers la baie.

Surfer dans une vague à Santa Cruz © The Brocken Ina Glory WikiMedia Surfer dans une vague à Santa Cruz © The Brocken Ina Glory WikiMedia

Image : A Santa Cruz quelques-uns sont dans l’eau à attendre la vague.

Dans la ville et à l’université ils sont des milliers à créer des vagues.

A chaque décennie, depuis les années 60, il s’invente quelque chose à Santa Cruz.

Nous découvrirons plus loin Julian Jaynes qui raconte comment les chercheurs trouvent leur inspiration dans les forêts.
Combien d’artefacts - ordinateur portable, smartphone, etc. - ont-ils été inspirés dans les forêts de Santa Cruz ?

Nous sommes à 120 km au sud de la Silicon Valley et l’on vient à Santa Cruz pour « respirer » - pas seulement du cannabis !

Dans la Silicon Valley se trouve le célèbre MRI - Institut de recherche sur la pensée - de Bateson, Mead, Watzlawick, etc.
Le maître mot du MRI est « fertilisation croisée ».
Si je suis informaticien il faut que je fertilise mon cerveau avec des « idées » d’anthropologue, de chamane, de mécanicien, etc.
Si je m’occupe de la pensée des gens il faut que je me fertilise la tête avec des idées d’informaticiens, de cybernéticiens, d’architecte, etc.

A Santa Cruz la fertilisation croisée se pratique sans y penser.
Les féministes croisent les non-violents, les « culture bio » croisent les « habitat participatif », les décroissants croisent les « école nouvelle ».   

Le week-end arrive et Julia et moi faisons un pèlerinage à Big Sur.

La cascade de McWay à Big Sur © King of hearts WikiMedia La cascade de McWay à Big Sur © King of hearts WikiMedia

Le nombre de gens qui ont habité et/ou ont été fasciné par la falaise de Big Sur et les sources d’eau chaude est impressionnant. (1)

Big Sur est un roman de Jack Kerouac dont on fera sûrement un film.

Certains vous dirons que la côte Pacifique au sud de Monterey est le plus beau paysage du monde.
Je ne suis pas doué pour ce genre de superlatif.

La baie de Monterey © Christian Bois & Google Maps La baie de Monterey © Christian Bois & Google Maps

A Monterey ce sont aussi les gens qui sont passé par là qui m’intéressent.

Zorro au temps des Espagnols et Steinbeck dans la Californie américaine. (2)

Petit tour des édifices des temps hispaniques où Monterey était la capitale de la Californie du nord.
Visite du quartier des sardineries.

Pour ce qui est du présent, je suis impressionné par le fait que de grandes belles maisons ne sont entourées par aucune palissade.
Il y a la rue, la pelouse, la maison.

J’ai une passion immodérée pour les maisons construites en terre-argile.
Justement, le premier théâtre de Californie a été construit en adobe à Monterey.

Monterey La Mirada Maison en adobe © Pat Hathaway Collection caviews.com Monterey La Mirada Maison en adobe © Pat Hathaway Collection caviews.com

Image : La Mirada Etat avant restauration d'une belle maison de Monterey 

Retour à Santa Cruz
Autour de la jetée s’ébattent des mammifères marins.

La vraie curiosité ici ce sont les être humains.
Une petite histoire (3)
En 1978 un jeune français arrive à San Francisco et demande « Où est le quartier gay ? »
Son interlocuteur - un ami à moi - éclate de rire : « Les gays sont partout, il y en a même un à la mairie ! »
« Ah bon … »

Je pense à cette histoire parce qu’à Santa Cruz on pourrait dire : « Où sont les gauchistes ? »
Et la réponse serait : « Presque 100 % des habitants de Santa Cruz militent pour un monde différent qui soit juste pour tous - les femmes, les minorités ethniques, les handicapés, etc. »

Une proportion importante des activités économiques se font sous forme de coopérative.
L’habitat participatif est une pratique courante : un groupe achète une grande maison, chacun a les pièces dont il a besoin et la salle à manger et les commodités sont collectives.

