«Un lieu, une oeuvre»: l'anse de Vauville / the English Riviera

L'anse de Vauville, c'est un peu le bout du monde, ou tout du moins l'extrémité nord-ouest de la pointe de la Hague dans le Cotentin, ce qui revient au même. C'est un lieu paradisiaque auquel ne pouvait être associée qu'une œuvre parfaite elle aussi : the English Riviera par Metronomy, qui propose une electrop-pop sophistiquée et rafraichissante qui sent bon les embruns et le sable chaud.

La plage de Vauville © cheucher50 de Pixabay La plage de Vauville © cheucher50 de Pixabay

 Son du ressac des vagues. Cris de mouettes. Violons. Guitare basse. Le soleil brille. On est si bien sur la baie.

Mon lieu fétiche s'appelle Vauville, charmante petite bourgade du Cotentin comptant environ 300 âmes, située sur l’anse du même nom (c’est bien foutu quand même) qui s’étend sur près de 30 km, dont 10 km de plage de sable fin.

Site unique en France, l’anse de Vauville ne saurait évidemment être confondue avec l’anse du panier (à Marseille) ou Lance Armstrong (à bicyclette).

Lance Armstrong, dont la particularité, est-il nécessaire de le rappeler, est d’être l’unique coureur cycliste à avoir gagné sept fois le tour de France avec un seul testicule, mettant ainsi en tort le fameux adage de Pierre Desproges : « Testis Unus Testis Nullus : on ne va pas bien loin avec une seule couille ». Et bien il semblerait que si, finalement.

(Le lecteur se demandera ce que vient faire ici cette vulgaire histoire de testicule. L’auteur pris au dépourvu pariera sur la théorie du fusil de Tchekhov. Ça se tente.)

Mais revenons à nos moutons (de mer). Vauville, avec ses rouleaux bien connus des surfeurs, son camping municipal deux étoiles, son fort, son jardin exotique, son marais, son restaurant les Tamarins aux pizzas délicieuses, est un magnifique paradis terrestre et maritime, posé sur un socle rocheux parmi les plus vieux d’Europe (près de 2 milliards d’années quand même), bordé de falaises parmi les plus hautes d’Europe (le nez de Jobourg culmine à 128 mètres quand même), doté d’un climat parmi les plus modéré d’Europe (l’écart réduit de températures entre l’été et l’hiver quand même). Europe Europe Europe : Ras le bol de cette Europe qui vient nous imposer ses normes et ses réglementations jusque dans des billets de blog.

Marchant vers l’extrémité nord de l’anse de Vauville par le sentier accidenté des douaniers, le promeneur tombera fatalement sur le nez (de Jobourg), dont la caractéristique est de se moucher dans sa Manche. Ce nez-là, j’en atteste formellement, n’est d’ailleurs même pas recouvert. C’est honteux, et on se permettra donc de rappeler à La France qu’elle n’applique pas correctement les mesures barrières et notamment le port du masque : pour mémoire, on part bien de Menton, en passant sur les Bouches-du-Rhône, et jusqu’AU-DESSUS du nez de Jobourg.

Le visiteur déçu par le port du masque au nord, devra se contenter d’un autre port, de Diélette, à l’extrémité sud cette fois. Je dis bien LE visiteur, car dans cette région on est modeste : ce sera déjà bien si on en contente un.  

Mais hélas, comme toujours avec les paradis, il y a une couille dans le potage (Ah, la voilà. Ouf, merci Tchekhov) : l’Anse de Vauville est coincée entre ces deux immondes verrues que sont la centrale nucléaire de Flamanville (au sud) et l’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague (au nord).

« C’est facile de critiquer le nucléaire bien au chaud derrière son ordinateur, mais comment tu ferais sans électricité et sans chauffage et gnagnagnagna ? tu veux t’éclairer à la bougie et te chauffer au feu de bois comme à la préhistoire gnagnagnagna ? »  

Oui.

