Hessel, Riot, Manegold, tant de citoyens, pour qu’en Alsace batte un cœur européen.

Certes, le temps coule patient et puissant comme le Rhin : avant le référendum alsacien sur la collectivité unique, il reste à peine un peu plus d’un mois. Mais, sur le fleuve souverain, non loin du délicieux restaurant de Kehl appelé « Milchkutsch » (ou « Calèche-Laiterie ») et tenu par M. Claude Lièvre au 147 de la Hauptstraße, la lumière au fond des ponts trace son sillage de lait, de paix, dans la grise nuit des crises. 

Certes, le temps coule patient et puissant comme le Rhin : avant le référendum alsacien sur la collectivité unique, il reste à peine un peu plus d’un mois. Mais, sur le fleuve souverain, non loin du délicieux restaurant de Kehl appelé « Milchkutsch » (ou « Calèche-Laiterie ») et tenu par M. Claude Lièvre au 147 de la Hauptstraße, la lumière au fond des ponts trace son sillage de lait, de paix, dans la grise nuit des crises. 

Justement, un hommage sera rendu à 18h 30 ce soir même, au point culminant d'une belle passerelle ailée entre la rive strasbourgeoise et celle de Kehl, à Daniel Riot, le journaliste trop tôt disparu voilà quatre ans précisément, par le Cercle de ses Amis que préside Vincent Gouvion. Celui-ci vient de citer un billet final de Daniel qui se termine ainsi :

« Jean-Claude Guillebaud a raison : la première victime du système médiatique, c’est le journalisme… J’en parlerai un jour plus longuement. Je me suis lancé en journalisme, comme d’autres en religion, pour trois raisons :

*la démocratie (jamais atteinte) doit reposer d’abord non sur le droit de dire et de décider, mais sur le devoir de savoir, d’être informé, de pouvoir décrypter : « Le journaliste est l’instituteur des temps modernes », disait  le professeur Jacques Léauté

*le devoir d’informer est une mission de médiation, ce qui implique de l’humilité, de la modestie, et ce courage si rare de combattre la doxa, l’esprit dominant, les modes, tous les conformismes (y compris ceux de l’anti-conformisme systématique)

* le journalisme d’aujourd’hui devrait faire descendre la philosophie des salons et des greniers dans la rue. Or il est [indéniable que] le système médiatique actuel, dans une crise de croissance bien logique, privilégie la paillette, l’émotion et le superficiel. La Mal-info, pour reprendre le titre d’un livre récent. »

Un autre témoin relie étroitement notre région aux enjeux de notre époque, simplement par son origine, son enfance, le roman et le film qu’elles inspirèrent très vite, mais avant tout par sa bonté résistante et souriante, Stéphane Hessel qui vient aussi de nous quitter. Car c’est dans notre région, au flanc des Hautes Vosges, plus précisément à la gare et sur les rails de Lautenbach ou dans la ferme du Molkenrain, que furent tournées par François Truffaut de nombreuses pages du roman de Henri-Pierre Roché, « Jules et Jim » transposant en musique et fiction les premières années de Stéphane Hessel, l’inventif indigné. Cette mention serait mince si l’on n’y reliait le personnage méconnu Manegold de Lautenbach, bientôt millénaire comme notre cathédrale, père de famille et brillant professeur itinérant de part et d’autre comme de part en part de cette province, dont la « parole valait une épée » (Y. Ritter) dans la fameuse querelle des Investitures opposant le pape et l’empereur d’Allemagne ; son Livre à Gebhard rédigé sous la persécution impériale, dans la fuite et l’exil autour de 1080, méditait ainsi en latin (traduction M. H. dans le n° 6 de la Revue de la BNU) sur la personne investie du suprême pouvoir temporel : "le peuple ne l’élève pas au-dessus de lui en vue de lui accorder la libre faculté d’exercer la tyrannie contre lui, mais pour qu’il le protège contre la tyrannie et la malhonnêteté d’autrui"... ou contre les siennes, peut ajouter tranquillement ce champion de la liberté de l’âme – toujours étudiante – et même de la parité qui sut éditer par exemple le fameux Codex Guta Sintram de Marbach !

Dans une semblable urgence, dans cette espérance en marche, nous est remis en tant que citoyens du XXIe siècle le devoir de prévoir les conditions où notre région s’inscrira le mieux dans la dynamique européenne. « Sauvons l’Europe » nous invite d’ailleurs à l'approfondir ces jours-ci, notamment par le débat prévu le : 

« Mardi 26 mars 2013, 18h30 - 20h00 à la Maison de l'Europe de Paris,

35-37 rue des Francs-Bourgeois 75004 Paris,

sur Le régionalisme en Europe, entre europrogressisme et national-populisme : le régionalisme se développe en Europe : élection de députés dans la plupart des États, majorité politique au sein d’assemblées locales, projets de référendum d’indépendance…. Mais que signifie cette montée du régionalisme au sein des États membres de l’Union européenne ? Une aspiration à la reconnaissance de cultures et d’identités longtemps méprisées - ou ignorées - dans le cadre démocratique plus large qu’est celui de l’UE ? Refus de la solidarité nationale ? Avatar d’une xénophobie réelle sous couvert d’un folklore « bon enfant » ? Il n’y a pas un mais des régionalismes au sein de l’Europe. La ligue du nord italienne n’est pas le SNP écossais ! Entre europrogressisme et national-populisme, nous débattrons de ces différentes sensibilités en Europe.

Avec la participation de Michel DELEBARRE, sénateur-maire de Dunkerque, ancien ministre d’État, ancien président et membre du Comité des régions de l’Union européenne, David ABELLÓ, journaliste, et historien, ancien conseiller municipal à Barcelone pour Convergència i Unió (CiU), le parti nationaliste au Gouvernement en Catalogne, et Paul MOLAC, député autonomiste, Union Démocratique Bretonne (UDB).

 Cette rencontre sera animée par Fabien CHEVALIER, président de Sauvons l’Europe.

Inscription obligatoire, dans la limite des places disponibles, par courriel, auprès de Renaud Léon : europe1@paris-europe.eu »

Que le comité CŒURS œuvre donc aux destinées de la capitale de l'Europe qu'est Strasbourg par nature et culture. En ce sens, que sur la route de Pâques, sur le chemin du référendum concernant la Collectivité unique d’Alsace, nous sachions lire, réfléchir, élire la meilleure formule pour nous parer à l’aventure de l’avenir, pour garder le cap de la liberté solidaire que nous montre, nous confie et nous permet, depuis trois millénaires, l’Eur-Ope avec sa Large-Vue. 

Vous trouverez ci-joint la reproduction, par les soins d'Archibald Studio, de la miniature où Manegold de Lautenbach dédie son livre à Gebhard, archevêque de Salzbourg (manuscrit de Rastatt à la Badische Landesbibliothek Karlsruhe).

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