Il y a un centre d’éducation à l’action non-violente et quantité d’associations sur les thèmes sensibles les plus divers : l’école, la démilitarisation, l’écologie, etc.

Il y a beaucoup de maraichage et d’agriculture bio - du vin bio par exemple.

Sans aucun doute, Santa Cruz est une ville unique au monde.

Julia m’invite à une « fête du vendredi soir » dans une grande maison sous les immenses séquoias.
Il y a peut-être dans la pièce de grands chercheurs ou de grands militants mais le sujet c’est la fête, pas les mondanités.

Julia est dans le demi-cercle autour du feu, sobre.
Je suis dans un cercle où circule un joint.
Je suis un grand trouillard vis à vis des substances qui révèlent des choses dans le fond de l’âme humaine mais ce soir est exceptionnel.
J’inspire goulument la fumée de la sinsemilla - le cannabis cultivé dans un hangar, en haut de la colline. 

Au début de la soirée, je suis entré en grande discussion avec Emmy qui - après m’avoir « interviewé » - m'a dit « Il faut absolument que tu lises Julian Jaynes ! »
Le lendemain j’achète - dans l’improbable librairie autogérée de Santa Cruz - le livre : The origin of consciousness in the breakdown of the bicameral mind.

Va savoir pourquoi, le titre français va perdre le mot-clé du bouquin « Bicaméral ».

2020 Jaynes et moi, 38 ans plus tard

Jaynes nous a quitté en 1997.
Il aurait eu 100 ans cette année et je propose de « ressusciter » Julian - le temps de cet article.

Julian : Quoi de neuf ?
Chris : C’est toujours aussi difficile de parler de la pensée bicamérale.

Julian : Pourtant tu bosses régulièrement là dessus depuis 1982.
Chris : Oui, aujourd’hui j’ai envie d’en parler dans le cas du petit enfant.
Julian : Bonne idée.

Histoire du petit Tom

Chris : Hier j’assiste à la scène classique.
Julian : Raconte !

Le parent : « Qui a pris le bonbon ? »
Le petit Tom : « C’est ma main qui a pris le bonbon ! »
Le parent : Il faut dire « C’est moi Tom qui ai pris le bonbon. »
Tom : « C’est pas moi ! C’est ma main ! »
etc.

Julian : Il faut que tu écrives « C’est pas « Moi » c’est ma main ! »
Chris : Bonne idée ! Parce que c’est le parent qui invente un personnage qu’il nomme « Moi ».
Julian : Et petit Tom ne sait pas du tout qui c’est ce Moi !
Chris : Petit Tom est sûr d’une chose : c’est sa Main qui a pris le bonbon.
Julian : Et le Moi est une invention du parent totalement étrangère à la pensée de Tom.

Chris : J’ai essayé mille fois d’expliquer à des parents que la pensée d’un petit enfant n’est pas celle d’un adulte … avec des résultats bien décevants.
Julian : Et quand tu leur dis que non seulement leur gamin ne pense pas comme eux mais qu’en plus petit Tom pense « bicaméral » …
Chris : C’est le gros succès !

Julian : Et quand tu leur dis qu'à tout moment un adulte peut se retrouver en état bicaméral ?
Chris : Ils ont du mal à imaginer.
Julian : Pourtant tu as un super exemple à leur montrer.
Chris : Oui !

En état bicaméral une adolescente dessine un escargot © Christian Bois En état bicaméral une adolescente dessine un escargot © Christian Bois
 Julian : Et ce dessin nous permet d'imaginer comment les Grecs pensaient à l'époque de l'Iliade. 

