«Un lieu, une œuvre» - De Calais à Boulogne sur Mer, sur les pas de Victor...

« Le trajet de Calais à Boulogne est une ravissante promenade… » écrivait le poète en 1837. Bien sûr, beaucoup de choses ont changé depuis, mais cette belle route délivre encore de charmants paysages pour le plaisir des yeux et le partage des émotions !

Côte d'opale : Calais © Edmey Côte d'opale : Calais © Edmey

En ces journées de canicule où tous les voyants météo sont au rouge dans le département du Pas de Calais, je vous emmène au large du Calaisis, région de mes racines maternelles pour y prendre un bol d’air marin et "humer bon" les embruns iodés. Un coin qui a fait le bonheur de mon enfance, vacances merveilleuses entre arrière-pays et une partie de la côte d’opale : une alliance magique de la campagne verte ou multicolore et… de la mer, palette bleutée moutonnée.

La côte d’opale et chacune de ses grandes plages de sable fin ou de galets, les dunes, les marées basses et hautes sont toujours des sources intarissables d’évasion, de voyage, de promenades, de sport, de flânerie et de rêveries… Regardez vers l’horizon au-delà des vagues et vous trouverez déjà… l’infini !

Après la plage de Sangatte, un joyau plus sauvage vous attend : le parc naturel régional des caps, endroit très préservé de ce littoral entre Cap Blanc Nez et ses falaises de craie blanche et Cap Gris Nez et ses falaises de granit brun. Différents chemins balisés de randonnées offrent aussi un splendide panorama, autour des jolis villages d’Escalles et de Wissant, nichés dans les falaises.

Par temps très clair, à différents points de la côte, les falaises anglaises de Douvres plus blanches que jamais, ruisselantes de soleil éclatant, s’attachent, le temps d’un éclair, à vous offrir un cliché immortel !

Côte d'opale : Boulogne sur Mer © Edmey Côte d'opale : Boulogne sur Mer © Edmey

 De l’autre côté, dans l’arrière-pays, à bord d’un bacove (grande barque de rivière à fond plat, démunie de gouvernail, entièrement construite en chêne local par le dernier faiseur de bateaux de Saint Omer), un guide conte l’histoire des marais audomarois. Dépaysement garanti !

Chaque petit village rencontré reste typique ou pittoresque. Audresselles (ce village de pêcheurs) mais aussi Ambleteuse et Wimereux méritent amplement une visite. La route serpente ensuite dans le Boulonnais dans un décor de bocage, rural et agricole.

Dernière destination de ces découvertes sur les pas de Victor, la capitale de la côte d’opale : Boulogne sur Mer. Ce 1er port de pêche français se situant sur le détroit le plus fréquenté au monde par le trafic maritime international, est devenu depuis de nombreuses années la plus importante plateforme européenne des produits de la mer. A ce jour, la pêche artisanale, pratiquée par les cordiers, les trémailleurs et les étaplois représente 60 % du tonnage commercialisé par ce port.

Pourtant, le littoral a dû répondre aux caprices des gouvernants et des constructeurs en cédant des bandes complètes de côte à diverses constructions : hoverport, tunnel sous la manche, extension des ports, centres commerciaux, installations nucléaires, industrielles, bétonnage intensif, clôtures anti-migrants… interdisant de plus en plus l’accès de cette merveilleuse côte d’opale à ses habitants, visiteurs et vacanciers.

Ce trajet de Calais à Boulogne reste, malgré tout, une belle promenade dans cette nature spécifique du Calaisis et du Boulonnais, autant d’émotions guidées par les flux et reflux des vagues : inspirer, expirer, murmure éternel de la mer !

 

Extrait choisi d’une lettre de Victor Hugo écrite à son épouse Adèle :

Ma chère Adèle,

"… Le trajet de Calais à Boulogne est une ravissante promenade. La route court à travers les plus beaux paysages du monde. Les collines et les vallées s’enflent et s’abaissent en ondulations magnifiques.

Sur les hauteurs on a des spectacles immenses. À perte de vue des étages de champs et de prés cousus les uns aux autres ; de grandes plaines rousses, de grandes plaines vertes, des clochers, des villages, des bois qui présentent de cent façons leurs grands trapèzes sombres, et toujours, tout au fond, à l’occident, un bel écartement de collines que la mer emplit comme un vase.

La route descend, tout change, on est dans le petit, dans le limité, dans le charmant ; trois arbres vous bornent l’horizon. Ou bien c’est une ferme avec son tas de fumier et sa charrette aux quatre roues boueuses et rouillées ; ou bien un cimetière plein de ciguë en fleur, dont le vieux mur fait ventre sur la route. On est sous une allée basse de gros pommiers dont les branches égratignent joyeusement la voiture ; on passe près d’une haie d’où sortent comme des doigts crochus ces racines qui empoignent si bien la terre et qu’Albert Dürer aimait tant. On remonte, et l’on retrouve le ciel, la terre, la mer, l’infini. Vraiment, je suis ébloui, chaque jour, de toutes les merveilles que Dieu fait avec du vert et du bleu…" Victor HUGO (1837).

 

Côte d'opale : Audresselles © Edmey Côte d'opale : Audresselles © Edmey

 

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