Au sortir du labyrinthe : Lessen, entre tendresse et dénonciation

Ainsi donc s'achève ce Roman du réseau qui aura tenu ses lecteurs en haleine durant un trop bref été. Et voici venu le temps où chacun d'entre eux, au sortir d'un texte savamment labyrinthique, réfléchit, s'interroge.De tous ces fils enchevêtrés, quelles images, quels visages, quelles histoires émergent et pourquoi ?

 © Béatrice Turquand d'Auzay © Béatrice Turquand d'Auzay
Ainsi donc s'achève ce Roman du réseau qui aura tenu ses lecteurs en haleine durant un trop bref été. Et voici venu le temps où chacun d'entre eux, au sortir d'un texte savamment labyrinthique, réfléchit, s'interroge.

De tous ces fils enchevêtrés, quelles images, quels visages, quelles histoires émergent et pourquoi ?

Pour moi, nul doute : c'est le personnage de Lessen qui tient autour de lui l'ordre/désordre des années et des mondes réels ou virtuels de tous ceux qui gravitent autour de Névo. Mieux que cet énigmatique Maître du Jeu il a sa place au sommet d'un triangle (hommage au mathématicien !) symbole des trois âges de la vie. À la base, Ida en sa maturité, Névo en son déclin et tout en haut, lui, Lessen, en sa séduisante jeunesse. Et bien sûr, au centre, tel celui de Dieu le Père, l'œil de la toute-puissante romancière dont le subtil ouvrage nous invite à contempler la destinée humaine, « l'Amour, la Mort, la Vie », à travers le prisme d'imaginaires vies de rechange qui pourraient être les nôtres.

 

Or, parmi tous ces faux-semblants, Lessen apparaît en son exigence de vérité, comme une sorte d'archange terrassant tous les dragons du mensonge.

 

Plus que tous les autres personnages qui participent à son initiation, il oblige le lecteur à sortir d'un certain confort intellectuel. Son pouvoir de dénonciation d'une société aliénatrice où règne le prêt-à-penser invite à bien des remises en perspective. Refusant la prédestination sociale et les identités d'emprunt, les jeux de rôle pervers, il est celui qui déstabilise. Jusqu'à Névo qui s'est cru maître d'un jeu qui, en fin de compte, lui échappe.

 

Et puis, et ce n'est pas négligeable, on lui doit les rares moments de bonheur et de tendresse qui ponctuent le roman : évocation d'un heureux souvenir d'enfance entre ses parents, envol à deux lors d'un voyage vers de lointains horizons, main de Névo paternellement, amoureusement posée sur la sienne, autant d'images dont la troublante grâce émeut.

 

Lessen appartient à la race de ceux qui, à l'instar du poète, rêvent de « changer la vie » et l'on aimerait le voir à l'œuvre, auréolé de tous ses prestiges dans un futur roman, prolongement de celui-ci. Roman-miroir de toute Vanité. Alors, chère Véronique Taquin, à votre plume !

 

Jeannine Guichardet

 

 

 

[note de L. Loty : Jeannine Guichardet a développé son point de vue dans une vidéo de rencontre avec l'auteure, « À propos d'un roman du réseau » (8 mn), vidéo intégrée à cette édition participative (ici)].

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