Histoire de Grecs anciens, à la fois primitifs et civilisés

Julian : Tu leur dis quoi encore aux parents ?
Chris : Que c’est un grand génie nommé Julian Jaynes qui a identifié et nommé cette pensée sans Je-Moi.
Julian : T’es con toi !
Chris : Et que tu nommes ce mode de penser « premier » la pensée bicamérale.
Julian : Oui ! C’est toujours difficile de donner un nom mais pourquoi pas celui là ?
Chris : Pourquoi pas.
Quand - dans ton bouquin - tu parles des Grecs de l’Iliade on voit bien qu’ils sont en quelque sorte doubles.

Julian : Les Grecs anciens sont les plus primitifs des civilisés et les plus civilisés des primitifs.
L’Iliade est un ouvrage unique car il se situe à la charnière et nous montre ce qu’est une civilisation bicamérale, une civilisation où, comme tu le dis, les gens sont « doubles ».

Chris : Mais, pour comprendre cela, il faut lire l’Iliade comme elle est écrite par le légendaire Homère et pas en projetant notre mode de penser. 
Julian : C’est bien le problème. Le texte de l’Iliade est clair : les Grecs sont comme des robots qui sont pilotés par des dieux.

Chris : Tu fais allusion aux année 30 où certains Allemands sont devenus comme des robots pilotés par la voix du dieu-Hitler.
Julian : Et ça aussi c’est difficile à entendre. Que des gens « civilisés » - après trois mille ans de civilisation - puisse se comporter comme les robots du temps de l’Iliade est inconcevable.

Chris : Pour le texte homérique, tu donnes quantité d’extraits où il n’y a aucune ambiguïté.
Julian : Par exemple Agamemnon dit à Achille « J’y suis pour rien, c’est Zeus et les Erinyes qui ont fait que je t’ai piqué ta chérie !». 
Chris : Cela nous parait incroyable. Mais tu dis : « Si Homère le dit c’est que c’est vrai. Homère n’a aucune imagination, il enregistre ce qui se passe. »
Julian : Cette vérité est plus générale : dans un mythe il y a toujours quelque chose de vrai au fond.
Chris : Je pense à Chronos qui mange ses enfants et aux histoires d’ogres.
Julian : Aucune imagination là dedans !
Comme l’a montré René Girard, la violence originaire des hommes est inimaginable.
Dans les époques très anciennes, manger des enfants n’est pas ordinaire mais on voit des cas.
Chris : Dans les villages on élevait des enfants destinés à devenir des victimes sacrificielles.
Julian : Bien sûr ! Bien des chercheurs voudraient que la violence soit un phénomène « nouveau », qu’il y ait eu un temps du « bon sauvage ».
Chris : Rousseau a frappé ! Mais tu es formel sur l’exactitude de l’Iliade.
Julian : Oui ! Mille ans et plus avant notre ère il n’y a ni poètes ni poésie. Il y a juste des reporters-rapporteurs.
Chris : Tu dis que les aèdes rapportent le plus fidèlement possible ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent.
Julian : Exactement ! Si un aède dit : « C’est un dieu qui a pris le bonbon » il dit l’exacte vérité.
Chris : Il dit ce que vit le mangeur du bonbon qui n’a pas de Je-Moi et qui donc ne peut pas dire « Je ... ai pris le bonbon. »