D'ailleurs je déteste aussi la coupe mulette, dite également « nuque longue », ce qui fait de moi un authentique anti nuque-les-hair. (J'admets bien volontiers que tout cela est tiré par les cheveux).

Sans rentrer dans le débat, notons simplement que c’est quand même bien dommage d’emmener ses combustibles et déchets nucléaires à la piscine de Flamanville ou celle de la Hague, quand on pourrait simplement leur faire prendre un bon bain de mer bien revigorant. 

A ce propos l’usine de retraitement de la Hague dispose tout de même d’un émissaire de rejet et de dispersion vers le raz Blanchard, jouant sur les forts courants locaux et la dilution pour diminuer la radioactivité du rejet. L’émissaire de l’Ouest : encore une mission pour James T. West et Artemus Gordon. Ou au moins pour Greenpeace.

Et ce n’est pas la fameuse « vague verte » de 2020, composée comme son nom l’indique de verts très vagues, qui changera les choses. 

Je me souviens de ma découverte de Vauville au mois d’août 2011. Loin des vacances sea, sex & sun que l'on pourrait espérer en d'autres lieux, plus proche d’un séjour barbecue, boules & body-board bien appréciable. C’était le temps de l’insouciance. Je n'en dirais pas plus car le reste est privé. C'est simple, si j'allais jusqu'à m'en-Hardy-r, je dirais que Vauville pour moi, c’est le temps de l’amour le temps des copains et de l’aventure-euuuuuuuuuuuuuuh.

Mais ce n’est pas Françoise qui nous intéresse aujourd’hui.  

The English Riviera - Metronomy (2011) © Zantrop The English Riviera - Metronomy (2011) © Zantrop

Si Metronomy avait sorti l’album parfait the English Riviera dès avril 2011, je ne l’ai découvert qu’au mois d’août de cette même année. Dans mon esprit, il est à jamais associé aux fortes chaleurs, à l’odeur du bitume chaud, et donc à la plage de Vauville.

L’album diffère de leur précédent opus (l’excellent Nights Out, 2008) puisqu’il s’éloigne des sonorités synthétiques rugueuses et résolument dancefloor qui les avaient fait connaître du grand public pour s’orienter vers une pop plus lisse et apaisée mais néanmoins extrêmement élaborée.

Les arrivées conjointes d’Anna Prior (à la batterie) et d’Olugbenga Adelekan (à la basse) y sont pour beaucoup, ramenant une présence humaine bienvenue et une fraicheur très appréciable, qui contrebalancent les sonorités mécaniques de la boîte à rythme et des synthés de l’album précédent.

Beaucoup de fans de la première heure ont hurlé au loup commercial et ont décrété que Metronomy s’était vendu aux sirènes de l’argent, en faisant un album certes facile d’écoute mais sans âme, et dont il ne resterait rien après consommation.

En réalité, the English Riviera est un album bien plus sophistiqué qu’il n’y parait. Comme son nom l’indique, chez Metronomy tout est mesuré, calculé, millimétré. La production est léchée, le son est incroyable et les morceaux s’enchainent avec une spontanéité et un naturel qui font qu’on écoute l’album d’une seule traite. Avant de le remettre. Ici, le talent de Metronomy consiste à nous faire oublier tout le travail méticuleusement réalisé en studio pour atteindre une telle perfection et nous présenter un disque sans défaut. A l’arrivée, l’album est comme une couette moelleuse et douce dans laquelle on aurait envie de se rouler pour toujours en profitant des vacances d’été.

Metronomy nous a habitué aux changements de style à chaque album. Leur opus suivant (Love Letters, 2014), qui me semble plutôt un album d’automne/hiver, est tout aussi recommandable. Mais c’est une autre œuvre et un autre lieu.

Son du ressac des vagues. Cris de mouettes. Violons. Guitare basse. Le soleil brille. On est si bien sur la baie.

 

Z.

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