Julian : De même que le parent ne croit pas que Tom n’a pas de Je-Moi, les « chercheurs illustres » ne croient pas qu’Agamemnon n’a pas de Je-Moi donc que ce sont bien les dieux qui le font agir.
Chris : Tu invites donc les chercheurs illustres 1. à vraiment lire l’Iliade 2. à considérer que ce que dit Homère est vrai.
Julian : Pas seulement les chercheurs illustres, mon but est que chaque être humain comprenne ce qu’est la pensée bicamérale.
Chris : Oui ! Et tu lis l’Iliade pour nous :
1. C’est un dieu qui saisit Achille par ses cheveux blonds et lui déconseille de frapper Agamemnon.
2.  C’est un dieu qui surgit de la mer grise et réconforte Achille, alors qu’il pleure de colère, sur la plage, près de ses vaisseaux noirs.
3. C’est un dieu qui dit tout bas à Hélène d’emplir son coeur du mal de son pays.
4. C’est un dieu qui cache Paris dans la brume alors qu’il est attaqué par Ménélas.
5. C’est un dieu qui dit à Glaucos de prendre le bronze pour de l’or.
6. C’est un dieu qui mène les armées à la bataille, qui parle à chaque soldat dans les moments critiques.
7. C’est un dieu  qui s’interroge avant de dire à Hector ce qu’il doit faire. Ce ne sont jamais les humains qui s’interrogent.
8. C’est un dieu qui encourage les soldats ou provoque leur défaite en leur jetant des sorts ou en recouvrant de brouillard leur champ de vision.
9. Ce sont les dieux qui provoquent des disputes entre les hommes (4, 437 sq.), qui sont les véritables causes de la guerre (3, 164 sq.), et qui ensuite élaborent sa stratégie (2, 56 sq.).
10. C’est un dieu qui fait promettre à Achille de ne pas aller combattre, et un autre qui l’habille d’un feu d’or montant jusqu’au ciel et qui s’adresse en hurlant, par sa gorge, aux Troyens, par-dessus la tranchée ensanglantée, provoquant en eux une panique incontrôlable.

Julian : Tout au long de l’Iliade les Grecs sont « pilotés » par les dieux.
En fait, ces dieux tiennent lieu de ce qui deviendra plus tard la conscience.

Silence …

Quand les hallucinations deviennent des xénophanies

Chris : Dans les nouvelles de 2020 il y a le développement du mouvement des « Entendeurs de voix. »
Julian : C’est pas trop tôt ! En Amérique - dans les années 70 - j’avais suffisamment de gens dans les amphithéâtres des facs pour reconnaître qu’ils entendaient des voix.
Chris : Mais en France c’était impensable de reconnaître que l’on entendait des voix.
C’est seulement en 2011 que l'entendeur de voix Vincent Demassiet a importé le mouvement des entendeurs de voix né en 1987 aux Pays-Bas.
Julian : Tu as travaillé sur la question des hallucinations ?
Chris : J’ai inventé un nouveau mot pour les désigner.
Julian : Bonne idée, c’est quoi ?
Chris : Xénophanie
Julian : Pas mal. Donc tu a pris le mot grec phanie qui veut dit « ce qui apparait ». Tu y ajoutes xéno pour « ce qui vient d’ailleurs ».
Et ça t’est venu comment ?
Chris : J’ai été participant à des groupes de thérapie/potentiel humain puis animateur et j’ai rencontré des gens avec hallucinations.
Et puis - avec la mode du « coming out » généralisé des marins solitaires se sont mis à parler de leurs hallucinations.
Julian : Tu me raconteras ça !
Chris : Je mets le récit en fin de cet article. (4)

Julian : C’est une bonne idée de parler des xénophanies des marins plutôt que de leurs hallucinations, ça sort de la connotation de folie.
Chris : C’est ça !

La transe de Corinne et l’esprit bicaméral de Julian

Julian : A part les marins …
Chris : L’année dernière est sorti le film Un monde plus grand qui raconte les aventures d’une ethnomusicologue chez les chamanes de Mongolie.
Julian : Ah les chamanes ! Les experts de la pensée bicamérale. Et alors …
Chris : Elle s’appelle Corinne Sombrun et quand le tambour commence à sonner elle entre en transe et le Loup s’exprime à travers elle.
Julian : Classique !
Chris : Ce qui est moins classique c’est que Corinne va au Canada où les chercheurs font l’image de la dynamique de son cerveau pendant qu’elle est en transe.
Julian : Excellent ! Et alors …
Chris : Regarde !

ElectroEncephaloGramme Corinne Sombrun © Flor-Henry  Shapiro  Sombrun Cogent psychology ElectroEncephaloGramme Corinne Sombrun © Flor-Henry Shapiro Sombrun Cogent psychology
Julian : Tu m'expliques
Chris : Ils mettent un peu de temps à analyser ces enregistrements.
Julian : J’imagine …
Chris : Quelques jours plus tard, le professeur Pierre Flor-Henry téléphone à Corinne : « Arrête vite de faire des expériences de transe, l’imagerie cérébrale montre que ça active les mêmes centres que la schizophrénie, la paranoïa et la dépression. »
Julian : Qu’est-ce que tu en penses ?
Chris : Je n’ai aucun doute que ce groupe de centres cérébraux activés corresponde à ce que tu nommes pensée bicamérale.
Julian : Oui, ça y ressemble furieusement.
Chris : Tu te rends compte, on t’a traité de fou avec ta pensée bicamérale et maintenant on en a l’image sur un ordinateur !
Jaynes : Oui, je me rends compte !
Chris : J’ai sauté de joie quand j’ai lu ça.

Jaynes : Tu leur as dit ?
Chris : Oui ! Je leur ai écrit.
Jaynes : Et alors ?
Chris : Silence radio.
Julian : Ils sont jeunes, donne leur le temps ... 

Bicaméral de la préhistoire à aujourd'hui © Christian Bois Arias-Carrión et coll Bicaméral de la préhistoire à aujourd'hui © Christian Bois Arias-Carrión et coll

Julian : Tu nous expliques ton schéma ?
Chris : Je crois que je vais le faire dans un autre article sur mon blog
Julian : Tu as besoin de l'encouragement des lecteurs ?
Chris : Peut-être ...


 Note 1 : Les "vedettes" à Big Sur

Parmi les noms connus des francophones Henry Miller, Linus Pauling, Kim Novak, David Packard - mon patron en 1982, Al Jardine, Jean Varda, Johny Rivers - auteur de la chanson Memphis, Tennessee,

A Big Sur se trouve l’Institut Esalen créé en 1962 pour explorer ce qu’Aldous Huxley appelait "human potentialities" qui deviendra lamentablement en français le « développement personnel ».

Au programme, les enthéogènes, les substances psychoactives qui génèrent des expériences spirituelles.
Parmi les noms attachés à Esalen il y a Gregory Bateson, Alan Watts, Abraham Maslow, Will Schutz, Buckminster Fuller
Timothy LearyCarl RogersVirginia Satir, Robert Bly, Carlos Castaneda, Moshe Feldenkrais, Michael Harner, R.D. Laing, Rollo May, Ida Rolf, Stanislav Grof.

Pendant cinq ans on y entend Fritz Perls.

Note 1 bis Changer à tout prix !

Depuis 1979 j’ai commencé à lire une partie de ces auteurs.

J’ai lu Fromm et sa critique marxiste de Freud.
J’ai lu le Cri primal.
J’ai lu Lowen et la bioénergie.
J’ai lu, j’ai lu et j’ai pratiqué.

Thérapie avant après © Christian Bois Thérapie avant après © Christian Bois
Image : Le point commun entre Santa Cruz, Julian Jaynes et l'auteur c'est la question : "Comment fait-on pour changer, pour bonifier, pour améliorer l'humain et la société ?
L'Autre : "Mais ça ne marchera jamais !"
Moi : The proof is in the photo !

Note 2 : WikiPedia nous dit :

L'écrivain prix nobel John Steinbeck situe plusieurs de ses romans à Monterey : Tortilla Flat (1935), Rue de la sardineTendre Jeudi.

Zorro « Le Renard » (personnage créé par l'écrivain et scénariste Johnston McCulley) rendra la justice à Monterey au xixe siècle dans une série télévisée américaine produite par Walt Disney Television entre 1957 et 1961.

Note 3 : Autofiction

Au fait, cher lecteur, il faut que je précise que le présent récit est de l'autofiction.

Les faits de base sont authentiques. Ils sont "ajustés" pour permettre une histoire qui coule bien. 

Note 4 : Extrait de mon article sur les hallucinations

Regard sur la xénophanie : changement de paradigme

Au CHU de Lille a été créé le CHESS (Consultation Hallucinations & Expériences Supra-Sensorielles) qui propose une offre de soins spécialisés à destination des enfants, adolescents et jeunes adultes avec hallucinations.

Un des créateurs du CHESS, Renaud Jardri, explique le changement de paradigme :

“Les hallucinations fascinent autant qu’elles effraient depuis les origines de l’humanité.
Après une période d’ancrage quasi exclusivement psychiatrique à travers les descriptions cliniques structurantes des aliénistes du XVIII e siècle, notre discipline connaît un virage théorique important à partir de la fin du XX e siècle qui va enrichir les classifications catégorielles des maladies psychiatriques d’une approche plus dimensionnelle (se situant le long d’un continuum s’étendant du normal au pathologique), à laquelle l’hallucination n’échappe pas. Il est désormais communément accepté que les hallucinations, loin d’être pathognomoniques d’un trouble psychiatrique (notamment la schizophrénie), peuvent être observées dans de nombreux contextes, pathologiques ou non (Waters 2018).
Si l’on parle autour de soi de ce changement de paradigme, les langues se délient. 

La xénophanie des marins

Je discute parfois avec un grand lecteur d’aventures maritimes pour qui le constat est le même que celui de Renaud Jardri : depuis la fin du XX e siècle, les marins solitaires osent parler des visions, des voix, etc. qui leur “arrivent” au fil de leur périple.

“J’ai eu l’impression de passer une partie de la nuit avec du monde à bord tellement j’avais d’hallucinations.” témoigne Armel Tripon (Ouest France 2018)
Titouan Lamazou - sur les ondes de Radio France et dans une interview au journal Le Monde - raconte ses hallucinations. (Le Monde 1990)
Ailleurs : “... Jean Le Cam, qui a eu, un jour, la visite d’éléphants roses à bord de son voilier. … Et de raconter la fois où il a cru voir sa sœur à bord. «Je l’ai serrée dans mes bras et quand je me suis réveillé, je me suis rendu compte que c’était une voile. ” (Musy 2012)

Bernard Stamm puise lui aussi dans sa boîte à souvenirs pour nous conter sa plus jolie hallucination: «Pendant Around Alone [tour du monde en solitaire avec escales], j’ai eu peur d’un de mes cirés. J’ai cru qu’une personne était montée à bord. Mon cerveau a mis long à se connecter, et j’ai eu le temps de vraiment flipper jusqu’à ce que je réalise que c’était mon ciré, et pas quelqu’un, qui en voulait à mon petit corps de rêve.» (Musy 2012)

Roland Jourdain avait pris la boule de son compas pour une tête de singe ensanglantée qui voulait le bouffer: «A la place des petites barrettes blanches entre les repères, il voyait des dents. Il a aussi eu une vache à bord»

Dominique Wavre a eu droit à une visite féline: «J’avais une panne électrique générale et des petites loupiotes vertes pour éclairer les compas. Ça faisait comme les yeux d’un chat. J’étais persuadé qu’il se frottait à mes jambes et me réclamait à manger. Et le matin, j’ai retrouvé mon sandwich émietté au fond du cockpit, parce que je lui avais donné à manger. Il m’est aussi arrivé de me retrouver dans les prés au milieu des vaches», raconte le Genevois.

«Quand ils évoquent leurs hallucinations, les marins rapportent tous des conversations qu’ils ont eues, raconte-t-il. Des choses qu’on retrouve dans les descriptions que font les gens qui ont pris de la drogue, notamment du LSD. Des dissociations, des perceptions tronquées, l’impression de vivre ailleurs des moments très particuliers. Par exemple, le fait d’avoir la sensation de recevoir des copains et de servir l’apéro comme s’ils étaient chez eux.» raconte le Professeur Davenne qui a recueilli ces témoignages. (Musy 2012)


Post Scriptum : L'ouvrage de Julian Jaynes étant peu connu je ne pouvais que présenter "suffisamment" le concept central 

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